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3 questions à… Marco de Blois, conservateur et programmateur à la Cinémathèque québécoise [ANNECY 2016]

Voir en ligne : Bilan Annecy 2016

Entretien

1. Marco de Blois, vous êtes programmateur et conservateur à la Cinémathèque québécoise ; quel a été votre premier contact marquant avec le cinéma d’animation français  ?

Quand je fréquentais la Cinémathèque comme jeune spectateur, je me souviens avoir été impressionné par trois courts métrages, dont la Cinémathèque possédait des copies : Les Trois inventeurs de Michel Ocelot (1980), Une Nuit sur le Mont Chauve d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker (1933), et Barbe-Bleue de René Bertrand et Jean Painlevé (1936).
Par la suite, devenu employé de la Cinémathèque, j’ai eu l’occasion d’approfondir ma connaissance de l’animation française, en y programmant deux rétrospectives majeures : “L’Animation française dans tous ses états”, une sélection de quarante-cinq courts métrages des années 1980 et 1990, ayant d’ailleurs circulé un peu partout dans le monde, grâce au réseau des consulats et des ambassades, et la monumentale rétrospective “Du praxinoscope au cellulo : un demi-siècle de cinéma d’animation en France (1892-1948)”, préparée par le CNC (Ndlr : Centre national du cinéma et de l’image animée).
Dans cette dernière, les films d’Émile Cohl, dont certains m’étaient inconnus, avaient particulièrement piqué ma curiosité, de même qu’un “bricolage”, absolument frais et inventif, La Fortune enchantée, de Pierre Charbonnier (1936).

2. Dans le cadre du focus, organisé par le Festival, sur l’animation hexagonale, vue depuis l’Etranger, votre programmation se place plutôt dans une optique expérimentale. Comment en êtes-vous arrivé à ce choix, par rapport à une production, qui semble plus portée par le “beau souci” du narratif ?

Vous faites référence, me semble-t-il, à l’héritage de Paul Grimault. Pour ma part, j’ai voulu, dans ce programme intitulé “Une histoire inattendue de l’animation”, m’intéresser aux enfants et aux petits-enfants d’Émile Cohl : les bricoleurs, les inventeurs, les expérimentateurs.
Il est évident qu’en faisant appel à des programmateurs étrangers, le Festival souhaitait un regard décalé. Je suis canadien et j’ai délibérément abordé le travail avec un regard de Canadien. Il faut comprendre que notre “ADN animé”, c’est autant Norman McLaren que Co Hoedeman, autant Pierre Hébert que Frédéric Back. Donc, mon approche pourrait être qualifiée de “mclareno-cohlienne”.
Si j’ai opté pour une incursion dans ce que vous appelez “l’expérimentation”, c’est que, me semble-t-il, ces films sont le plus souvent peu vus – en tout cas, pas dans le circuit habituel des festivals d’animation. En revanche, je ne voulais pas que l’expérimentation soit ici synonyme d’aridité. Avec Jean-Baptiste Garnero, du CNC, nous avons construit, je l’espère, un programme ludique et étonnant.

3. Par rapport aux découvertes surprenantes – et principalement issues des années 50-60 – de votre programme, l’animation française contemporaine, courts comme longs, vous paraît-elle rester encore le lieu de l’inattendu, et sous quelles formes ?
Le “beau souci” du narratif, comme vous le nommez, est, en effet, une tendance forte de l’animation française, et il peut, dans plusieurs cas, aboutir à des œuvres formidables. En revanche, je constate l’apparition d’une nouvelle génération de cinéastes qui, explorant d’autres avenues, proposent quelque chose de différent et d’excitant. Ils présentent une sensibilité et une culture, qui ne proviennent pas nécessairement de l’animation traditionnelle. Je pense à Boris Labbé (Rhizome), Calvin Antoine Blandin (La Chair de ma chère), Samuel Yal (Noevus). J’attends, aussi, impatiemment les prochains films de Bastien Dupriez et Justine Vuylsteker.
En ce qui concerne, sinon, le long métrage, les années 2015 et 2016 ont été exceptionnelles aussi bien pour les productions nationales, que pour les coproductions. De La Jeune Fille sans mains, de Sébastien Laudenbach, à Avril et le Monde truqué, de Franck Ekinci et Christian Desmares, c’est une formidable diversité qui se dessine, portée par l’intelligence des auteurs et des producteurs. Les programmateurs de festivals ont le beau défi d’en rendre compte.

Voir 3 films du programme “Animation française : l’effet miroir – Une histoire inattendue de l’animation française”

Le Mobilier fidèle d’Émile Cohl (1910)

Surprise Boogie d’Albert Pierru (1957)

Renaissance de Walerian Borowczyk (1963)