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Annecy 2017 : Focus sur J’aime les filles

Distingué, en 2016, aux Sommets du cinéma d’animation de Québec (Prix Guy-L. Coté pour le meilleur film canadien) et au Festival international du film d’animation d’Ottawa (Grand Prix du court métrage indépendant), J’aime les filles de Diane Obomsawin était présenté en compétition courts métrages, à l’occasion de la 41e édition du Festival d’Annecy, qui vient de se dérouler du 12 au 17 juin dernier.

Adapté de sa bande dessinée éponyme, publiée, sous le pseudonyme d’Obom, aux Editions L’Oie de Cravan, J’aime les filles est une évocation, introspective et délicate, du premier amour lesbien, porté par les témoignages de “louves aux grands yeux doux”.

Rencontre avec la cinéaste Diane Obomsawin, son auteure…

 

 

Synopsis
Charlotte, Mathilde, Marie et Diane racontent avec franchise et candeur leurs premières histoires d’amour. Pour chacune d’entre elles, le moment de l’éveil sexuel a rejoint une prise de conscience identitaire : la découverte du désir homosexuel !
Techniques : ordinateur 2D et rotoscopie

 

 

Qu’est-ce qui vous a poussée à prolonger, personnellement et artistiquement, en court métrage, J’aime les filles, votre bande dessinée publiée en 2014 ?

Ça remonte à loin. En 2007, j’avais proposé une adaptation de La Flûte enchantée de Mozart à mon producteur Marc Bertrand, à l’ONF. On partait en production, quand je lui ai montré une bande dessinée de huit pages sur mon enfance. Il a tout de suite dit que cette bande dessinée allait faire un meilleur film. C’est devenu le film Ici par ici. Deux ou trois années plus tard, je lui ai proposé une série d’histoires de la mythologie grecque, qui s’enchaînent comme un effet de domino. On partait en production, quand je lui ai montré la bande dessinée que je venais de terminer sur la vie de Kaspar Hauser. Il a tout de suite dit que cette bande dessinée allait faire un meilleur film. C’est devenu le film Kaspar. Comme on voulait retravailler ensemble, cette fois-ci, je ne lui ai pas proposé autre chose que la bande dessinée J’aime les filles. Surtout, je savais par expérience que le film allait être très différent de la bande dessinée et qu’il allait pouvoir toucher un plus grand nombre de monde. C’est un hasard, mais pour ces trois films, on retrouve le thème de l’enfance, de l’adolescence et du début de l’âge adulte. Pour moi, J’aime les filles est la fin d’une trilogie autour de ce thème et aussi du passage de la bande dessinée au film.

Votre film prend appui sur des récits autobiographiques, le vôtre et celui d’autres femmes. Est-ce que le choix graphique de l’anthropomorphisme (ici, des humains à faciès d’animaux) constitue à la fois une forme de pudeur dans l’évocation de l’homosexualité féminine et un désir ultime de protéger l’intégrité de celles qui témoignent ?

J’aime beaucoup la réponse qu’il y a dans votre question. C’est d’une part un choix graphique, parce que c’est très difficile pour moi de dessiner des êtres humains de façon réaliste, surtout les visages. Mais c’est aussi par désir de protéger l’intégrité de mes amies qui m’ont raconté leurs histoires. Ça les a fait rire de se voir avec des têtes d’animaux. En même temps, chacune s’est bien reconnue dans l’adaptation que j’ai faite de ses récits.

 

 

De votre dessin, naïf et rond, à la tonalité des souvenirs, tout semble ici n’être que douceur, sensualité et humour. On est loin d’évocations, rudes et contrariées, de la découverte de l’homosexualité. Vous semblait-il primordial de vous attacher à la sensation de bonheur procurée par l’apparition du sentiment naissant ?

Oui, parce que, pendant de très nombreuses années, dans la littérature comme au cinéma, toutes les histoires d’amour homosexuel se terminaient par un drame fatal, généralement un suicide. Avec le roman Carol, Patricia Highsmith est la première personne à avoir écrit un roman sur l’amour homosexuel dont la fin est heureuse. Pour cette raison, elle a reçu pendant des décennies de nombreuses lettres de remerciement. Ce roman a été un soulagement pour toute la communauté gay et lesbienne. Je voulais moi aussi choisir la sensualité, la légèreté et l’humour. Par contre, j’espère qu’on sent aussi dans mon film la difficulté d’avoir à assumer son homosexualité.

Remerciements à Nadine Viau, de l’ONF, pour son aide dans la réalisation de cet entretien.
Lien Internet de Diane Obomsawin
http://dianeobomsawin.com/dianeobomsawin/Obom.html