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3 questions à… Marjolaine Perreten, réalisatrice [Annecy 2016]

Voir en ligne : Bilan Annecy 2016

Synopsis de Novembre, de Marjolaine Perreten (Sélection Officielle, Films de fin d’études)
L’automne s’est installé sur les bords du ruisseau. Des petits animaux s’activent pour préparer la grande saison hivernale.

Entretien

1. Marjolaine Perreten, vous venez de terminer vos études à La Poudrière, l’école de cinéma d’animation adossée au studio Folimage, à Valence. Qu’est-ce qui vous a poussé à venir prolonger vos études en France – vous êtes citoyenne suisse – et à choisir ce cursus, plutôt qu’un autre, parmi ceux proposés par les écoles hexagonales ?
En fait, cela faisait longtemps que l’animation me passionnait. Je pense que j’ai indubitablement réalisé que l’univers de l’animation pouvait m’être abordable, le jour où j’ai assisté à la projection de Laterarius, un court métrage de Marina Rosset. C’était à Lausanne, elle était venue le présenter lors de la “Nuit du court”. Quand je l’ai vu, je me suis dit : « Ah ? On peut faire des films toute seule ?… Alors, moi aussi, je veux faire ça. »
Du coup, après avoir terminé ma formation de multimédia designer à Lausanne – durant laquelle j’avais eu l’occasion de faire un stage de cinq mois chez Nadasdy Film, à Genève – et tout en étudiant secrètement l’animation dans des bouquins, j’ai profité de l’année qui suivait pour bosser et faire un maximum de stages dans l’animation. Je me suis vite aperçue que ce qui me plaisait le plus, c’était de pouvoir raconter mes propres histoires.
Alors, après avoir fait le tour des écoles d’animation de Suisse, j’ai constaté qu’il n’y avait globalement que la HSLU (Hochschule Luzern), en Suisse allemande, qui proposait un cursus “Bachelor & Master” reconnu, et surtout, public. Mais c’était en suisse allemand ! J’ai donc élargi mon champ de recherche à la France et j’ai découvert les films de La Poudrière. Conseillée et encouragée par Marcel Barelli, réalisateur de Vigia et Gypaetus Helveticus, chez Nadasdy Film, j’ai tenté le concours d’admission. J’avais peur de ne pas y arriver, à cause de mon parcours atypique, sans expérience en animation, autre que celles que je m’étais créée. Et j’ai “passé raclette” 1, car j’étais d’abord sur liste d’attente. En tout cas, je ne leur serai jamais assez reconnaissante de m’avoir donné ma chance.

2. Après, entre autres, des sélections à “Premiers plans” (Angers), “Anima” (Bruxelles) ou encore Oberhausen – où vous avez reçu un prix – Novembre est maintenant présenté à Annecy, en compétition “Films de fin d’études”. Votre court métrage peut être considéré comme un film “jeune public”, choix assez rare pour un film d’étudiant. Comment est né ce projet ? Comment a-t-il été accepté dans le cadre de votre parcours scolaire ?
Au moment de la rentrée en dernière année à La Poudrière, on devait arriver avec deux idées de films, j’avais celui-là en poche et c’est vrai que je me suis dit : « Faites qu’il passe. » En fait, j’avais prévu un autre projet – celui que je réalise actuellement – qui était, de mon point de vue, moins “jeune public”. Heureusement, Laurent Pouvaret, le directeur de l’école, a confirmé à chacun de nous, ce qui serait le plus profitable à développer, et je le remercie d’avoir cru à ce projet. En effet, j’avais peur qu’un film “jeune public” – malheureusement, c’est souvent le cas – ne soit pas considéré comme un film d’auteur. D’ailleurs, il faut remarquer que Novembre est souvent déprogrammé d’une sélection en compétition, à laquelle il était au départ inscrit, pour être relayé en sélection “jeune public”, par manque de films. Du coup, je ne participe pas à ces festivals de la même manière que mes camarades, alors que le travail est le même. Au bout du compte, cela donne l’impression de tomber dans le divertissement pour occuper les petits, pendant que les “grands” font des choses sérieuses et concourent pour des prix. Heureusement, maintenant, il y a des festivals qui remettent, aussi, des prix dans la catégorie “jeune public”, et valorisent ainsi ces films-là. Mais, au final, être vu en compétition ou en “jeune public”, cela reste fabuleux.

3. Dans Plus tard, votre film de première année à La Poudrière, comme dans Novembre, vous amenez le spectateur, jeune ou moins jeune, à découvrir un univers principalement peuplé de petits animaux sensibles, rêveurs, en quête d’affection, et un style graphique tendant vers la simplicité expressive du trait. Votre travail de création est-il porté par un double souci, narratif et visuel, du minimalisme ? Quelles sont, de fait, vos influences artistiques majeures et que vous apportent-elles ?
Quand j’ai commencé à faire des films d’animation – toute seule chez moi après le travail et sans aucune base d’animation –, il fallait que je trouve une façon économique de travailler. Alors j’économisais en jouant avec le hors-champ, en faisant le minimum d’animation. C’est, donc, quelque chose que j’ai gardé. Mais je dois reconnaître aussi que cela m’éclate, parce que ça force à trouver les bonnes expressions, pour rendre un trait vivant malgré son minimalisme. C’est une manière de faire, qui vient beaucoup du cinéma d’animation russe, des films d’Edouard Nazarov ou de Fedor Khitrouk. Par ailleurs, je suis une grande admiratrice des films de Jacques Tati, qui m’ont certainement inspiré, dans l’idée de concevoir un film contemplatif ou choral. Enfin, comme je suis une éternelle grande enfant, coincée dans un corps d’adulte – quoi que, vu ma taille… mais c’est un autre débat… – je possède plus d’albums “jeunesse”, que de livres pour les “grands” dans ma bibliothèque ; mais ne le dites pas à mes parents ! En tout cas, dans leur façon de voir le monde, le graphisme des albums de Kitty Crowther, Mélanie Rutten ou encore Tove Jansson m’influencent beaucoup.

Liens Internet de Marjolaine Perreten
blog : www.et-patati-patata.blogspot.ch
site : www.patati-patata.ch
tumblr : www.woolpondjoe.tumblr.com

P.-S.

1 Expression familière, suisse romande, signifiant “passer de justesse”.