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Festival international du Film Indépendant de Bordeaux Le punk existe t-il encore ?

Pour sa cinquième édition, voulue sous le signe de l’esprit « Punk », le FestivalInternational du Film Indépendant de Bordeaux a proposé une compétition hétérogène mais malheureusement beaucoup trop aseptisée, où, majoritairement, la violence des films était plus écrasante que libératrice.

 

Jeudi 13 Octobre : Les films-fantômes

Bordeaux est pluvieux en ce début d’après-midi d’octobre. Mais à peine le temps de glisser sur les pavés de la rue Sainte-Catherine que la compétition long-métrage (qui passe, pour les cinq ans du FIFIB, de 8 à 10 films) s’ouvre à nous, par l’intermédiaire du film tunisien HEDI. Auréolée de plusieurs prix à la Berlinale, l’oeuvre de Mohamed Ben Attia se pose d’ores et déjà comme un favori de la compétition, d’autant plus que le film porte le sceau des frères Dardenne, via leur société de production Les Films du Fleuve. Hedi, un jeune Tunisien effacé, artiste à ses heures perdues ( c’est à dire quand il ne fait pas des heures sup’ dans le cadre de son travail de représentant automobile), doit se marier avec une jeune femme. Bien sûr, le mariage est forcé. Mais sa rencontre avec Rim, extravertie, libérée, vivante en somme, incarnée, va faire se lever en lui un sentiment de révolte libérateur. Ou pas ? Si le film parvient, avec brio, à éviter tout symbolisme agressif dans le but de montrer une histoire universellement particulière, il ne parvient jamais à dépasser son statut de drame social, où sortir de sa condition se révèle en soi impossible, sans que le spectateur ne comprenne bien toujours pourquoi. Se construit donc devant nous un film qui serait à coup sûr plaisant si l’on ne voyait pas clairement les ficelles qui tiennent ces personnages qui se persuadent d’être libres, marionnettes désincarnées qui butent contre leur société mais aussi contre le scénario en lui-même. C’est bien là, plus que dans l’aspect purement productif, que se voit l’influence des Dardenne. Il est pourtant regrettable que le cinéma maghrébin post-Printemps Arabe puise son inspiration dans un cinéma européen bien consommé depuis dix ans, empli de fausse bienveillance et d’optimisme factice, où l’espoir n’est plus que vague théorie ou des pleurs de femme dans un aéroport. Evidemment, le film rencontre un grand succès auprès du public de la séance.

La salle est déjà un peu plus clairsemée pour le deuxième long en compétition, HAIR, de l’Iranien Mahmoud Ghaffari. Si le résumé semble accumuler les couches de clichés du film d’auteur à thèse (de jeunes karatékas iraniennes sourdes (!) face à au patriarcat et à l’autorité religieuse), le projet s’avère finalement bien plus humain et moins programmatique qu’Hedi. Très court (1h15), dense, filmé comme un documentaire, Hair est superbement hermétique, sans nuance aucune. La caméra suit, sans que l’on sache bien pourquoi elles plutôt que d’autres, ces adolescentes qui blasphèment le cou couvert, et les humiliations administratives qu’elles doivent endurer, alors qu’elles ne rêvent que de participer aux Championnats du Monde. Loin d’accumuler inutilement et sadiquement les strates d’handicaps, Ghaffari capte superbement ces âmes perdues qui errent de bureaux en bureaux. Si le film ne laisse aucune place aux fioritures, il absorbe sans trêve le spectateur dans un cauchemar éveillé, sans jamais faire ployer le poids de l’humiliation de la caméra sur ses jeunes interprètes. Scènes admirables où la rencontre nocturne, clandestine, mais pleine de tendresse, entre ces jeunes sourdes et des chiens sauvages est contre-balancée par les cris, semblables à des aboiements, de celles-ci face à un tyrannique bureaucrate sportif. Entre fantômes de la société, entre « animaux », on se comprend, même sans langage. La force du film est de dépeindre une réalité biaisée certes, mais avec une force de persuasion d’une puissance incroyable. AUCUN homme non-sourd, aucune institution religieuse et/ou politique ne peut offrir d’éventuelles échappatoires. Hair est bien plus honnête qu’Hedi dans ce sens : il n’y a aucun espoir, il n’y en aura jamais. L’aspect religieux devient alors secondaire en quelque sorte, face à la détresse existentielle, l’une des plus belles scènes du festival étant d’ailleurs le paroxysme de ce lent crescendo de dé-caractérisation, qui engendre, avant même la destruction hystérique, la mutilation d’un corps qui doit se blesser pour enfin exister.

