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Annecy 2017 : Focus sur Projection sur canapé

Globe-trotteuse depuis son plus jeune âge, Violette Delvoye n’a pas hésité à tracer un cursus scolaire par-delà les frontières et est ainsi passée du Nord de la France (l’École des Métiers du Cinéma d’Animation, à Roubaix) à la Norvège (le Volda University College, à Volda), sans négliger de poser un temps son bagage en Belgique (La Cambre, à Bruxelles).
Diplômée de l’école belge en 2016, elle y a réalisé Projection sur canapé, un court métrage présenté en compétition “films de fin d’études”, à l’occasion de la 41e édition du Festival d’Annecy, qui vient de se dérouler du 12 au 17 juin dernier, et dans lequel elle met en scène deux jeunes femmes qui, délicate résonance, évoquent leur “désir d’ailleurs”.

Rencontre avec la cinéaste Violette Delvoye, son auteure…

 

Synopsis :
Soirée cinéma à la maison. À l’issue du film, Lucie et Manu s’engagent dans une conversation autour de l’idée du voyage. Au fil des cigarettes et des verres de vin, elles s’exposent leurs envies, leurs besoins et leurs attentes.
Techniques : marionnettes

 

 

Votre titre peut sembler un clin d’œil au Diamants sur canapé, avec Audrey Hepburn. Si le film de Blake Edwards peut se voir, entre élégance et insouciance, comme l’histoire d’une jeune femme en quête de son existence ; vos protagonistes en incarneraient-elles une vision désenchantée, une sorte de neurasthénie contemporaine ?
Honnêtement, la référence s’arrête au titre. Il s’agit plutôt d’un clin d’œil lointain à une tournure efficace et qui fait aussi office de rappel au cinéma en général, puisque toute mon histoire part du visionnage d’un film. Au-delà de ça, je voulais surtout un titre simple, reprenant assez directement les éléments et l’environnement du film dans sa simplicité générale, sans chercher à orienter le spectateur vers ce qu’il devrait ou pourrait voir de plus profond dans cette petite histoire du quotidien. En fait, pour que chacun y trouve, ou non, un écho dans sa propre vie.

À voir votre film, on pourrait dire qu’il s’inscrit dans un certain archétype, attribué en “prise de vues réelles”, au cinéma d’auteur français : je caricature à l’extrême, “un couple qui se parle dans une chambre”. Pourquoi ce choix de l’intimisme naturaliste, dans un cinéma d’animation qui nous y habitue encore assez peu ?
Peut-être parce qu’il nous y habitue peu, justement ! Je ne sais pas, je crois que j’ai toujours aimé expérimenter depuis que j’ai commencé l’animation. Je n’ai pas encore réussi à m’arrêter sur un style ou un genre très définis, j’ai toujours envie d’essayer quelque chose de différent. Je voulais depuis longtemps essayer de développer vraiment l’écriture, de faire parler beaucoup mes personnages. Là où d’habitude, j’expérimente à travers la technique ; ici c’est plutôt dans la narration que ça s’est passé. Jusque-là j’ai principalement fait des courts-métrages où c’est surtout la technique d’animation qui était porteuse du message, où les images et le mouvement avaient le rôle principal. Je pense que c’est aussi ce vers quoi on est poussés en école d’animation : “justifier” l’animation en faisant des choses qui ne pourraient pas être faites en “prise de vues réelles”. Je crois que j’ai voulu remettre un peu en question cette idée en faisant cette histoire très simple : un témoignage de la vraie vie, quelque chose de très réel qui s’éloigne des mondes oniriques souvent représentés en animation. Mais, en même temps, l’animation donne une dimension particulière à la mise en scène, car elle permet d’assumer la fiction dans un prétendu réalisme. Le visuel annonce ouvertement que, malgré le ton naturel de cette conversation très quotidienne, ce n’est clairement pas la “vraie vie” qui est filmée, puisque ce sont des marionnettes que l’on regarde bouger et parler.

 

 

Avec son incarnation quasi humaine et son plateau de tournage, le choix de la technique des marionnettes semble celle qui se rapproche le plus d’un tournage “live”, avec équipe et acteurs. Questionnant, toujours, la notion de naturalisme, les marionnettes se sont-elles imposées comme une évidence pour le film, et pourquoi ?
C’était effectivement une évidence pour moi, dans ce souci de naturalisme. Cela dit, je suppose que le jeu entre le réalisme de la mise en scène et l’artifice du visuel, que j’évoquais précédemment, aurait pu être similaire avec du dessin animé et un dessin assez réaliste. Mais je crois que j’aime avoir toujours une marge de manœuvre au moment de l’animation, au moment de donner vie aux personnages, et dans un scénario aussi réaliste, où il n’est pas question par exemple de jouer avec les déformations que permettraient le dessin, il me semble que la place disponible pour l’improvisation se situe plutôt – comme dans un tournage “live”, en effet – dans le placement de la caméra, des personnages, de la lumière. Et aussi dans l’animation même des marionnettes, qui pour moi, qui me suis plutôt spécialisée dans la stop-motion que dans le dessin pur, est la technique la plus instinctive, celle qui permet le plus de ressenti, voire d’intimité avec le personnage. Comme l’animation en stop motion se fait chronologiquement – au contraire des poses-clefs entre lesquelles on revient par la suite -, j’y trouve une logique de mouvement et de vie, de développement des actions de mes personnages, que je ne trouve pas dans la rigueur de l’animation dessinée. C’est bien sûr un point de vue très personnel concernant le processus de fabrication, car je suis au-delà de ça très sensible à l’animation dessinée.
Pour revenir à la question du naturalisme, un autre aspect important dans la “prise de vie” de mes personnages a été l’enregistrement des voix : j’avais enregistré les deux actrices en même temps, dans une “vraie‌” fausse conversation, les laissant interpréter le texte et ses intonations, les moments de sérieux et de rire – j’avais insisté dans mes recherches pour avoir deux actrices qui se connaissaient bien et qui avaient déjà une certaine complicité. Ainsi, au-delà de ce que j’avais prévu pour la mise en scène, je devais aussi au moment de l’animation m’adapter à leurs intonations et à leur rythme de parole ; pas seulement pour le lip sync, mais pour tout l’acting, ce qui a énormément contribué à donner un réel caractère aux personnages qui jusque-là n’existaient que sur le papier et de façon encore trop théorique.

Lien Internet de Violette Delvoye
Chaîne Vimeo : https://vimeo.com/violettedelvoye