Rechercher du contenu

Nostalgies hongroises Sortie DVD de 4 films hongrois

Quatre nouveaux films sont venus enrichir cet automne la collection hongroise de l’éditeur Malavida. Ils ont été réalisés entre 1968 et 1977, au cœur des belles années du « nouveau cinéma hongrois », celui qui connut la renommée internationale à la suite des impulsions données par les chefs d’œuvre de Miklos Jancso (Les Sans-Espoir, 1965, Rouges et Blancs, 1967, Silence et cri, 1968).
Dans cette série, Les Faucons d’Istvan Gaal est le film qui se rapproche le plus de ces derniers. En plans parfois longs et en mouvements parfaitement circulaires ou plus sinueux, nous sommes transportés au milieu d’une fauconnerie posée sur la plaine hongroise sans limite. Dans ce cadre géographique se développe une allégorie qu’aurait également pu faire sienne le chef de file de cette « nouvelle vague ». Le film de Gaal raconte l’histoire d’un jeune homme de la ville débarquant à la campagne pour intégrer une équipe constituée d’un chef, de quatre fauconniers et d’une femme aidant aux tâches quotidiennes. Le sous-texte politique se tient dans la description de la personnalité du patron de cette ferme particulière. Celui-ci dirige l’endroit de manière militaire, désignant ses faucons qui lui servent à chasser hérons et pies nuisibles pour les cultivateurs de la région comme des soldats responsables du maintien de l’ordre. Pour cet homme, le simple écart par rapport à la règle et le moindre désir individualiste équivalent à promouvoir l’anarchisme.
Misant sur les sens et l’observation, consacrant logiquement de très nombreux plans aux oiseaux et à la faune en général, le film n’est guère chargé d’enjeux dramatiques mais progressivement se dessine celui-ci : le héros va-t-il accepter ce mode de vie, comme le prédit son patron, ou le refuser ? La tradition militaire de la Hongrie est donc une nouvelle fois interrogée par son cinéma. L’approche d’Istvan Gaal est cependant intelligente. Le Maître qu’il nous montre est obsessionnel et scrupuleux mais laisse le temps au petit nouveau de s’adapter. Par ailleurs, l’endroit choisi est une ferme, pas une caserne et encore moins une prison. L’obéissance est assumée et le départ toujours possible. Le patron peut émouvoir lorsqu’il parle d’un faucon disparu qu’il admirait profondément et la seule femme du groupe peut passer d’un lit à un autre sans être forcée. De là vient l’attrait d’un film qui échappe à la démonstration facile. Comme alternent plans séquences travaillés et moments de vertiges par un montage exalté, la description d’un système bien en place n’empêche pas l’air de circuler et la sensation de liberté d’exister. Le factuel et le mystère se côtoient. Il y a là une allégorie et du réalisme, une idée et l’observation d’un lieu et d’une activité originale. Les Faucons est un film qui se tient parce qu’il a à la fois les pieds sur terre et la tête dans le ciel.


Plus âgé que Gaal et les autres animateurs du « nouveau cinéma », déjà responsable d’Un petit carrousel de fête qui, en 1956, avait fait son effet sur les festivaliers cannois et les critiques français, Zoltan Fabri réalise en 1968 Les Garçons de la rue Paul d’après un célèbre roman jeunesse de Ferenc Molnar auparavant porté à l’écran par Frank Borzage notamment (No greater glory, 1934). L’histoire est celle d’une lutte territoriale à laquelle se livrent deux groupes de garçons dans un quartier de Budapest au début du vingtième siècle. La production du film de Fabri est américano-hongroise et de standing. Elle a entraîné la distribution, pour presque tous les rôles de gamins, de jeunes acteurs anglais doublés en hongrois. Ce décalage supplémentaire accentue l’impression d’un jeu daté.
Les Garçons de la rue Paul contient des séquences trop longues et univoques. Le sujet principal est mince : la rivalité entre deux bandes pour la possession d’un vaste terrain de jeu. Focalisé sur cette compétition, à l’exception d’une dernière partie tirant les larmes, Zoltan Fabri a certainement souhaité créer une œuvre universelle mais les résonances manquent. Le scénario est trop simple et le lien métaphorique avec la vision d’une société reposant sur des valeurs militaires et guerrières n’est pas assez tendu pour intéresser réellement. Mis en scène de manière très traditionnelle, le film ne laisse guère voir, aujourd’hui, que des chamailleries de gamins singeant les soldats et perd de son potentiel de sympathie. Il devait certes en être tout à fait différemment pour le public hongrois de 1968 invité à s’émouvoir dans la nostalgie de ses jeunes années.


