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Ni pour ni contre, bien au contraire Sortie DVD de "Dear White People" de Justin Simien et Adriana Serrano

Sur un campus américain se côtoient les communautés. Mais même sous l’ère Obama persistent les clichés, les malentendus et les tensions. Dans cette université huppée, une militante héritière des Black Panthers, un apprenti journaliste gay, un fils à papa briguant la présidence des élèves et quelques autres étudiants se jaugent jusqu’à faire déraper une soirée au goût douteux dans le conflit racial.

« Dear White People… » est une formule introductive. Elle est immuablement utilisée par Sam, jeune et belle métisse, dans son émission de radio universitaire. Articulée avec sensualité, elle annonce de courtes interventions provocantes, des punch lines insolentes censées bousculer par un humour mordant les certitudes des petits blancs et assurer la permanence de la flamme noire revendicative.
Dear White People, le film, se voudrait au diapason : ironique et impertinent, tout autant qu’élégant et sexy, plein d’esprit. Il pose la question de la place tenue aujourd’hui par les Noirs dans la société américaine après des années de lutte et alors que s’est mis à circuler, depuis l’élection de Barack Obama, un discours sur le recul, voire la disparition, d’un racisme à grande échelle. Justin Simien, réalisateur débutant dans le long métrage à cette occasion, a choisi d’aller sur ce terrain idéologique par le biais de la comédie maligne. Faisant du campus la caisse de résonance du pays entier et imaginant un récit à personnages multiples, il n’en a pas moins abusé de ce seul ressort de la question de la couleur de peau. Toutes les scènes de son film sont ainsi basées sur une confrontation, un dilemme, une opposition, directe ou indirecte, jusqu’à en devenir lassant. Si les personnages sont nombreux, ils n’ont d’existence, sans exception, que par leur positionnement par rapport à leur identité noire, ou s’ils sont blancs, par l’acceptation ou le rejet implicite de celle-ci. Le cinéaste a cherché, alternativement, à renverser les clichés et à en jouer à plein régime. Pour ne pas paraître manichéen, il a également tenté d’éclairer des blessures secrètes afin de donner de la profondeur à des caractères très typés. Or à ce niveau-là aussi, ce que l’on observe n’est qu’une série de dévoilements de contradictions entre les idées et les comportements, l’éternel hiatus entre l’être et le paraître. Exemple le plus signifiant : la néo-Black Panther couche en catimini avec un Blanc. Cette mécanique ne donne rien à penser réellement sinon que « la vie c’est compliqué ».
Le type d’humour mis en avant est l’ironie. Employée sans vigueur, elle tend à signifier tout et son contraire, ménageant finalement toutes les susceptibilités et renvoyant dos à dos les deux parties. Quant aux personnages, ils sont clairement désignés comme des types, au cours d’une séquence en particulier : la bombe sexuelle cherchant à nier ses origines africaines, le bon black en rajoutant dans le cool pour s’intégrer, etc. Éprouvant évidemment de la sympathie pour tous, Justin Simien ne choisit pas entre eux et ne prend aucune position morale et politique claire.
Cette indécision du fond contamine la forme : ce comique de la vanne et du sketch est tantôt enregistré en cadrages de youtubers, tantôt mis en scène de manière classique, dans un style calme et soigné mais impersonnel. Nous constatons bien le choix du contrepoint musical (la bande originale est essentiellement constituée de célèbres airs classiques réorchestrés au piano) et celui d’un décor feutré mis en valeur par des cadrages parfois étranges (repoussant les acteurs sur les côtés lors des dialogues), mais l’engourdissement guette. De plus, le montage n’aide guère à se raccrocher et à s’y retrouver dans la confusion, le réalisateur en passant même, comme un aveu d’impuissance narrative, par deux ou trois retours en arrière rappelant tel dialogue oublié.
Le caractère obsessionnel de Dear White People semble en fait aller à l’encontre de ce qui assure habituellement la réussite d’un film choral : l’ouverture des possibilités pour le récit. Ici, nous sommes condamnés à balancer vaguement entre deux pôles structurants, entre l’affirmation d’une identité noire foncièrement différente et la tentation d’une assimilation complète. Si les personnages sont dessinés franchement et si les bornes narratives sont nettes, le discours du cinéaste l’est beaucoup moins, empêtré dans sa satire à partager sur la toile et labellisée Sundance. Certains pourront en rire, s’ils saisissent toutes les références, incessantes, à la culture populaire américaine actuelle, ou s’intéresseront à cette description grinçante du fonctionnement d’une grande université. D’autres, comme moi, regretteront le temps des premiers Spike Lee.

 

Dear White People
de Justin Simien et Adriana Serrano

Avec : Tyler James Williams, Tessa Thompson, Kyle Gallner, Teyonah Parris, Brandon P Bell, Britanny Curran, Justin Dobies, Marque Richardson

USA, 2014.
Durée : 108 min
Sortie cinéma (France) : 25 mars 2015
Sortie France du DVD : 18 août 2015
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langues : allemand, anglais, flamand, français, italien, espagnol, japonais, néerlandais, norvégien, polonais, portugais, suédois – Sous-titres : allemand, anglais, coréen, danois, finlandais, français, grec, islandais, italien, espagnol, japonais, néerlandais, norvégien, polonais, portugais, suédois.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Entretien avec Justin Simien (15’)
Making of (20’)
Scènes coupées
Bêtisier