Vendredi 14 Octobre : La vache et le (spectateur) prisonnier

Prenez une grande poignée de Jodorowsky époque Montagne sacrée, ajoutez-y une pincée de Miguel Gomes, une pointe minuscule de Jean-Luc Godard et de Luis Bunuel, mélangez bien, rajoutez un exemplaire de la « Philo pour les nuls », et vous obtenez le n’importe quoi généralisé d’ANIMAL POLITICO, du Brésilien Tiao, originaire de la ville brésilienne actuellement la plus présente cinématographiquement : Recife. Une vache complètement aliénée par la globalisation et la vie monotone humaine (des scènes hilarantes (?) la montrent en train de faire du tapis de course, d’essayer des robes, et ce pendant cinq minutes…), est en proie à une subite déprime existentielle. Elle décide alors de se retrouver dans la nature, ici en l’occurence un désert, où elle rencontrera une machine en stop-motion capable de se transformer à l’infini, une télé comme tentation diabolique, une relecture simpliste du monolithe de 2001… Ah oui, et entre le film s’intercale l’histoire d’une jeune femme au passé colonialiste, qui chasse nue sur une île déserte. De ce bric-à-brac de symboles, on pourrait, avec force bonne volonté, trouver un fil ténu de sens. Mais encore aurait-il fallu que le point névralgique du récit, la vache en question, ait elle-même une signification bien définie. Ici, elle est tour à tour figure christique, aliénée en quête du sens de la vie en restauration rapide, artiste érémitique, ou philosophe de salon. En voulant tout aplanir pour montrer aux hommes la vacuité de leur monde actuel, le film entre dans un relativisme complet où l’esclavage a la même place minimale qu’un homme dans un costume de vache qui chante dans le désert. Ni malaise ni humour ne peuvent, à terme, venir toucher le spectateur, prisonnier d’un système à la fois abscons et terriblement simplet, le film se terminant sur le retour du saint mammifère en urbanité, appuyé par une voix off digne d’un cours de philo de terminale. Cependant, de superbes images et des idées fortes de mise en scène témoignent du talent certain du jeune réalisateur, qui a probablement pêché par excès de pédanterie.
Et surtout, ce film, comme la grande majorité des films brésiliens actuels, donne une furieuse envie de visiter ce Recife à la fois surplombant et tellement vivant, ville-monstre de béton et foyer de création.

Samedi 15 Octobre : La guerre, la peur, et la vie Raëlle

LETTRES DE LA GUERRE, du Portugais Ivo Ferreira, adapté d’un recueil épistolaire d’Antonio Lobo Antunes, par son noir et blanc sublime et son environnement africain, rappelle (très) fortement Tabou de Miguel Gomes. Récit d’amour plus que de guerre, malgré le contexte colonial en Angola, le film déplie avec une langueur certaine ces très belles lettres d’amour entre Antunes, médecin militaire dans une des zones du conflit les plus dangereuses, et sa femme enceinte, restée au Portugal. Un système de double huis-clos se joue alors, entre ces lettres intimes qui lient les deux personnages et le confinement militaire, sorte d’antichambre du combat, où règnent la frustation sexuelle, le racisme et la dépression face à l’absurdité d’un combat auquel plus personne ne croit. Cette fable désabusée vue et revue n’existe alors que par ces lettres d’amour splendides, magnifiées, sorte d’Eden où Antunes peut se réfugier loin d’un environnement militaire aux frontières de la folie. Mais il est bien difficile de représenter l’inaction sans tomber dans une lenteur problématique, une torpeur ouatée qui permet au spectateur de s’endormir trente minutes sans rien rater. Et c’est à la fois la qualité et le défaut du film, qui semble ne jamais avancer que pour mieux reculer, dans un mouvement circulaire où une lettre sur-vivante est suivi par une action belliqueuse sous-incarnée. Captivé par la photographie et la doucereuse mélodie poétique, le réalisateur délaisse le cœur du récit (la guerre) pour l’enveloppe (les lettres). Sans être une expérience déplaisante, Lettres de la guerre est donc une oeuvre souvent assez ennuyeuse, qui apparaît un peu comme un Tabou dévitalisé.
Il avait fait parler de lui avec son précédent long-métrage, Beyond Clueless, où il convoquait plus de cent extraits de teen movies, ou avec Paint Drying, colossal film de 10 heures où l’on voyait juste de la peinture sécher, et ce pour lutter contre la censure des films en Grande-Bretagne. Charlie Lyne est revenu cette année à Bordeaux avec FEAR ITSELF, où cette fois-ci, il décide de disséquer et de mettre à nu l’un des sentiments les plus exploités par le cinéma : la peur. Le film superpose un récit censément fictionnel, quoique didactique, et des extraits de films parfois reconnus, parfois fort obscurs, sans que jamais l’un n’illustre l’autre. Si l’on n’est jamais bien loin du catalogue cinéphile, Lyne propose une vision quasi-exhaustive de la représentation de la peur au cinéma, ou plutôt de la naissance de celle-ci : la démarche complexe consistant à construire le sentiment, à l’imposer lentement. Dans une période sombre où le cinéma d’horreur se résume trop souvent au “torture porn” ou à des effets basiques, cette réhabilitation du malaise latent et insidieux s’avère nécessaire. Film de vrai amoureux du cinéma, Fear Itself est davantage qu’un long épisode de l’émission Blow Up : c’est un vrai manifeste militant pour un traitement qualitatif de la peur au cinéma.
La journée se clôt avec BONHEUR ACADÉMIE, deuxième long métrage de fiction des cinéastes Alain Della Negra et Kaori Kinoshita, et surtout premier film de la compétition à créer la polémique. Non pas du fait de son sujet (l’incommunicabilité entre les hommes), mais à cause du cadre dans lequel il s’inscrit : les « Académies du Bonheur » du gourou Raël, illuminé qui apparaît dans le film (et qui est remercié au générique). Le matériau fictionnel, plutôt agréable au demeurant, sorte de comédie désabusée sur la quête du bonheur et de la confiance en soi, portée par des comédiens tous excellents (Laure Calamy en tête), se fait inexorablement absorber par le matériau documentaire, qui, en voulant éviter tout jugement de valeur, finit par se mettre en retrait et peut ainsi donner le sentiment de servir la soupe à ce qui (même si le mot n’est jamais prononcé) est ni plus ni moins qu’une secte. Si l’on passe sur cette ambiguité (non)-idéologique, Bonheur académie apparaît comme un film singulier et assez drôle, distillant certains des plus beaux morceaux d’émotions de ce début de festival. Réflexion acerbe et acérée couplée d’une critique en sourdine d’une secte dangereuse ou film de propagande involontaire ou déguisé ? Difficile de se faire une idée, surtout à l’issue du houleux débat d’après-séance…