Sindbad de Zoltan Huszarik propose également une plongée dans le passé hongrois et les souvenirs, mais d’une toute autre façon. Ici est demandé un abandon au spectacle de réminiscences, à la récitation d’un poème, d’une élégie. Dans ce film, un homme rend visite à une ancienne amante. Séducteur en bout de course, il voit venir à lui des souvenirs multiples liés à des femmes qu’il a aimé naguère. Daté de 1971, Sindbad, du nom du personnage, est un long métrage unique ou presque (seul Csontvary suivra en 1980), sur lequel plane l’ombre de la mort, présente partout en filigrane. Rendant le passage des années et donnant à voir une série de retrouvailles, le film n’en est pas moins, en même temps, une ode à la vie et à celles qui la rendent supportable aux hommes : les femmes. Huszarik, en relayant les pensées de Sindbad, magnifie paysages, végétaux et éléments naturels. Dans une belle photographie, il soigne les décors et les costumes 1900, et s’étourdit de figures et de corps féminins, pudiques ou offerts généreusement.
Son Sindbad, adaptation d’une nouvelle de Gyula Krudy, est un poème autant littéraire que cinématographique. La langue qui y est parlée relève de cet art et le spectateur doit se laisser porter par elle. Images et montage s’accordent aussi pour se placer sur ce terrain de la poésie. Dans ses séquences de dialogues calmes, le cinéaste insère plusieurs plans très brefs, aux images quasiment subliminales, produisant des éclairs venus d’ailleurs, d’autres temps et d’autres lieux. Ces images permettent d’accompagner les pensées profondes du héros puisqu’elles peuvent paraître totalement « mentales » et appartenir en fait à sa mémoire. Deux dimensions cohabitent donc constamment, présent et passé, corps et esprit. Le film d’Huszarik n’est pas avare de beautés et possède une réelle audace mais il convient d’être attentif et disponible lors de sa découverte, sous peine de ne pas y trouver d’accès et de voir tourner à vide ce procédé de flashs de mémoire (qui peut par ailleurs rappeler le travail qu’effectuait à la même époque Alain Resnais).


Karoly Makk, avec Une nuit très morale, verse lui aussi dans la nostalgie 1900, ce temps où, semble-t-il, la maison de passe était un havre de paix pour l’homme qui oubliait là tout ce qui l’oppressait à l’extérieur : la société, les classes, l’Histoire… Comme souvent, le lieu est présenté comme étant hors du temps. Comme souvent, il est vu comme une scène de théâtre. L’introduction consiste d’ailleurs à nous montrer les prostituées revenant du spectacle pour aussitôt préparer le leur à l’attention de leurs clients. Le décor de studio vit pourtant sous le regard du cinéaste, qui donne tout leur poids aux objets et parvient à faire ressentir la chaleur qui émane du lieu. Dans ce théâtre particulier qu’est le bordel, s’agitent avec naturel les protagonistes. Tout cela n’est pas très neuf mais il se dégage un charmant érotisme de ces saynètes dans lesquelles des femmes plus belles et généreuses les unes que les autres offrent aux hommes des instants d’abandon. Il est donc regrettable que, passée la première partie, Karoly Makk s’évertue à rhabiller tout ce petit monde.
Le récit bifurque vers la comédie plus conventionnelle à partir de l’arrivée inopinée dans l’établissement de la mère d’un étudiant hébergé là, au milieu des filles de mauvaise vie : il faut faire croire à la petite dame qu’elle se trouve bien dans un foyer vertueux et surtout pas au bordel ! La nuit devient alors effectivement très morale et les putains ont l’occasion de prouver que, comme le veut l’adage, elles ont bon cœur. Si un brin d’amertume persiste dans le tableau idéalisé, l’érotisme et la vigueur ont disparu pour laisser place à une émotion plus attendue, joies et peines n’ayant toujours qu’une seule et même cause, l’amour.
Pour constituer cette collection hongroise, qui comporte à ce jour dix titres, l’éditeur a choisi des films de réalisateurs différents à chaque fois. L’ensemble est inégal, inévitablement. Mais la variété est assurée, tout comme est attisé le désir de découverte. C’est également le meilleur moyen d’offrir un vaste panorama et, de toute évidence, l’exhumation de telles œuvres, parfois célébrées à l’époque de leur présentation mais souvent complètement oubliées aujourd’hui faute de visibilité, reste salutaire.

 

Les Faucons
Magasiskola
de István Gaál

Avec : Ivan Andopov (Fiú), György Bánffy (Lilik), Gyula Bay, Gyula Gulyás

Hongrie, 1970.
Durée : 100 min
Sortie France du DVD : 25 septembre 2015
Couleur
Langue : hongrois – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 17,00 €
Éditeur : Malavida
Collection : Collection hongroise

Une nuit très morale
Egy erkölcsös éjszaka
de Károly Makk

Avec : Margit Makay, Irén Psota, Carla Romanelli, Georgiana Tarjan, György Cserhalmi

Hongrie, 1977.
Durée : 110 min
Sortie France du DVD : 25 septembre 2015
Couleur
Langue : hongrois – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 17,00 €
Éditeur : Malavida
Collection : Collection hongroise

Sindbad
Szinbád
de Zoltán Huszárik

Avec : Zoltán Latinovits (Szindbád), Éva Ruttkai, Eva Leelossy, Margit Dajka, Anna Nagy, Györgyi Andai, Erika Szegedi, Anna Muszte, Sándor Horváth, Éva Pap, Anna Czako, Zoltán Zelk, Mária Medgyesi, Ernõ Szénási

Hongrie, 1971.
Durée : 90 min
Sortie France du DVD : 25 septembre 2015
Couleur
Langue : hongrois – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 17,00 €
Éditeur : Malavida
Collection : Collection hongroise

Les Garçons de la rue Paul
A Pál utcai fiúk
de Zoltán Fábri

Avec : Mari Törőcsik, Sándor Pécsi, László Kozák, Anthony Kemp, John Moulder-Brown

Hongrie, 1968.
Durée : 104 min
Sortie France du DVD : 25 septembre 2015
Couleur
Langue : hongrois – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 17,00 €
Éditeur : Malavida
Collection : Collection hongroise