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Ennemi public Série belge - Saison 1 - Diffusion TF1

Si vous avez manqué le début…

Assassin d’enfants, Guy Béranger est transféré dans un monastère pour y séjourner en liberté conditionnelle après vingt ans de prison. Son arrivée divise les frères de la communauté religieuse et provoque l’hostilité des habitants du village. Des réactions qui vont s’exacerber avec la découverte du cadavre d’une fillette. L’enquête policière promet d’être difficile.

 

Les frères d’Ardennes

Je pense à l’ami Poelvoorde, une nuit sur Canal +, martelant « la Belguique est un pays » pour présenter des films du cru. Un pays qu’il faut désormais compter parmi les terres à séries, surtout depuis les récentes Au-delà des murs et La Trêve (1).

La série belge a une gueule d’atmosphère, comme un brouillard sur la forêt, une grisaille qui ne se lève jamais tout à fait, malgré le versant doré de la bière. Elle force la sympathie à se regarder ainsi en face, à moins que ce ne soit de travers, en assumant ce côté plombant.

Ennemi public ne détonne pas dans le paysage, glauque. Elle ose remuer la honte nationale, pas tant parce qu’elle s’inspire vaguement de l’affaire Dutroux, que parce qu’elle montre jusqu’où peut aller l’individualisme, la rivalité, la bêtise – soluble dans l’alcoolisme – entre concitoyens d’une bourgade paumée.

Le sujet est sensible et vaste : un abject criminel peut-il se réinsérer ? La religion offre-t-elle la rédemption ? La société peut-elle pardonner ? Et que fait la police, pendant que la bière coule à flots chez les chasseurs / justiciers du dimanche ?

 

La série a le mérite de soulever toutes ces questions, mais son ambition s’arrête hélas à les confier entièrement à ses personnages et plus sûrement aux acteurs qui les incarnent. Certes, Angelo Bison dans le rôle du serial killer manipulateur et inquiétant est excellent (2). Certes, Stéphanie Blanchoud, dans le rôle de la jeune inspectrice qui lui tient tête, n’est pas mal non plus. Mais en l’absence de scènes plus longues et de dialogues mieux sentis, on est loin du face-à-face entre Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) et Clarice Starling (Jodie Foster).

De la même façon, on peut saluer la belle présence de Clément Manuel – abonné aux rôles de séminariste depuis Ainsi soient-ils ? – tout en déplorant qu’elle reste autant sous-employée. La faute à une intrigue qui se perd à vouloir tout dire et qui finalement renonce, ne va jamais au bout du destin de ses personnages.

 

Qui trop embrasse, mal étreint

En effleurant trop de pistes, Ennemi public délaye sa narration alors qu’elle aurait beaucoup à dire. Le récit ne parvient pas à imbriquer les différentes arches narratives, elles restent maladroitement plaquées les unes aux autres, au détriment de la vraisemblance.

La série est perpétuellement en dents de scie, livre quelques bons moments puis retourne à sa torpeur. Le suspens en prend un coup, notre intérêt aussi. Et ce n’est pas la mise en scène, tristement banale, qui risque de nous réveiller. Finalement, Ennemi public aurait gagné à être plus courte, à resserrer son intrigue, par ailleurs pas si mal ficelée… « Tu me déçois énormément, je suis colère » aurait conclu Monsieur Manatane / Poelvoorde.


(1) Au-delà des murs (Arte, 2016) est une coproduction franco-belge créée par Hervé Hadmar et Marc Herpoux qui osait le genre fantastique / épouvante. La Trêve (France 2, 2016) créée par Benjamin d’Aoust, Stéphane Bergmans et Matthieu Donck explorait déjà le genre polar rural glauque.

(2) Prix de la Meilleure interprétation masculine dans une série francophone au Festival Séries Mania 2016.


Ennemi public (2016) série belge créée par Antoine Bours, Christopher Yates, Gilles de Voghel et Matthieu Frances.

Avec : Angelo Bison, Stéphanie Blanchoud, Jean-Jacques Rausin, Clément Manuel, Philippe Jeusette, Laura Sepul…
Saison 1, 10 x 52 minutes, à partir du 6 février 2017 sur TF1
http://www.tf1.fr/tf1/ennemi-public