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Les sorties du 28 juin 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

 

Visages, villages de Agnès Varda et JR ***
La cinéaste Agnès Varda et le photographe JR se lient d’amitié et partent sur les routes de France, à la rencontre d’anonymes. Le touchant road movie improvisé qui résulte de leur voyage est un véritable enchantement.

D’un côté, Agnès Varda : la cinéaste, seule femme à faire partie de la Nouvelle Vague originelle, est devenue une figure indéboulonnable du cinéma français. De l’autre, JR : ce “street artist” spécialisé dans les collages photographiques s’est fait un nom en “décorant” de façon éphémère des paysages urbains avec ses créations, et s’est aventuré dans le documentaire avec Women Are Heroes (présenté à la Semaine de la critique en 2010). Entre les deux, une rencontre initiée en 2015 par Rosalie Varda, fille de la réalisatrice, qui a senti que le courant pouvait passer entre ces deux personnalités que plus de cinquante ans séparent. Varda, désormais 88 printemps, et JR, 34 ans, étaient fait pour s’entendre : ils partagent une complicité de tous les instants, une curiosité pour les autres, une envie d’aller vers l’inconnu. Le “road trip” qu’ils entament ensemble sur les routes de France, en prenant soin de s’éloigner des grandes villes (territoire que maîtrise JR, et dont Varda veut en quelque sorte le libérer), prend alors des allures de joyeuse (!) introspection. À mesure qu’ils avancent, Varda rappelle à JR qu’elle doit regarder en arrière. Certaines rencontres ravivent des souvenirs d’enfance, un lieu peut lui évoquer un proche disparu… JR se montre toujours à l’écoute, attentif lorsque Varda se confie à lui (et au spectateur) sur sa vision déclinante : elle, dont le métier consiste à capter les images, voit flou, et doit subir des traitements réguliers. Dès lors, le hasard qui prédominait dans le choix des destinations du tandem (ils se rendaient dans certains villages simplement parce qu’ils y connaissaient quelqu’un) cède la place à des déplacements plus précis, qui résonnent plus profondément pour Varda et JR. Ce dernier présente ainsi à sa comparse sa grand-mère centenaire, puis les dockers qui avaient collaboré à l’une de ses installations, dans le port du Havre. Sur cette côte normande, Varda se souvient, elle, de son ami Guy Bourdin, et veut lui rendre hommage. Visages, villages bascule alors, par intermittences, du road movie à la captation, sans fioritures, de l’élaboration d’une œuvre d’art éphémère (ce qui, aux yeux des deux créateurs, n’en nourrit que plus la beauté). Par aileurs, le film est ponctué d’improvisations fantaisistes, typiques du style Varda. JR lui rappelant, à juste titre, le “philosophe solitaire” Jean-Luc Godard par son look – chapeau et lunettes noires, en toutes circonstances -, elle tente de le convaincre de retirer ses lunettes en lui faisant découvrir des photos qu’elle était parvenue à prendre de Godard sans lunettes. Puis le duo s’amuse à pasticher une séquence de @Bande à part dans le musée du Louvre. Enfin, Visages, villages culmine, à la faveur d’un dernier voyage hors de France, dans un bouquet final d’émotions, où une Agnès bouleversée – et bouleversante – parle de l’absence de son ami Jacques Rivette, autre très grand nom de la Nouvelle vague disparu en janvier 2016. Et les deux malicieux complices, qu’on accompagne depuis le début du film comme deux de nos amis, nous font alors des adieux, tournés vers l’avenir…
Mi.G.

 

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LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

 

Bonheur académie **
Fiction ténue intégrée à un documentaire sur les adeptes du culte de Raël réunis à l’occasion d’un stage, le film déroute par la neutralité avec laquelle il aborde une philosophie de vie à la fois profonde et extrêmement naïve.
F.B-P.

Cherchez la femme ***
Armand se travestit en femme voilée pour tenter d’approcher sa petite amie, séquestrée par son frère extrémiste. Malgré quelques clichés, le rythme effrené et le ton burlesque de l’écriture procurent à cette comédie audacieuse un charme fou.
A.L.

Dream Boat
Chronique à venir

Les Derniers jours d’une ville ***
Illustration de la mise en abyme, le film réussit à trouver le juste équilibre entre fiction et documentaire, lyrisme et absurde réalité. Servi par une photographie magnifique, voici une œuvre au propos universel passionnant.
J-A.M.

Grand froid **
Alors qu’elle est au bord de la faillite, une entreprise de pompes funèbres se voit confier l’enterrement inespéré d’un nouveau client. Naviguant entre la comédie noire et le western grelottant, le premier long métrage de Gérard Pautonnier crée la surprise.
S.H.

The Last Girl **
Dans une Angleterre ravagée par un virus mortel, une enfant pourrait être la clé d’un antidote et sauver l’Humanité. Malgré quelques trouvailles, cette nouvelle déclinaison du film de zombies reprend les codes du genre sans parvenir à les sublimer.
S.H.

Mon poussin *
Vincent est plaqué par Elina. Ses parents interviennent pour le consoler et emploient les grands moyens pour la lui faire oublier. Cette comédie vacharde et déchaînée se termine sur une morale bien convenue, enterrant toute velléité de guerre des générations.
M.B.

Patagonia **
Parti sur les bases d’un western austère s’attachant à la transmission manquée entre un vieux contremaître et un jeune saisonnier dans un ranch isolé en Patagonie, le film d’Emiliano Torres suscite un relatif regain d’intérêt dans son dernier tiers.
C.Lê.

Sans pitié ***
En prison, un mafieux solitaire à l’intelligence redoutable a rencontré un détenu tête brûlée. Maniant avec plaisir les flash-backs, accumulant les faux-semblants et les trahisons, Byun Sung-hyun livre un film de genre musclé et plaisant.
Mi.G.

Transformers : The Last Knight *
Lorsqu’une nouvelle menace met en péril la planète, Transformers et humains doivent unir leurs forces pour changer le cours de l’Histoire. Sans surprise, ce cinquième opus foutraque et déplorable s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs.
S.H.

Wallay **
Conte moral destiné à un public familial, Wallay nous entraîne dans les pas d’Ady – un adolescent qui découvre l’Afrique – et de son oncle. Peu de surprises dans cette comédie dramatique, mais une réelle tendresse et une belle invitation au voyage.
M.Q.