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Jeanne d’Arc, la punkette d’Orléans par Marine Quinchon

Très attendu – il fallait voir la foule qui dès 8 heures du matin se pressait rue Amouretti, décorés de ballons bleus pour la circonstance -, Jeannette, l’enfance de Jeanne d’arc capture l’essence du cinéma de Bruno Dumont.

Tournée chez lui, dans les dunes du Nord de la France, avec des acteurs amateurs, cette œuvre très singulière poursuit une réflexion largement entamée avec Hadewijch sur le mysticisme, la foi et la religion, discours de paix vecteur de violence. Cette fois, le réalisateur s’est inspiré d’un texte de Charles Péguy, le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, dont il a choisi des extraits mis ensuite en musique. Une manière de vulgariser un texte parfois abscons pour le profane, ce qui constitue aussi la limite du film. Toutes les chansons en effet ne sont pas facilement audibles. Le texte martele un certain nombre de thèmes chers à l’héroïne, véritablement obnubilée par Dieu, désespérée par l’actualité – les batailles opposant soldats anglais et français – et sa propre inaction. Au milieu des moutons d’un troupeau quasiment autogéré, Jeannette a tout le temps de réfléchir et de développer son « trip mystique », selon les mots du réalisateur. Lequel, se plaçant dans les pas de Péguy, socialiste et athée, estime que le religieux « doit revenir au théâtre et au cinéma pour qu’on s’en débarrasse ». Avec cette évocation cinématographique de la transe religieuse, Dumont ne manquera pas de décontenancer une partie des spectateurs, mais devrait rallier ses plus fervents admirateurs. D’abord parce qu’il filme remarquablement ces venteux paysages de la côte d’Opale sublimés par un ciel sans nuages. Parce que le réalisateur de P’tit Quinquin (dont il prépare la suite, Coin coin les z’inhumains…) s’y entend toujours aussi bien avec ses jeunes acteurs, révélant à l’écran Jeanne Voisin et surtout Lise Leplat Prudhomme, 8 ans à l’époque du tournage, prête pour les Kids United. Parce que l’humour est au rendez-vous, notamment avec des chorégraphies étonnantes. Enfin et surtout parce que la musique, rock et électro, est enthousiasmante. On ne comprend pas toujours bien les paroles, mais ce n’est pas très grave. Dumont transforme ainsi sa Jeanne d’Arc en fan de métal et l’entoure d’une galerie de personnages savoureux, l’ »oncle » rappeur emportant le morceau. Le rire enrichit le discours, humanisant les personnages plus qu’il ne les décrédibilise.