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Les Rencontres de Films en Bretagne : deuxième édition

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L’équipe de Films en Bretagne s’apprête à migrer vers le nord de la région qu’elle représente, direction les Côtes d’Armor et la charmante station de Saint-Quay-Portrieux qui accueillera les Rencontres nouvelle mouture [1] pour la deuxième fois cette année, du 5 au 7 octobre prochain. Élodie Sonnefraud en est la programmatrice ; elle s’est laissée voler un peu de ce temps qui lui manque déjà tant, à quelques jours de l’événement…

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Élodie Sonnefraud lors des Rencontres 2015

Pouvez-vous présenter en quelques mots votre parcours dans le cinéma, jusqu’à cette double casquette de programmatrice et de coordinatrice des Rencontres de Films en Bretagne ?

Cela fait plus de dix ans maintenant que je travaille dans le cinéma et l’audiovisuel en Bretagne. J’ai commencé à la régie sur des tournages. Je me suis ensuite vue confier la direction de production de courts et de longs métrages de fiction, avant de rejoindre l’équipe de Gilles Padovani, à Mille et Une Films, à Rennes. J’y suis restée presque cinq années, durant lesquelles j’ai appris ce métier de manière plus structurée, en travaillant sur du documentaire et de la fiction, en direction de production, en production exécutive et sur de l’accompagnement de projet en développement [2]. En 2013, Films en Bretagne m’a contactée pour rejoindre la rédaction en chef de ses Actualités et j’ai également commencé mon activité d’enseignement à l’université (Rennes 2 et Rennes 1), pour des cours liés à la production ; cela m’a permis de rester très en contact avec le tissu professionnel de la région. L’an dernier, quand FEB a choisi de quitter Pléneuf-Val-André pour Saint-Quay-Portrieux et d’ouvrir son rendez-vous, Doc’Ouest, à tous les champs de la création cinématographique et audiovisuelle, ils m’ont proposé de réfléchir à la programmation de cette première édition et de travailler à la coordination de cet événement, avec tout ce que cela induisait : une nouvelle ville, une nouvelle équipe municipale, un nouvel équipement, de nouvelles orientations…

Un nouveau rendez-vous et une expérience nouvelle pour vous… Quel bilan tirez-vous de ces « premières » ?

Le défi était de taille : 14 éditions Doc’Ouest, une manifestation identifiée comme un rendez-vous de rentrée par les professionnels des régions, un équipement très différent sur plusieurs sites, une attente de la commune qui souhaitait que ce rendez-vous professionnel puisse aussi proposer des temps ouverts au grand public. Pour ce qui est de la mission de programmation, la difficulté résidait dans cette ouverture à la fiction et à l’animation, inventer de nouveaux rendez-vous avec des acteurs qui nous connaissaient moins, les convaincre de nous faire confiance.
Je crois que nous avons au moins partiellement relevé ce défi : l’édition était chaleureuse, la fréquentation satisfaisante – plus de 250 professionnels réunis sur les trois jours. Nous avons pu à la fois proposer des rendez-vous très politiques, très attendus par la filière (le COSIP, N+1 ; le COM 2), chercher à éclairer des problématiques nouvelles comme l’écriture de séries de fiction ou les stratégies de distribution de premiers longs métrages dits fragiles dans les salles [3] … Quant au soutien de la municipalité, il prolonge celui, de longue date, du département : le maire, Thierry Simelière, est aussi le vice-président à la culture et au patrimoine au Conseil départemental des Côtes-d’Armor, et à ce titre il connaissait bien la manifestation. L’équipe est très à l’écoute et met tout en œuvre pour répondre à nos besoins.

La deuxième édition s’ouvre mercredi prochain : quel est votre état d’esprit et quels en seront les temps forts ?

