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3 questions à… Stéphanie Lansaque & François Leroy, réalisateurs [Annecy 2016]

Voir en ligne : Bilan Annecy 2016

Synopsis de Café froid (Sélection Officielle, Courts métrages en compétition)
Saigon, Viêtnam. A la mort de sa mère, une jeune fille se voit contrainte d’abandonner ses études pour reprendre le café familial. Confrontée à un changement de vie radical, à la solitude et au chagrin, elle perd peu à peu ses repères.

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Entretien

1. Stéphanie Lansaque, François Leroy, absents depuis plusieurs années d’Annecy – dernière sélection, en 2009, avec Mei Ling – vous revenez, cette année, en compétition “courts métrages”, avec Café froid, un film angoissant et anxiogène, plongeant au plus profond de la folie d’une jeune fille, faisant face au décès soudain de sa mère. Quel a été l’élément déclencheur pour écrire cette histoire et que souhaitiez-vous y exprimer ?
Quand nous terminons un film, nous avons souvent en tête ce que sera le prochain.
Le processus de fabrication d’un film en animation étant très long – environ dix-huit mois pour chacun de nos films –, cela laisse du temps pour prendre du recul et faire évoluer le scénario, la mise en scène et le montage. En même temps, cette lenteur est très frustrante et nous donne envie de changer de registre à chaque nouveau film. Du conte naturaliste (Bonsoir Monsieur Chu, 2005), nous sommes de fait passés à l’histoire d’amour fantastique (Mei Ling, 2009), puis au film social proche du documentaire (Fleuve rouge, 2012), pour terminer par un film d’angoisse (Café froid, 2015).
Un point commun relie néanmoins tous nos films : leur ancrage dans l’observation de la vie quotidienne. Ainsi, une nuit, nous avons reçu un coup de fil d’une amie journaliste partie en reportage. A vingt-cinq ans, elle allait dormir seule pour la première fois et était terrorisée. Ce coup de fil nous a marqués et nous a poussés à nous interroger sur les angoisses des Vietnamiens.

2. Vous puisez votre inspiration au cœur de l’Asie, et plus particulièrement d’un pays, le Viêtnam. Qu’est-ce qui vous attache à cette terre et vous a conduit à en faire le centre de votre œuvre ? De film en film, comment évolue, d’ailleurs, votre regard sur le Viêtnam, ses habitants, sa culture et ses modes de vie ?
Nous avons découvert le Viêtnam en 2002, lors d’un voyage touristique. Nous sommes immédiatement tombés sous le charme du pays et de ses habitants. Nous étions, et sommes toujours, bluffés par le dynamisme du Viêtnam. Impossible de s’ennuyer dans les rues vietnamiennes, qui regorgent d’activité. Il y a tellement de choses à observer, à découvrir… La culture vietnamienne est, d’ailleurs, incroyablement complexe.
Nous avons, donc, décidé de revenir au Viêtnam le plus vite possible, pour des périodes de plus en plus longues et de plus en plus rapprochées, et l’idée de faire des films pour partager notre fascination pour ce pays s’est imposée naturellement.
Au fil des années, nous avons appris la langue et la culture vietnamiennes, en sillonnant le pays à moto et en observant le quotidien des gens assis sur les tabourets des cafés de rues et des gargotes de Saigon et Hanoï. Un apprentissage permanent, surtout dans un pays en perpétuel mouvement… Ainsi, au contact des amitiés que nous y avons nouées, notre regard sur le pays a évolué et est devenu moins naïf, plus critique. Cette double vie franco-vietnamienne nous permet, en fait, de prendre du recul sur les deux pays et nous pousse à nous remettre en question. C’est très stimulant. Au final, d’ailleurs, si notre dernier film, Café froid, est plus sombre que les précédents, il n’est pas le reflet d’une dégradation de la situation sociale au Viêtnam ; mais plutôt une plongée plus intime dans les angoisses de ses habitants.

3. Ce qui frappe, dans vos courts métrages, c’est votre capacité prodigieuse à mêler les techniques d’animation et même à recourir à la prise de vues réelles. Des premiers repérages à la création sonore – depuis Bonsoir Monsieur Chu (2005), Denis Vautrin est votre collaborateur incontournable, pour la musique et le son – comment concevez-vous vos films ?
Nos films se nourrissent avant tout du réel et de la culture urbaine, aussi bien pour les images que pour les sons. Nous aimons photographier, filmer et capturer les ambiances sonores ; mais nous n’aimons pas tellement dessiner et nous ne le faisons que par nécessité. Nous avons d’ailleurs rapidement abandonné le story-board, au profit d’un montage de rushes et d’ambiances sonores. En revanche, l’animation est un médium qui nous permet de transformer la réalité à notre guise et de contrôler chaque détail.
Le son est, effectivement, un élément primordial de nos films et nous y pensons dès le scénario. De même, la musique est une passion : nous aimons collecter des disques vinyles de tous les pays. Ces musiques servent, d’ailleurs, parfois d’inspiration à Denis pour composer une musique originale. Cela a été notamment le cas sur Mei Ling, dont la musique rend hommage à la pop hongkongaise des années soixante. La musique de Café froid s’est, quant à elle, inspirée de la bande originale de La Nuit des morts-vivants, de George A. Romero.
Depuis 2015, enfin, Yann Lacan est venu compléter l’équipe et s’occupe de la création sonore. En apportant chacun leur touche, Denis et Yann ont ainsi réussi à donner toute son atmosphère à Café froid et nous espérons bien travailler avec eux sur de nombreux autres films.

Site de Stéphanie Lansaque & François Leroy