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Cannes : c’est ouvert

Il existe en gros deux types de sélections cannoises : celles qui misent massivement sur les habitués et celles qui se singularisent par une volonté de pari sur l’avenir. Ce qui frappe a priori à la lecture de la liste des auteurs retenus pour la compétition 2017 c’est qu’elle ne se rattache vraiment ni à l’une ni à l’autre de ces traditions. Plutôt qu’avec une sélection de vétérans ou de juniors, la partie semble devoir se jouer cette année avec l’équipe réserve. En effet, autour du gros soleil noir Haneke, on trouve cette fois-ci majoritairement des auteurs évoluant le plus souvent hors de la galaxie cannoise. Certes Kawase et Zviaguintsev ont leur rond de serviette au festival, et Mundruczó, Loznitsa ou Hazanavicius, bien que n’étant pas (encore) des “maîtres”, bénéficient du soutien fidèle de Thierry Frémaux. Mais pour le reste on verra surtout revenir plusieurs cinéastes aux rapports très aléatoires avec le festival, et dont la carrière s’est pour l’essentiel faite en dehors de lui. Ainsi François Ozon, par exemple, n’est venu que deux fois en compétition, avec des films (Swimming Pool et Jeune et jolie) qui sont loin d’avoir emballé les foules. Ses tubes, de Sous le sable à Frantz, ont, eux, fait leur succès sans passer par la case Croisette. Idem pour le très coté Hong Sang-soo (que le festival chouchoute cette année en programmant deux de ses films). Malgré la régularité métronomique de sa production, il n’est venu que trois fois en compétition : d’abord en 2004 et 2005 avec La Femme est l’avenir de l’homme et Conte de cinéma, qui ne sont pas vraiment des climax de son œuvre, puis avec le récréatif In Another Country en 2012. Sofia Coppola, elle, n’a monté qu’une fois les grandes marches, alors qu’elle était au faite de sa gloire, pour la présentation modérément mémorable de son Marie-Antoinette. Dans le cas de Todd Haynes, 17 ans et deux films décisifs (Loin du paradis et I’m Not There) séparaient les présentations cannoises de Velvet Goldmine (1998) et de
Carol (2015). Cette nouvelle sélection tendrait à prouver qu’il est en voie
de fidélisation tardive. Mais le plus spectaculaire est le retour de Doillon,
qui n’était plus revenu se frotter au public cannois depuis les huées qui avaient accueilli La Pirate en 1984. Même du côté des nouveaux venus en compétition, il est étonnant de voir qu’ils ne correspondent pas tellement au profil de cinéastes en train d’éclore et que le festival ferait entrer dans la cour des grands. A la rigueur, Robin Campillo et les frères Safdy, même s’ils ont déjà une jolie carrière, peuvent être encore mal identifiés. Mais Noah Baumbach (Frances Ha) a déjà sa petite stature de nouveau pape du cinéma indé américain, et surtout Bong Joon-ho (The Host, The Mother, Snowpiercer) est un cinéaste dont la réputation n’est plus à faire. Le côté “grande famille” de Cannes sera donc cette année un peu bousculé par une grosse délégation de réalisateurs que l’on pourrait dire “hors système”. Il se peut que ce soit un concours de circonstances (ce que pouvaient laisser entendre les précautions oratoires de Frémaux avant sa présentation), et ce serait de très mauvais augure. Il se peut aussi que ce soit la qualité propre des films qui en ait décidé ainsi. Et tous les espoirs seraient alors permis.