Nous sommes évidemment mieux préparés cette année et nous partons forts du succès de cette première édition à Saint-Quay. C’est grisant. L’équipe est en place, Lubna Beautemps me seconde à la coordination et Marie-France Bellissant (service civique à FEB) nous aide beaucoup sur les aspects logistiques.
Pour ce qui est de la programmation, cette nouvelle édition s’annonce riche avec des problématiques qui intéressent de nombreux acteurs dans les régions. Nous reprenons le principe des rendez-vous individuels avec les institutions, les Tatins. Elles seront une vingtaine à répondre présent cette année. Pour ce qui est des autres moments importants, et si l’on cherche à définir une ligne de force, je dirais qu’il s’agit peut-être de parler « auteurs » cette année.
Nous ouvrirons mercredi avec un temps fort autour de la diffusion et de l’accompagnement des œuvres : une table ronde sur la rémunération des intervenants à partir du guide créé par ADDOC et ATIS – Rémunérer un réalisateur qui accompagne son film – et sur le modèle initié par le CNL. L’enjeu est national et il regarde autant les professionnels que le public, qui bénéficie de la présence des créateurs lors des projections. Nous ferons également à suivre un point sur la réforme de l’assurance chômage en vigueur depuis cet été (annexes 8 & 10) et qui impacte les auteurs-réalisateurs positivement.
Nous avons par ailleurs choisi d’offrir aux différents acteurs oeuvrant à la création accompagnée de se rencontrer à huis clos, et à trois structures de parler de leur expérience lors d’une table ronde publique. La question est au cœur de l’actualité : le CNC sera présent, qui réfléchit à la possibilité de mettre en place un temps de résidence en complément des aides financières à l’écriture.
Nous ferons également un focus sur une problématique que nous avons nommée Du Livre à l’écran : dans ce cadre, nous parlerons adaptation littéraire et dispositifs mis en place pour la favoriser (par exemple Shoot the Book et Polar en séries). Cette rencontre sera suivie d’une étude de cas, celle de Nuit noire sur Brest : une BD (de Kris, B. Galic et D. Cuvillier – adaptée d’un essai historique Nuit franquiste sur Brest, de Patrick Gourlay – et qui donnera naissance à un projet de film documentaire et à un webdoc.

Nous parlerons aussi mariage de la culture et de l’économie avec l’exemple de la Flandre, un temps important et très attendu par les producteurs et les gestionnaires de fonds d’aides. Jan Roekens, le responsable des productions du Screen Flanders (un fonds économique travaillant conjointement avec un fonds culturel), expliquera comment ces deux fonds s’ajoutent et se complètent, et quelles répercussions cette alliance peut avoir sur la production notamment cinématographique, selon lui. Le producteur flamand Dries Phlypo (A Private View) a bénéficié de ces fonds pour le film Vincent, de Christophe Van Rompaey, projeté à Locarno cette année, et viendra parler de cette expérience inspirante.

Enfin, la dernière matinée de ces Rencontres sera dédiée à la production documentaire ; un rendez-vous imaginé en trois temps, avec la présentation d’une étude de fond intitulée Production documentaire : un regard hexagonal – constats et préconisations –, suivie de deux workshops. Ils viseront à échanger sur les facteurs de dynamisme, les succès et échecs du processus de décentralisation, les leviers à activer pour renforcer la production en régions.

On parlera beaucoup cinéma, rien d’étonnant à cela. Est-ce qu’on en verra ?

Toril, de Laurent Teyssier, fera l’ouverture mercredi soir… Un premier long-métrage et une production d’initiative régionale (Tita Productions)

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Autre rendez-vous phare de cette édition, la première présentation des courts-métrages issus du dispositif ESTRAN [4] devant les professionnels et la Région, son financeur principal.

Et aussi… Trois documentaires produits en région

Le Kaddish des orphelins, d’Arnaud Sauli. Le portrait de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld

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Le Kaddish des orphelins d’Arnaud Sauli

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La Vie adulte, de Jean-Baptiste Mees

… Une comédie documentaire de Paul Lacoste, Poussin

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Poussin de Paul Lacoste

 

Enfin, les Rencontres se clôtureront avec deux séances publiques : un programme en guise d’hommage au territoire concocté par la Cinémathèque de Bretagne qui fête ses 30 ans cette année. Et le vendredi soir, les Quinocéens découvriront en avant-première le dernier long métrage de Jean-François Laguionie, Louise en hiver, qui vient de recevoir le Grand Prix à Ottawa (OIAF 2016), un film d’animation produit par JPL Films et entièrement fabriqué en Bretagne !

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Gaell B. Lerays

P.-S.

1 http://www.fichesducinema.com/spip/spip.php?article4967
2 Notamment La Mort de Danton, d’Alice Diop ; Les courts métrages de Bénédicte Pagnot (la réalisatrice des Lendemains) ; Leonarda et La Lutte n’est pas finie, de Guillaume Kozakiewiez.
3 Différents articles rendent compte des temps forts de l’édition 2015, ici : http://filmsenbretagne.org/category/actualite/les-rencontres-de-films-en-bretagne/
4 ESTRAN 6 : dispositif d’accompagnement d’auteurs et de producteurs émergents pour la fabrication d’un premier film, mis en œuvre par Films en Bretagne (conjointement avec Côte Ouest jusqu’à la cinquième édition).