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Les sorties du 26 juillet 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

 

Peggy Guggenheim de Lisa Immordino Vreeland ***
Portrait et parcours de Peggy Guggenheim, collectionneuse d’art, d’hommes… et de chiens, autodidacte, frondeuse, fondatrice de musée. Après son superbe Diana Vreeland, Lisa Immordino Vreeland récidive avec ce documentaire passionnant.

Le Titanic sombre. Un homme pousse son épouse à bord d’un canot, offre son gilet de sauvetage, descend dans le salon avec son valet, lui offre un cigare, se sert un whisky et attend que le bateau coule. Il s’appelle Benjamin Guggenheim, a fait fortune dans l’exploitation minière et est père de trois jeunes filles dont Peggy, qui, alors âgée de 13 ans, en sera dévastée. Après l’éditrice de mode Diana Vreeland (2011), c’est donc à cette autre femme d’exception que Lisa Immordino Vreeland consacre son deuxième documentaire. Si la chronologie en six chapitres, de l’enfance à la réussite vénitienne, est formelle, la profusion des images, le rythme soutenu et varié des interviews, l’humour sous-jacent et la personnalité de Peggy Guggenheim illuminent ce film mariant psychanalyse, sociologie et histoire de l’art. Il aura fallu trois ans à la réalisatrice pour y parvenir. Et aussi, la chance aidant, la réapparition, en cours de tournage, de la seule interview accordée par Peggy Guggenheim, peu avant sa mort, à 81 ans. Tout fascine. À commencer par la tragi-comique histoire familiale : le mépris de la branche maternelle en faveur de celle du père, moins riche ; l’excentrique tante Fanny dont le mari se suicida faute d’avoir pu l’assassiner ; la mort de ses neveux, jetés du haut d’un toit, de ses sœurs, de sa fille Pegeen et surtout, à 36 ans, de l’amour de sa vie, l’auteur anglais John Holms. Ce qu’on découvre de sa vie est tout aussi terrible : maternante mais incapable d’être mère, enlaidie pour avoir interrompu l’opération destinée à resculpter son nez… elle fut méprisée par Hilla Rebay, conservatrice du musée de son oncle Solomon, et par les hommes de son temps, qui dominaient le monde de l’art et ne supportaient, en elle, ni la femme ni l’autodidacte. “Fut-elle rebelle à son époque ou conforme au milieu des artistes qu’elle fréquentait ?”, interroge un intervenant. Quoi qu’il en soit, elle aima “l’art pour l’art”, la peinture, la sculpture et l’architecture d’intérieur, n’attendant aucune gratitude des artistes. Ce qui nous conduit au troisième volet abordé : la mécène, accoucheuse de talents et dévoreuse d’hommes : Becket, Duchamp (son pygmalion), l’opportuniste Ernst (épousé en 1942), Kandinsky, Breton, Tanguy, Klee, de Kooning et Pollock bien sûr, à qui elle alloua une rente de 300 dollars par mois. La liste de ses amants et découvertes rivalise ainsi avec le nombre de ses chiens (57) ! Elle exposa aussi Lucian Freud, les parents de Robert de Niro et sa propre fille Pegeen. Quatrième piste, enfin : l’organisatrice d’expositions qui fut, en 1938 à Londres, la première à présenter l’avant-garde surréaliste et cubiste européenne, et envoya, en 1940, leurs tableaux aux États-Unis car Le Louvre ne trouvait pas digne de les protéger. Et fut la première, là encore, à exposer trente femmes après guerre, avant de fonder le Musée Peggy Guggenheim à Venise, fort de 326 œuvres de cent artistes, et où elle repose aujourd’hui. On ressort de ce brillant entrelacs ébloui, nourri, dynamisé. Et on ne rêve que d’y replonger pour s’attarder sur Lifar, Massine, Khanweiler, Cocteau, Kiesler…
G.To.

 

 

LES AUTRES FILMS DE LA SEMAINE

 

Les As de la jungle *
L’animation française est capable du meilleur (Le Grand méchant renard), mais aussi du pire. C’est hélas le cas avec ce film sans fantaisie et au scénario ennuyeux, qui raconte les aventures d’un groupe de justiciers inintéressants.
M.Q.

Buena Vista Social Club : Adios **
Entremêlant images d’archives, reportages et interviews, Lucy Walker éclaire les vies des musiciens du Buena Vista Social Club – filmés par Wim Wenders en 1998 – et tisse un lien passionnant entre leur musique, l’histoire de leur pays et celle du monde.
G.To.

I Wish °
Clare se voit offrir une vieille boîte à musique chinoise sur laquelle est écrit qu’elle peut faire sept vœux. Problème : Clare découvre bientôt que chaque vœu exaucé a son prix… Un tout petit film d’épouvante qui recycle sans inventer et oublie de faire peur.
G.R.

My Cousin Rachel **
Déjà adapté au cinéma en 1952, My Cousin Rachel est l’un des romans les plus perfidement complexes de Daphné du Maurier. Malgré sa réalisation soignée, cette nouvelle mouture ne rend pas la justice qu’elles méritent aux ambivalences du texte initial.
M.D.

Transfiguration *
Passionné par l’univers des vampires, Milo mène une sombre double vie. Découvert à Cannes en 2016, Transfiguration fait preuve d’une mise en scène honorable. Mais la lourdeur de son propos et la vacuité du scénario rendent le film pénible et ennuyeux.
A.L.

Valérian et la cité des mille planètes *
Agents intergalactiques, Valérian et Laureline enquêtent sur l’étrange mal qui ronge la station Alpha, la fameuse “cité des mille planètes”. Luc Besson s’adonne au space opera, toujours miné par un scénario trop faible, malgré un début prometteur.
Mi.G.

Walk with Me ***
Amputé des jambes après une mission en Afghanistan, Thomas, qui veut retourner se battre, rencontre à l’hôpital Sofie, qui rêve d’aller danser à New York. Une trame simple pour une ode merveilleuse à l’art, l’amour et la vie.
G.To.