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Sortie DVD de « Le Bal » de Ettore Scola

Dans une salle de bal française, des femmes et des hommes se rencontrent, dansent, jouent l’éternel jeu de la séduction. Ce manège s’effectue à chaque époque, quels que soient les événements historiques, du Front Populaire aux années 1980, en passant par l’occupation, l’après-guerre et Mai 68.

 

C’est en 1983 qu’Ettore Scola réalise Le Bal, adaptation d’un spectacle musical porté avec succès quelques mois plus tôt sur les planches par Jean-Claude Penchenat et la compagnie du Théâtre du Campagnol. Le cinéaste dit avoir été attiré par le projet notamment pour la bonne raison qu’il avait vu dans cette pièce l’équivalent d’une comédie italienne sur l’histoire récente de la France. À voir ou à revoir ce film qui plut beaucoup au public hexagonal de l’époque (et à l’Académie des Césars qui trouva là le meilleur film et le meilleur réalisateur de l’année), le rapprochement saute effectivement aux yeux.
Scola n’a aucunement cherché à gommer l’origine théâtrale de l’œuvre et en a même, au contraire, accentué les effets. Tout d’abord, il a absolument préservé l’unité de lieu, ne laissant pas le spectateur quitter une seule seconde une salle de bal française que seule la régularité d’événements historiques importants nous incite à situer à Paris ou dans ses environs. Ensuite, le spectacle est entièrement musical, totalement dénué de dialogues. Enfin, Scola a travaillé avec la troupe l’ayant créé sur scène, renonçant ainsi à faire appel à quelque vedette, apportant juste une pincée de seconds rôles italiens.
En une succession de tableaux, nous voyons donc cette salle traverser les époques. 1936, 1940, 1944, 1946, 1956, 1968, 1983… Les dates choisies pour les stations du récit ne sont pas indifférentes. Elles sont même on ne peut plus signifiantes. Les auteurs ont cherché à bâtir des petites fictions sur fond musical reconnaissable qui donneraient à voir les répercussions d’événements marquants, à entendre les échos de la grande histoire, à saisir l’essence d’une époque. L’évocation se devant d’être accessible au commun des spectateurs, les repères socio-culturels sont simples et les stéréotypes et les chansons très populaires utilisés sans honte (le pot-pourri, mélangeant chansons originales et arrangements nouveaux par Vladimir Cosma, est bien tourné, quelque soit le goût que l’on peut avoir ou pas pour ces différentes ritournelles). Cette mise en spectacle musical de l’Histoire mène presque inévitablement à plusieurs facilités ou raccourcis, mais, au gré des inventions scéniques de la troupe du Campagnol et des idées de mise en scène de Scola, on y trouve aussi des séquences ou des moments qui parviennent avec plus de subtilité à poser telle ambiance, à dire telle chose de l’époque évoquée.
On peut dire que la réalisation redouble la création d’origine, mais elle ajoute aussi quelque chose, au-delà du simple enregistrement. Scola, souvent à l’aise dans les périmètres restreints, a rendu avec Le Bal un hommage au théâtre. N’hésitant pas à aller parfois jusqu’au plan-séquence, il a laissé la durée s’installer et a organisé de nombreuses vues d’ensemble qui nous permettent d’observer le décor sous toutes ses coutures, ainsi que le travail de troupe effectué dans le cadre, sur toute la profondeur. Cela sans pour autant oublier d’insérer des gros plans. Et nous en arrivons là à la comédie italienne. Le Bal est un point de rencontre entre la stylisation du jeu théâtral et la caricature cinématographique. Les acteurs tentent à l’écran, comme ils le faisaient sur scène, de façonner par leurs gestes, leurs costumes, leurs façons de bouger et de danser, des types humains immédiatement reconnaissables (le timide, le machiste, la myope, le fourbe, la délurée, etc.). Parfois, le grossissement qu’impose la caméra peut gêner, mais l’amusement est souvent au rendez-vous de cet épinglage.
La fluidité des mouvements (caméra et acteurs) associée à l’omniprésence de la musique rendent le film entraînant. Il n’en paraît pas moins pessimiste. Les partis-pris de Scola provoquent la formation d’une sorte de cercle vicieux. Finalement, l’humanité ne sort pas de cette salle de bal et reproduit les même schémas d’un temps à l’autre, sans en avoir conscience. Ce sont d’ailleurs les mêmes acteurs qui reviennent pour chaque tableau historique, dans d’autres costumes, sous d’autres postiches, mais, de manière évidente, sans changer d’âge. Il n’y a pas de vieillissement, pas d’évolution. L’attirance d’un sexe pour l’autre est identique, de même que la violence, que l’on soit en guerre ou en paix, trouve toujours à éclater à un moment ou à un autre. Les sorties du film, comme on dit sorties de scène, des protagonistes se font de manière fantomatique. Aujourd’hui, Le Bal, film toujours intéressant par bien des aspects compte tenu de son caractère si singulier, laisse éprouver peu d’émotions entre deux scènes ou plans assez drôles. En 1983, la fibre nostalgique était sans doute titillée plus sévèrement. En 2015, cette nostalgie se niche plus certainement dans les bonus de ce DVD édité par LCJ : des extraits de journaux télévisés du temps où Yves Mourousi pouvait papoter pendant dix minutes avec un cinéaste et ses collaborateurs.

 

Le Bal

de Ettore Scola

Avec : Christophe Allwright, Aziz Arbia, Marc Berman, Régis Bouquet, Chantal Capron, Martine Chauvin, Liliane Delval

France, Italie, Algérie, 1983. 
Durée : 112 min
Sortie cinéma (France) : 21 décembre 1983
Sortie France du DVD : 3 juin 2015
Format : 16/9 – Couleur – Son : 2.0. 
Langue : français – Sous-titres : aucun.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 12,90 €
Éditeur : LCJ Éditions