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Oscars, Césars, cinéma & polémiques

Décidément, l’époque aime la controverse et les procès. Le 26 février, la cérémonie des Oscars 2017, outre le raté au moment de l’annonce du
meilleur film, a été l’occasion de relancer – après les affaires Polanski ou von Trier, notamment – l’éternel débat sur la distinction entre l’artiste et son œuvre. En effet, des échanges enflammés, radicaux et parfois peu courtois ont fusé, sur les réseaux sociaux notamment, à propos de l’Oscar du meilleur acteur remis à Casey Affleck pour le rôle de Lee Chandler dans Manchester by the Sea. Évidemment, nul ne remet en cause le brio de son interprétation, mais une affaire de harcèlement sexuel datant de 2010 le rattrape et vient entacher son prix. Considère-t-on qu’un Oscar est une distinction purement cinématographique récompensant des compétences artistiques relevant exclusivement du domaine de la fiction, ou qu’au-delà
du rôle, c’est également l’acteur, et donc l’homme en sa qualité de citoyen inscrit dans le monde réel, qu’il récompense ? Bien qu’il soit assez clair qu’en tant que spectateur, on aime les personnages qu’interprètent un(e) comédien(ne) et non pas la personne elle-même (pour la simple raison que nous ne la connaissons pas), certain(e)s
posent la question de l’exemplarité de cette personne, à partir du moment où elle se retrouve (en recevant un Oscar, par exemple) mise en lumière dans ce que l’on appelle la sphère publique. Pourtant,
les choses sont simples : il y a d’un côté la justice pour juger
les humains et leur comportement, de l’autre l’Académie des Oscars pour juger les artistes et leur talent. Même si l’un n’excuse pas l’autre, on peut être à la fois un comédien génial et un individu peu recommandable. Et il faut rappeler qu’un Oscar ne confère à son propriétaire une légitimité que dans son domaine professionnel :
le cinéma. Rien de plus. On peut donc à la fois pleurer toutes les larmes de son corps devant l’histoire de Lee Chandler, et condamner de toutes ses forces (pour autant que l’on ait les informations nécessaires pour le faire, ce qui, en l’occurrence, n’est pas le cas) le comportement de Casey Affleck dans son rapport aux femmes, par exemple. Quelques jours plus tôt, Elle recevait le César du meilleur film – ce dont notre rédaction ne peut que se réjouir. Pour ce film qui décrit avec génie la complexité, l’ambiguïté et les contradictions inhérentes à l’espèce humaine, Verhoeven fut taxé, par certain(e)s, de misogynie. On alla même jusqu’à dire que son film faisait l’apologie du viol. Pourquoi ?
Parce qu’Isabelle Huppert ne passe pas le film à trembloter de peur, et, qui sait, de culpabilité ? Allons ! À l’heure où les pensées se plient en quatre pour tenir dans les 140 caractères d’un tweet, c’est justement tout le mérite du cinéma que de savoir encore rendre compte de
la complexité des choses, et de nous offrir un infini terrain d’exploration, où, de façon décomplexée et à l’abri de tout procès, s’entremêlent intimement nos rêves et nos cauchemars, nos joies et nos peines, nos lueurs et nos obscurités, nos bruits et nos fureurs.