Rechercher du contenu

3 questions à… David Coquard-Dassault, réalisateur [Annecy 2016]

Voir en ligne : Bilan Annecy 2016

Synopsis de Peripheria (Sélection Officielle, Courts métrages en compétition)
Voyage au cœur d’un grand ensemble de banlieue laissé à l’abandon, qui dresse le portrait d’un environnement urbain devenu sauvage : une Pompéi moderne où le vent souffle et les chiens rôdent sur les traces de la vie humaine.
À noter : dans la catégorie “courts métrages”, Peripheria a obtenu le Prix du Public et le Prix André-Martin.

Voir la bande-annonce

Entretien

1. David Coquard-Dassault, vous présentez, cette année, Peripheria, votre nouveau film, en “compétition courts métrages”, et vous aviez déjà présenté, en 2009, L’Ondée, votre premier court. Qu’est-ce qui vous a décidé à devenir cinéaste d’animation ? Quel a été votre parcours ?
Au départ, je suis sorti de l’école d’art Emile Cohl, à Lyon, avec un diplôme d’illustrateur, même si j’y étais rentré pour faire de l’animation. Seulement voilà, à l’époque, le matériel mis à disposition des élèves était plutôt succinct… Dans mon parcours, sinon, j’ai toujours été influencé par la photographie, notamment allemande, qui met en scène l’environnement urbain (immeubles, châteaux d’eau) de façon très stricte et avec une rigueur que j’ai gardée dans mon travail, dans le sens où je conçois toujours une image de façon frontale, simple et forte. Pendant plusieurs années, en tout cas, j’ai exercé mon métier d’illustrateur ; mais j’ai été rapidement frustré du côté statique de l’illustration. Alors puisque j’aimais travailler en musique, qu’il pleuvait à verse, j’ai progressivement glissé vers le cinéma et j’ai écrit L’Ondée. Mais j’ai gardé ma façon d’appréhender l’image, héritée de mes anciens travaux : le décor et sa composition reste le sujet principal, la caméra est fixe. En ce sens, parlant de film d’animation, il me semble que le terme, qui me convient le mieux, serait plutôt “film d’illustration”.

2. De la ville brutalement à l’arrêt, pour cause d’averse, de L’Ondée, à la cité HLM abandonnée de Peripheria, vous semblez développer une vision peu épanouissante de la vie urbaine. Quel regard portez-vous sur nos cités ?
Tout est une question de point de vue : je vis à Paris, suis moi-même très citadin et j’aime beaucoup la ville et son orchestre humain, même sous l’averse ! Il est vrai, cependant, que les cités-dortoirs, gigantesques, uniformes, posent problème, car elles n’ont jamais été adaptées à l’homme et freinent son épanouissement. Peripheria porte, du coup, un regard décalé sur la banlieue car, laissée à l’abandon, elle est vidée de sa substance, de ceux qui “la vivent” et la font vivre. Mais l’humain reste au cœur de ce projet, qui aborde la question d’une civilisation disparue et la fin de vie d’un complexe urbain, voué comme tout le reste à se dégrader, puis à disparaître. Et, au final, je songe à ce que disait l’architecte américain Frank Lloyd Wright : “Les bâtiments, aussi, sont des enfants de la terre et du soleil.

3. Seule présence vivante de Peripheria, une meute de chiens, condensé à vif d’une “humanité”, livrée à elle-même. Quelle est l’origine de ce choix narratif ? Et comment, plus techniquement parlant, avez-vous mis en œuvre animation et acting des animaux ?
Dans le film Le Cheval venu de la mer de Mike Newell, deux jeunes frères recueillent un cheval blanc et décident de le cacher dans leur petit appartement de banlieue. L’effet de clapier étant très fort, l’animal, oppressé et très à l’étroit, finit par casser une cloison. C’est une image que j’avais en tête pour Peripheria… Mais, en fait, lors de l’écriture du scénario, nous avons pensé, assez tôt, à des chiens errants, car ils investissent souvent les endroits à l’abandon. C’est le cas à Pompéi. Et, comme pour la cité antique, nous avons décidé de nous passer des hommes : les vestiges sont là, parlent pour eux, et les chiens sont le vecteur, qui permet de circuler dans la cité. Leur côté racé, fragile, contraste avec le béton armé et leur apparence, leur naissance ambiguë les rapprochent du mythe. Ils ne sont pas le reflet de l’humanité – et surtout pas celui de la population des cités –, mais il est intéressant de voir qu’au sein d’un espace civilisé (le siège avant d’une voiture, par exemple), on cherche à les rapprocher de l’homme, à trouver des similitudes. On essaie de se projeter en eux et un parallèle se crée naturellement, à travers le film, entre leur destin et le nôtre.
Cependant, j’avais aussi la volonté de faire une sorte de documentaire d’animation et de filmer ces animaux, comme si je les avais sous les yeux. Ce qui a, d’ailleurs, occasionné quelques différences de taille – et l’inquiétude de mon producteur – lorsqu’un plan, estimé à une dizaine de secondes lors de l’animatique, dépassait quarante secondes une fois l’animation finalisée. En tout cas, avec Emmanuel Linderer, le directeur de l’animation, nous les avons beaucoup étudiés et, même s’ils semblent agir de façon réaliste, il s’agit toujours d’une interprétation, ce qui contribue encore à les rapprocher des humains. Tout comme y contribue la technique utilisée, car, si le film est réalisé en 3D, l’animation a été fabriquée de façon traditionnelle : aucun intervalle n’a été géré par l’ordinateur, chaque image étant replacée manuellement l’une après l’autre. Et c’est grâce à ce côté « stop-motion », un peu mécanique – qui m’est très cher – que les chiens prennent vie et que cette magie, propre à l’animation, opère.

tumblr David Coquard-Dassault