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De tout petits mondes par Marine Quinchon

Après la comédie de Claire Denis hier, c’étaient au tour du Francais Philippe Garrel et de l’Italien Jonas Carpignano de présenter leurs films au Palais Stéphanie, L’Amant d’un jour et A Ciambra.

La jolie musique de Philippe Garrel

On est dès les premières secondes en terrain connu. Dans l’Amant d’un jour, Philippe Garrel, 69 ans, étale son noir et blanc caractéristique dans lequel évoluent de beaux jeunes gens qui ne pensent qu’à aimer. Ce pourrait paraître tout à fait pédant, et terriblement parisien, si le réalisateur des Amants réguliers ne mêlait pas avec tant de talent la poésie de son esthétique – ses cadrages sont, toujours, un plaisir de pur cinéma -, un scénario réaliste – une jeune fille, qui vient de rompre avec son petit ami, retourne vivre chez son père, qui vit une histoire d’amour avec l’une de ses étudiantes – et une direction d’acteurs impeccable. La musique enfin achève de parfaire cette étude de mœurs très moderne. La scène centrale du film, qui voit les deux jeunes héroïnes tournoyer sur la piste de danse entre les bras de leurs soupirants, est un bijou de mise en scène et d’émotion. Dans le rôle de Jeanne, Esther Garrel (17 Fillesl’Apollonide…), simple et solaire, est une révélation. Dès la deuxième scène du film, dans laquelle son personnage se déverse en pleurs avec des gémissements à nous tirer des larmes, on est cueilli.

Les Gitans braquent la Croisette

A peine le générique commencé, le public s’est levé comme un seul homme pour applaudir avec ferveur le clan Amato venu accompagner le jeune réalisateur Jonas Carpignano lors de la Première de A Ciambra. Le réalisateur de Mediterranea y développe les sujets d’un court métrage de 2014, avec la même famille d’acteurs non professionnels. Ce drame social et initiatique suit un adolescent, Pio, 14 ans, décidé à prouver à sa famille qu’il mérite d’être traité comme un homme. Le voilà donc qui suit les traces de son frère, délinquant notoire, comme leur père – et, dans des proportions plus ou moins importantes, le reste de leurs voisins. Ciambra, c’est le nom de cet îlot d’immeubles vétustes proches de la décharge dans lesquels sont installés les membres d’une communauté gitane de Calabre. Tous vivent en marge de la société, vivant de larcins, volant l’électricité, les voitures, les maisons bourgeoises – avec la complicité des carabinieri. Tous fument comme des pompiers – même le plus jeune des enfants, encore en âge de fréquenter la maternelle ! -, seuls quelques-uns savent lire. Dans ce contexte très déterministe, Carpignano développe une histoire forte et émouvante, remarquablement incarnée, filmée au plus près du héros et avec une énergie communicative, dans la veine du nouveau cinéma italien social.

M.Q.