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La caméra de Claire

 

Dans la cuisine où la fine équipe des Fiches se nourrit de pâtes et de discussions cinéphiles, il y a une fenêtre. Par la fenêtre, la plage Cannoise et la mer. À côté de la fenêtre, une photographie grand format représente… la plage Cannoise et la mer. En avalant une penne al dente, notre vénéré rédacteur en chef commente : « mise en abîme ».

Quelques jours plus tard, en séance spéciale, le toujours aussi poétique et prolifique Hong Sang-soo présente La Caméra de Claire, dans lequel il orchestre, en plein festival de Cannes, une série de rencontres/déambulations entre un réalisateur coréen, une jeune assistante de production et une touriste française férue de photographie Polaroïd (Isabelle Huppert). Les festivaliers échappent un temps au festival pour mieux le retrouver sur grand écran. Mise en abime.
Tourné en quelques jours, en marge du dernier festival, avec les moyens d’un petit film étudiant, La Caméra de Claire prouve que le cinéma est avant tout affaire de désir. Reprenant sa grammaire minimaliste (successions de plans fixes achevés en un dé-zoom), Hong Sang-soo agence des scènes de discussions largement improvisées avec une foi en son art et en ses acteurs qui irrigue le film d’une grâce et d’une énergie rares. Grand cinéaste des petits riens, le réalisateur coréen œuvre avec la délicatesse d’un artisan perse, qui laisse, dans les imperfections mêmes du tissage, la marque de sa perfection.
Cannes à l’intérieur de l’écran cannois, comme la mer à l’intérieur du cadre : en bons cinéphiles, nous sommes nombreux à préférer la copie à l’original.