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Ressortie du DÉCALOGUE de Krzysztof Kieslowski

arton5177-20b8bReprise en salles à partir du 29 juin

La ressortie, en version restaurée, du Décalogue du Polonais Krzysztof Kieslowski, est une occasion rêvée pour réexaminer l’impact que ce projet, ambitieux et unique en son genre, a eu sur la carrière de son auteur. Lorsque le cinéaste présente les épisodes du Décalogue, produits par la télévision polonaise, au festival de Venise en 1989, le monde vient à peine de découvrir, deux ans plus tôt, Le Hasard : tourné en 1981, le film est immédiatement interdit par le régime communiste, qui ne l’autorise qu’en 1987, année où il est présenté au festival de Cannes (dans la section… Un Certain Regard !). Le Décalogue va être, pour la presse comme pour le public, l’affirmation du statut d’“auteur incontournable” de Kieslowski.

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Conçu comme un ensemble de dix films d’une heure, chacun centré sur la vision catéchétique de l’un des dix commandements, Le Décalogue s’impose avant tout par son mystère. À l’origine, les épisodes ne disposaient pas de titre explicite, mais seulement d’un numéro. Si, désormais, les épisodes sont sous-titrés d’un commandement, celui-ci sert avant tout de guide pour le spectateur. La qualité première des scénarios (cosignés par Krzysztof Piesiewicz, ancien juriste, qui devint le collaborateur privilégié de Kieslowski jusqu’à sa mort) réside, très justement, dans leur richesse thématique. Le cinéaste brouille les pistes, construisant ses intrigues sur un axe de lecture, mais accordant, en parallèle, suffisamment de liberté à ses personnages pour ne jamais basculer dans le strict film à thèse. Les récits de chaque film se déroulant dans (ou à proximité) d’une cité-dortoir de Varsovie, Kieslowski parvient, en filigrane, à dresser le portrait de la Pologne communiste des années 1980 : le quotidien ordinaire de ses habitants, leurs attentes, leurs envies, leurs obsessions… Avec un budget minime, le réalisateur fait éclater son savoir-faire de metteur en scène, tirant le meilleur de ses environnements urbains, les rendant tour à tour inquiétants (l’hôpital dans le 2e épisode) ou accueillants (l’appartement du 4e).
Dans une époque où la série TV, forte de succès comme Les Sopranos, Breaking Bad ou Mad Men, est souvent mise en concurrence qualitative avec le cinéma, une pléthore de cinéastes se tourne vers le petit écran pour se lancer (avec des fortunes diverses) dans d’ambitieux projets : de Martin Scorsese (Boardwalk Empire, Vinyl) à Wong Kar-wai (dont le projet vient d’être annoncé), en passant par Michael Mann, Steven Soderbergh (réalisateur sur The Knick, producteur sur The Girlfriend Experience) ou Éric Rochant (Le Bureau des légendes). La ressortie du Décalogue vient intelligemment rappeler que Kieslowski fut un précurseur éclairé : s’il était tenu contractuellement de livrer deux épisodes rallongés en longs métrages (les épisodes 5 & 6, devenus respectivement le chef-d’œuvre ‘Tu ne tueras point et Brève histoire d’amour), le réalisateur est parvenu à faire respecter sa vision d’ensemble, et à imposer son Décalogue comme une énigme qui n’a pas pris une ride et, encore aujourd’hui, pousse le spectateur à se remettre en question.