Dimanche 15 Octobre : Arty-ficielle

Journée noire pour la compétition… Tout commence avec NELLY de la Canadienne Anne Emond, biopic de Nelly Arcan, écrivaine qui fut aussi call-girl, femme torturée et talentueuse qui s’est malheureusement suicidée en 2009. Fragmentant artificiellement les étapes de la vie d’Arcan, la réalisatrice juxtapose dans un patchwork de mauvais goût des bribes de vie inintéressantes, vulgaires ou kitschs, au lieu de créer une composition organique entre pulsion créatrice et rage de vivre. En effet, jamais ou presque on ne voit Arcan travailler, créer. Ce qui est supposé être un hommage se repait donc du côté sulfureux de son modèle, sans rendre justice à ses ambiguité et ses contradictions. L’actrice Mylène Mackay semble buter, malgré son formidable jeu, contre les parois de cette mécanique retorse, et on ne sait plus vraiment au bout d’un moment, si l’on doit plaindre la romancière ou l’actrice qui porte son masque. Une mise en scène et un scénario maniérés et pleins de scories (ralentis outranciers, récit de sexe sauvage à son psychiatre, variétoche française en fond sonore), font pencher le film du côté du navet prétentieux plutôt que du film d’auteur radical. Vers la fin du film, Nelly sussure à un client qui l’a reconnu « Je ne suis pas une écrivaine mais je suis une bonne pute« . Dommage que le film prenne cette assertion au pied de la lettre…

PORTO de Gabe Klinger, produit par Jim Jarmusch, excusez du peu, semblait promettre un meilleur résultat. Mais, si l’on est loin du naufrage québécois, on est encore face à un pur objet de festival, esthétiquement pertinent, mais daté et incroyablement art(y)ficiel. Jake et Mati (fantasmatique Anton Yelchin, pour son dernier rôle au cinéma, et Lucie Lucas, connue essentiellement pour d’indigents téléfilms TF1, mais bonne actrice), se rencontrent sur un champ de ruines (clin d’oeil prophétique), vont se revoir dans Porto la nuit, s’aimer, fort, passionnément, et puis finalement non : la vie reprend son cours inexorable, et balaie les sentiments petit à petit. Si le film avance élégamment, avec une nonchalance artistique assez plaisante, en particulier avec des scènes nocturnes tournées en Super 8, ce récit déconstruit, semblable à du free-jazz, fait de rebonds, de retours, de répétitions et de boucles, revêt presque un aspect professoral, comme si Klinger jetait en vrac toutes ses références à la tête d’un spectateur. Dans ce film, finalement plus proche du Van Sant période Last Days que de Jarmusch, des scènes inexplicables s’éclairent en réapparaissant à l’écran, comme éclairées d’une lumière nouvelle. Si cela fonctionne pendant la première moitié du film (le dispositif étant quand même carrément virtuose par moments), faisant d’une scène de sexe inaugurale la fin de leur relation, comme si le témoignage sexuel contenait en lui-même sa ruine, parfois cela semble totalement calculé, comme lors d’une fin mélodramatique qui s’étire ad nauseam, et où l’ensemble des clichés y passe, de la citation de Proust apprise par cœur au « Je t’aime » de l’amoureux transi plein de morgue. Bardé de références (un copié-collé d’une scène de La Maman et la putain, avec Francoise Lebrun en mère, s’insère ici l’air de rien), Klinger égrène son chapelet et multiplie les hommages au cinéma d’autrefois, sans jamais ouvrir son récit à l’inattendu. Ce très bel objet, aussi vain que brillant, s’avère tout de même poignant grâce à la prestation mortifère et lancinante, absente et fantômatique, et en cela prophétique, d’un Anton Yelchin qui semblait déjà ailleurs.

