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La comédie des trentenaires en pop intimiste Sortie DVD "2 automnes 3 hivers" de Sébastien Betbeder

Arman et Mélanie se rencontrent dans un parc bordelais puis se perdent de vue. Leurs retrouvailles se font dans une impasse parisienne et les jours suivants voient se nouer leur relation amoureuse. Parallèlement, Benjamin, meilleur ami d’Arman, est victime d’un AVC mais séduit, durant sa rééducation, son orthophoniste Katia.

Parce que ses personnages ont la trentaine et que les habitent les angoisses propres à cet âge, parce qu’il est gorgé de notations précises sur l’air du temps et parce qu’il nous entretient de l’éternel sujet de l’amour, on aurait tôt fait de désigner 2 automnes 3 hivers de Sébastien Betbeder comme un film générationnel. Il n’est pas sûr, cependant, qu’il ait cette si grande ambition. La sienne est plus modeste et, en un sens, amplement suffisante.
Avant toute chose, voici une comédie. Une comédie française, une comédie des sentiments et une comédie bavarde. Faite de saynètes, de moments automnaux ou hivernaux de la vie de trois puis quatre gens encore appelés jeunes, elle repose beaucoup sur la parole. Les personnages principaux interviennent régulièrement face à la caméra pour nous parler directement. Plus troublant encore, il arrive qu’ils se tournent et s’adressent à nous en plein milieu d’une scène, détournant complètement celle-ci. Ainsi, au final, assez peu de scènes du film sont intégralement jouées. Cela n’empêche pas, heureusement, de suivre le récit mais comme rarement cela a été fait à ce point, ce sont les personnages eux-mêmes qui, littéralement, nous racontent leur histoire.
Ce jeu de l’élastique dans la représentation de la fiction est à risques, le spectateur pouvant se sentir détaché. Pour prévenir cela, Sébastien Betbeder peut compter d’une part sur la présence de ses acteurs et d’autre part sur le caractère ludique de son mode de narration. Il nous intéresse aussi par le recours constant à des citations et des références. 2 automnes 3 hivers est une comédie sous influences mais une partie de son charme tient justement au fait que les renvois y sont directs. Quand ces personnages cinéphiles font l’éloge d’un film d’Alain Tanner, un extrait déboule, quand ils vont voir une exposition Munch, celle-ci a vraiment eu lieu au Centre Pompidou, et quand ils écoutent un disque, c’est réellement un album des Fleet Foxes. Encore mieux : on ne va pas au « supermarché » mais bien au « Simply Market ». Ces précisions inhabituelles amusent beaucoup et apportent au film ses accents de sincérité.
Les références multiples font qu’inévitablement il y a de l’emprunt dans l’air, un peu partout, dans telle idée de mise en scène, dans telle séquence… Chacun peut rapprocher celles-ci de ses propres souvenirs cinématographiques d’aveu à la caméra, de chanson impromptue, de distanciation soudaine. Le jeu des noms peut agacer certains, comme peut le faire le choix de ce milieu social et de ces personnages-là, ces garçons et ces filles à la fois privilégiés culturellement et en galère, ces gens décalés-désabusés-désengagés. Pour autant, il faut remarquer que l’auto-ironie est perceptible à chaque instant dans ce petit monde où l’on parvient à inviter à dîner en tête-à-tête en parlant des Quatre nuits d’un rêveur de Bresson.
Abusivement découpé en micro-chapitres annoncés par des cartons amusants mais pas indispensables, ce film vite vu puisqu’il ne dure qu’une heure et demie fait souvent mouche dans l’humour. L’un des deux personnages masculins est joué par Vincent Macaigne. L’ogre Macaigne, dans le sens où sa simple présence fait qu’il bouffe les scènes, où les plus drôles lui sont redevables tant il assure dans le bafouillage langagier et gestuel franchement comique. Il accompagne également à merveille le glissement progressif vers la mélancolie. Sensible dès le début, elle enveloppe tout petit à petit. Bien qu’ils rejoignent divers points géographiques, les personnages semblent soumis à une inertie, sensation accentuée par la mise en scène frontale et la prépondérance de la parole. L’immobilisme auquel les contraint quelque temps un AVC ou un coup de couteau symbolise leur situation dans la société, à moitié forcée, à moitié consentie.
Évidemment, un tel film réalisé en 2013 n’a pas révolutionné le cinéma français comme s’il l’avait été en 1960. C’est une photo astucieuse et agréable, une œuvre à la portée limitée, mais qui, dans son périmètre restreint, a sa pertinence et son utilité, comme la pop intimiste qu’on y entend d’un bout à l’autre.

 

2 automnes 3 hivers
de Sébastien Betbeder

Avec : Vincent Macaigne (Arman), Maud Wyler (Amélie), Bastien Bouillon : Benjamin), Audrey Bastien (Katia, la petite amie suisse de Benjamin), Pauline Étienne (Lucie, la sœur cadette de Benjamin), Thomas Blanchard (Jan, le cousin dépressif de Katia), Jean-Quentin Châtelain (le père d’Arman), Olivier Chantreau (Guillaume), Eriko Takeda (Hazuki), Jérôme Thibault (le médecin), Zacharie Chasseriaud (le skater), Philippe Crespeau (le père de Benjamin), Olivier Therkelsen Hansen (l’exhibitionniste)

France, 2013.
Durée : 91 min
Sortie cinéma (France) : 25 décembre 2013
Sortie France du DVD : 2 septembre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langue : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 24,90 €
Éditeur : UFO Distribution

Bonus :
Court-métrage : «  In Timeo  », de Sébastien Betber (3’)
2A3H (intersaison) : rush et prises alternatives (31’)