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22.11.63 Série américaine - Diffusion Canal+

Si vous avez manqué le début…

Professeur de littérature, fraîchement divorcé et vaguement dépressif, Jake Epping (James Franco) mène une vie tristement banale. C’est alors que son vieil ami Al Templeton (Chris Cooper), sentant sa fin proche, lui confie le secret d’un portail spatio-temporel vers 1960. Al supplie Jake de l’utiliser pour empêcher l’assassinat de Kennedy et changer le destin du monde, après le 22.11.63.

 

King sur un plateau

Les romans de Stephen King sont une manne pour les scénaristes en mal d’inspiration. Adaptés au cinéma de nombreuses fois, parfois brillamment (1), ils n’ont jamais convaincus le critique de séries. La récente Under the Dome (2013-2015), diffusée sur CBS/M6, n’aura pas tenu trois épisodes avant de nous montrer sa platitude et l’ampleur de sa banalité.

22.11.63 pourrait bien enfin relever le niveau. Paradoxalement, la présence de King à la production exécutive n’est pas la principale garantie : il est souvent associé aux projets de ses adaptations télé et n’a pas la réputation de laisser beaucoup de marge de manœuvre aux scénaristes. Il faut davantage compter sur J.J. Abrams pour une production de qualité et sur la showrunneuse Bridget Carpenter (Fringe, Person of Interest) dont on reconnaît bien ici l’univers.

Ce retour en 1960 ravira les amateurs de belles bagnoles (la production a dû avoir un prix de gros) et d’Apple Pie (oui, la bouffe était bien meilleure avant), les fans de musique 60’s et les danseurs de madison. La reconstitution est classieuse, même si on a parfois l’impression de tourner en rond entre quatre murs et quatre rues. Avec indulgence, on mettra ça sur le compte de la vision du héros, pris au piège du passé.

Dès le premier épisode, on sait que l’on a affaire à une réalisation hyper classique qui ne nous bousculera pas dans notre fauteuil. C’est propre, même si le coup du travelling d’ouverture, répété à l’envi, ça finit par lasser. Surtout, on est un peu gêné par le découpage, avec écran noir, qu’on dirait formaté pour les coupures pubs alors que la série a été diffusée aux US sur Hulu, une plate-forme VOD (donc sans pubs). Cette façon très appuyée de jouer des cliffhangers est hélas bien malhabile et caricaturale.

 

 

Y a-t-il un flic pour sauver le Président ?

En fait de thriller, jusqu’à mi-parcours, on est davantage dans la comédie de mœurs : le héros du futur fronce les sourcils devant la ségrégation raciale et la condition féminine du passé. Lorsqu’il tombe amoureux, on est même carrément dans la romance. Or, ce mélange des genres est une force car il fonctionne parfaitement. Bizarrement, c’est sans doute grâce à cette fameuse réalisation « classique », donc constante, et surtout grâce aux acteurs.

James Franco porte son personnage de héros malgré lui avec beaucoup de conviction et sa partenaire Sarah Gadon a tout de l’héroïne romantique. Les seconds rôles sont intelligemment développés, en particulier celui de George Mackay, qui joue l’acolyte du héros, un personnage qui n’existe pas dans le roman et vient nous épargner la lourdeur d’une voix off.

Si l’on n’est pas étreint par le suspens, on assiste sans conteste à un bon divertissement. Dans la seconde partie, certaines scènes de violence créent la surprise et montrent combien l’adaptation du roman, un peu plus libre et ambitieuse, aurait pu être plus dérangeante. Sans gâcher le plaisir, cette retenue nous laisse un peu sur notre faim.


(1) A commencer par Carrie (De Palma, 1976) et Shining (Kubrick, 1980).


22.11.63 (2016) série américaine adaptée d’un roman de Stephen King par Bridget Carpenter.

Avec : James Franco, Sarah Gadon, George Mackay, Daniel Webber, Chris Cooper, Harry Dunning, Cherry Jones, Lucy Fry, T.R. Knight, Tonya Pinkins.
Saison 1, 9 x 52 minutes, à partir du 19 janvier sur Canal+ et sur Canal+ Séries à partir du 22 janvier
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