Rechercher du contenu

La vie n’est pas si belle Sortie DVD du "Président" de Mohsen Makhmalbaf

Dans un pays inconnu, un vieux dictateur exerce son pouvoir. Lorsqu’une révolution éclate, il doit fuir, en compagnie de son petit-fils de cinq ans, à travers villes et campagnes. Masquant son identité au cours de ce dangereux périple, il tente de se fondre dans ce peuple qu’il a opprimé des années durant.

Mohsen Makhmalbaf avait disparu des écrans français depuis 2001. Allant presque jusqu’à tutoyer l’excellence de son collègue Abbas Kiarostami, il était pourtant apparu durant les années 1990 comme le deuxième grand cinéaste iranien de l’époque. La sortie en salles puis en DVD du Président, sa dernière fable politique, a permis de le retrouver. Dire que le cinéaste est revenu à cette occasion vers le plaisir d’écriture du Temps de l’amour (1990) ou la beauté plastique de Kandahar (2001) serait mentir, mais, ses douleurs d’exilé l’ayant poussé à choisir cette forme particulière de récit, il a pu au fil des scènes préserver quelques surprises et offrir une poignée de belles trouvailles esthétiques, au moins jusqu’à un certain point.
Le personnage principal est le dictateur d’un pays imaginaire (que l’on pense au croisement des mondes européens, asiatiques et arabes, le tournage en Géorgie aidant), renversé par son peuple et encombré dans sa fuite par son petit-fils. La présence de cet enfant au regard encore naïf sert la fable et autorise les questions qui paraîtraient, dans d’autres bouches que la sienne, simplistes. En creux, Le Président est également une évocation des « printemps arabes ». La visée de Makhmalbaf est donc double : universalité et actualité, récit et réalité.
Dépossédé et chassé, le dirigeant autoritaire se trouve plongé au contact d’un peuple auparavant asservi par sa politique et maintenant entraîné dans une terrible guerre civile. Un ressort déjà utilisé par Roberto Benigni dans La Vie est belle, autre fable historique, est repris ici : faire passer la triste réalité vécue pour un jeu, afin de préserver la sensibilité de l’enfant accompagnant l’adulte. Mais dans le film de Makhmalbaf, le grotesque et le comique se retrouvent assez rapidement ensevelis sous la violence et la noirceur de la vision, l’équilibre initial, plutôt plaisant et intrigant, n’étant tenu qu’un certain temps. L’émergence de cette violence se faisait au début par éclairs, ce qui donnait toute sa pertinence à l’une des questions posées par le petit garçon : « Est-ce que les balles que vous tirez, Votre Majesté, tuent ? » Par la suite, elle est partout, au point que l’enfant semble passer son temps à se boucher les oreilles et à mettre ses mains devant ses yeux. Fortement assombri, le dernier tiers souffre de surcroît de l’apparition de messages au symbolisme appuyé et d’une certaine complaisance dans l’étirement de séquences destinées à émouvoir grandement.
Le pessimisme du réalisateur, déraciné et désabusé, est parfaitement compréhensif mais il se transforme ici en piège et l’ambiguïté qui finit par s’installer laisse un goût étrange. On prend par exemple progressivement conscience que les gens du peuple ne sont présentés que comme étant serviles, brisés, humiliés, versatiles ou ivres de vengeance. Pour tout dire : coresponsables de leur triste sort. Ceci posé, il est loin d’être sûr que le refuge ultime dans la poésie soit une façon convaincante de conclure.

 

Le Président
The President
de Mohsen Makhmalbaf

Avec : Misha Gomiashvili (le Président), Dachi Orvelashvili (le petit-fils)

Géorgie, Royaume-Uni, France, Allemagne – 2014.
Durée : 118 min
Sortie en salles (France) : 18 mars 2014
Sortie France du DVD : 8 septembre 2015
Format : 1,85 – Couleur
Langue : géorgien – Sous-titres : français.
Éditeur : BAC Films

Bonus :
Making of (20’)
2 scènes coupées
Bandes-annonces