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Glory to the Filmmaker ! Cycle Takeshi Kitano : Chemins de traverse

Qu’est-il arrivé au soldat Kitano ? Comment l’un des chouchous de la critique et de la cinéphilie françaises a-t-il pu se retrouver ainsi mis au rencard, placardisé dans la section Imports des rayons DVD ? Rappelons-le pour nos plus jeunes lecteurs : la découverte de ses premiers films dans les années 1990 fut vécue par une partie conséquente du public hexagonal comme une véritable déflagration esthétique. Kitano, dont le splendide Sonatine, le teigneux Violent Cop ou encore l’hypnotique A Scene at the Sea sortirent chez nous en cascade et dans le désordre, s’imposa en un temps record sous nos latitudes comme un auteur incontournable. Le fait que “Beat Takeshi” ne déplace pas les foules nippones avec ses films, et ne soit essentiellement connu en son pays que comme présentateur vedette d’émissions pas toujours raffinées, ne faisait que renforcer l’orgueil français d’avoir su reconnaître en lui un cinéaste majeur.

 

 

Au tournant du millénaire, Kitano, c’était du lourd, du “palmable”, du qu’on cite dans les dîners en ville… Alors quoi ? L’a-t-on puni pour avoir replongé dans le film de yakuzas avec Outrage ? Pour avoir déçu avec ses dernières œuvres ? Ryuzo and his Seven Henchmen (2015) ne restera sans doute pas comme son meilleur long métrage, mais que diable, on ne peut pas exiger un chef-d’œuvre par film ! En attendant le retour en grâce du maître japonais, consolons-nous avec trois bijoux qui ressortent cet été, le 9 août, dans de sublimes copies flambant neuves : Kids Return (1996), Hana-Bi (1997) et L’Été de Kikujiro (1999).

 

 

Kids Return, œuvre majeure du sensei et teintée d’autobiographie, nous plonge dans le spleen goguenard de deux propres à rien, glandeurs impénitents et voyous velléitaires. C’est léger, lumineux (remarquable photo de Katsumi Yanagijima), grave, drôle, et terriblement bien filmé. Ça met le bourdon et ça donne la banane, simultanément. Hana-Bi c’est l’histoire de ce policier qui s’est rangé des insignes et qui est prêt à tout pour passer tranquillement quelques jours avec sa femme gravement malade. C’est mélancolique à souhait, violent, sec, tendre, et Kitano acteur est au sommet dans ce rôle de dur à cuire hiératique et fragile. Quant à L’Été de Kikujiro, que dire ? Ce gamin qui veut rejoindre sa mère et cet ancien yakuza dégingandé ont quelque chose d’iconique, de classique ; on pense à Chaplin, à De Sica, c’est à la fois simple comme bonjour et terrassant de beauté. En cette période post-cannoise plutôt tristoune où, disons-le clairement ,on ne croule pas sous les grands films, ces trois météores kitanesques, c’est de l’oxygène pur, un condensé d’émotion et d’ivresse visuelle ; ça ne se refuse pas.

 

 

Gageons que Beat Takeshi a encore plus d’un tour dans son sac et qu’après le troisième et dernier volet de sa saga Outrage, il nous surprendra encore. Espérons que les distributeurs reviendront également à la raison et diffuseront ses prochains films. Imagine-t-on Almodóvar ou Moretti en “Direct to Video” ? Nous sommes d’accord. Courons-donc dans les salles obscures dès le 9 août rappeler aux décideurs qu’on l’aime, notre Kitano.

 

Takeshi Kitano – Chemins de traverse, le 9 août 2017. Distribution : La Rabbia
Reprise en salles de Kids Return (1996), Hana-Bi (1997), L’Été de Kikujiro (1999)