Lundi 16 Octobre : Pourquoi j’ai mangé mes frères

La salle de l’Utopia est pleine à craquer, à tel point que le jury doit s’asseoir par terre. S’il y a plus de monde en ce lundi soir qu’un jeudi après-midi devant un film iranien, c’est parce que le film en compétition projeté est le plus attendu du grand public, avide de sensations fortes et d’hémoglobine. Après avoir créé le choc au festival de Cannes (à la Semaine de la critique) et suscité des évanouissements à Toronto, voici donc GRAVE de Julia Ducournau. Étant donné la rareté des films de genre français, celui-ci constitue une sorte d’OVNI. Diplômé de la Fémis dans la section scénario, Julia Ducournau réussit parfaitement celui de son film. Allant droit au but à vitesse grand V, Grave est un train lancé à fond qui ne recule devant rien, ne fait aucun pas de côté, ne laisse aucune sous-intrigue polluer son récit principal. Dans cette histoire de jeune végétarienne qui, après un bizutage en école de vétérinaire, prend (un peu trop) goût à la viande, un oeil exercé aura tôt fait d’anticiper chaque nouvelle scène, tant le récit est balisé et n’échappe pas (à dessein) aux conventions du genre. Diluant l’aspect gore dans un récit d’apprentissage personnel et familial, et c’est tout, Ducournau fait acte d’humilité en ne cherchant pas à empiler les lourds sous-entendus. Porté par une jeune actrice époustouflante (Garance Marillier), Grave est un film jubilatoirement anti-réfléxif, une gerbe de sang, d’humour, de sexe et d’alcool. On ne peut qu’applaudir son parti pris de ne rien expliquer. Et on ne peut donc que regretter d’autant plus un épilogue superfétatoire, qui, lui, tente in fine de rationaliser l’ensemble. Grave n’en reste pas moins un film libre, osé, et qui, durant 1h30, se montre à nous comme un manifeste de concision, d’humour et de brutalité mêlés.

Mardi 17 Octobre : Paradis ou Enfer

Il aura fallu attendre la dernière journée pour voir le meilleur film de la compétition longs métrages. C’est ainsi dans une salle quasi-déserte, que l’on a découvert enfin un vrai film libre, hystérique, salvateur, puissamment de mauvais goût, mais animé d’un amour profond pour ses personnages. SATAN SAID DANCE, de la Polonaise Kasia Roslaniec, est le pendant réussi du déjà culte Nelly. Là aussi, on suit la vie excentrique d’une jeune écrivaine, entre ses addictions, au sexe ou à la drogue, ses pulsions macabres, ses pleurs, ses joies, sa vie qui se déplie de façon aléatoire devant nos yeux. Constitué de plus de 90 « extraits » de sa vie, là aussi fragmentés, et entrecoupés de passages de son roman, le film s’inscrit complètement dans son époque, à travers le format de l’image, qui rappelle celui d’Instagram, ou ce besoin frénétique d’accumuler des images, des vidéos, bribes de nous-mêmes exclues du contexte où elles sont prises. Le fil de sa vie est aussi ténu que l’est la structure du film, puisque Karolina, l’héroïne, a un problème cardiaque, qui la pousse à jouir de la vie pour oublier la dimension mortifère de sa propre existence. Presque uniquement sensoriel et organique, le film place le spectateur en position de voyeur bienveillant, car la caméra épouse toujours le point de vue de sa protagoniste, embrassant avec elle le monde environnant. Même dans les rares scènes oniriques, le spectateur est inclus dans la substance du rêve. Karolina passe autant de temps à se masturber qu’à coucher avec des hommes : dans une compétition où la chair a bien souvent été triste, déviante, mélancolique, cet acte d’onanisme est apparu comme un acte de partage, une conscience de soi et du plaisir que l’on a de soi -avec la caméra- et par soi. Enfin, dans ce FIFIB de l’humiliation, il aura été permis à un héros d’atteindre la grâce, et au spectateur de le partager. Car dans ce puzzle de sexe, d’amour, de littérature et de drogue, on se sent soi-même, aussi, un peu plus vivant.

Clément Deleschaud