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Échec et toc Sortie DVD du "Tournoi" d’Élodie Namer

Cal Fournier, 22 ans, est un génie des échecs. Dans un grand hôtel de Budapest, il participe à un tournoi international en compagnie de son mentor et de quelques camarades français de son âge. Tourmenté par un adversaire, par sa relation avec une joueuse, par son maître et par diverses dérives, il manque de perdre pied.

Trouver un lieu original, éclairer une pratique peu présentée au cinéma, rendre à celle-ci, cérébrale, sa dimension physique et enfiler son sujet ardu sur le papier dans des habits stylés pour mieux accrocher le spectateur de base, tel est le programme auquel s’est consciencieusement attelée la débutante dans le long métrage Élodie Namer. Les films centrés sur le jeu d’échecs sont, il est vrai, assez rares. Cela tient sans doute à la difficulté de trouver la forme cinématographique la plus juste pour illustrer un tel exercice de l’esprit (avec les restrictions de mouvements qu’il impose). Voulant contourner l’obstacle, Élodie Namer a choisi de courir à l’opposé et de donner naissance à une œuvre particulièrement physique et gavée de sensations.
Éviter le cliché du joueur d’échecs frêle, gringalet à lunettes replié sur lui-même, serait louable si la manœuvre ne conduisait pas à renoncer à filmer l’intelligence. Ici, nous n’entrons dans la tête de Cal, le jeune héros, que pour partager ses crises d’angoisses et ses abandons à ses pulsions. De plus, pour rendre les choses qui se passent lors de ce concours d’échecs dans un hôtel hongrois luxueux plus attrayantes sur le plan narratif, la cinéaste a coupé au plus court : prendre un favori charismatique et le jeter dans le trouble en lui opposant un adversaire aussi inattendu qu’imbattable. La première victoire de Cal est pleine de géniale et arrogante désinvolture. Elle précède des erreurs inhabituelles dues aux tourments du jeune homme et un ressaisissement final. La progression ne risque pas de nous désarçonner (sans même parler de la facilité ultime que représente le fait de faire entendre régulièrement les commentateurs de presse rendant compte du déroulement du tournoi).
Pimenter le concours ne suffit pas. Il faut créer autour du héros un réseau qui provoquerait l’attachement du spectateur lambda. Nous avons donc droit tout d’abord à la description d’un petit groupe d’amis-rivaux post-adolescents qui vont pouvoir nous faire glisser vers le film de jeunes trash, vers la comédie déjantée, bref, vers le très mauvais trip. Ensuite, la figure du grand maître manipulateur, pressant puis jetant ses disciples doués, est ajoutée pour le frisson pervers. Enfin, un personnage extérieur à ce milieu, le seul positif (jusqu’au retournement final du héros), viendra prouver que la vraie vie est ailleurs puisque nous sommes évidemment dans une fable du passage d’un âge à un autre.
La cible première est sans doute les jeunes spectateurs, disons les 16-19 ans. La cinéaste pense qu’il faut leur tenir la main et surtout leur donner des images fortes car même lorsqu’il s’entiche de deux personnes réfléchissant autour d’un échiquier, le cinéma est, n’est-ce pas, un art visuel. Élodie Namer le sait et le fait savoir. Pour elle, la moindre séquence semble devoir comporter son plan donnant le point de vue du plafond, son ralenti hypnotique, sa composition symétrique ostensible, sa palette chromatique si travaillée, le tout sur fond musical à la mode, tendance électronique.
Avant de tourner son film, la réalisatrice a plongé dans le monde des échecs, arpenté les tournois pendant des mois, suivi de grands maîtres de la discipline. Les parties qu’elle a organisé sur son plateau ont probablement été approuvées par ces professionnels. Le problème est qu’on ne sent jamais cette vérité sur l’écran, masquée qu’elle est par les conventions narratives et la débauche d’effets visuels gratuits. Tout est peut-être vrai mais tout sonne faux. Le choix est d’ailleurs étrange : pour rendre compte d’un univers peu représenté, la cinéaste a décidé d’en passer par le conte initiatique « anti-naturaliste » (selon sa propre expression), au risque d’évacuer totalement la réalité du terrain arpenté, de n’en filmer que les contours pétants. Élodie Namer dit, en entretien bonus, avoir été influencée pour penser sa mise en scène par le travail de Stanley Kubrick, comme elle cite les noms de Brando et de Dean pour faire l’éloge de son acteur débutant Michelangelo Passaniti. Ces références lointaines ne sont peut-être finalement là que pour atténuer l’impression de décalque scolaire des idées de quelques grands cinéastes stylistes actuels, pour que l’on se dise moins vite que Le Tournoi n’est qu’une sorte de Karaté Kid d’aujourd’hui qui serait signé par un Nicolas Winding Refn ayant perdu tous ses moyens.

 

Le Tournoi
d’Élodie Namer

Avec : Michelangelo Passaniti (Cal),Lou de Laâge (Lou), Magne-Håvard Brekke (Viktor), Adam Corbier (Max), Fabien Libiszewski (Aurélien), Thomas Soliveres (Mathieu)

France, 2015.
Durée : 80 min
Sortie cinéma (France) : 29 avril 2015
Sortie France du DVD : 2 septembre 2015
Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langue : français – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,99 €
Éditeur : Diaphana

Bonus :
Making of
Entretien avec Élodie Namer
Scènes coupées