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Santiago brûle-t-il ? Sortie DVD de "Il pleut sur Santiago" de Helvio Soto

Le matin du 11 septembre 1973, une anormale agitation s’observe dans les casernes de l’armée chilienne et bientôt les chars sortent dans les rues de Santiago. Des ouvriers, des étudiants, des militants de l’Union Populaire tentent de s’y opposer les armes à la main. Mais beaucoup, dont le président élu Salvador Allende, tombent sous les balles. Le coup d’état dirigé par le général Pinochet a réussi.

Établir un témoignage cinématographique depuis son exil sous la forme d’une fiction retraçant les prémices et la réalisation du coup d’état militaire du 11 septembre 1973 quelques mois seulement après les faits, voilà un geste qui n’est pas négligeable. Le but et le mérite d’Il pleut sur Santiago étaient en 1975 d’exposer aux yeux des publics français et occidentaux la tragédie chilienne du renversement d’Allende par Pinochet et ses sbires et la plongée du peuple dans les ténèbres de la dictature. Ce film politique visant à la prise de conscience la plus large possible a pu avoir son effet à l’époque. Quoique… Il n’a guère laissé de traces marquantes, tant dans les colonnes du box office que dans les cahiers critiques et la mémoire cinéphile.
Mais l’exhumation des films oubliés est l’une des vertus de l’édition DVD. Le nom d’Helvio Soto est associé au vaste mouvement des nouveaux cinémas d’Amérique latine engagé au tournant des années 1970, grâce à des œuvres aux titres aussi évocateurs que Vote + Fusil (1971) ou Métamorphose du chef de la police politique (1973). La curiosité est donc attisée devant un film politique réalisé quasiment à chaud, bien qu’une pointe d’inquiétude perce à la lecture du générique. Consacrée donc au Chili, la coproduction est franco-bulgare, avec tournage à Sofia et principalement en français puisque les rôles principaux sont tenus par des vedettes hexagonales. Le choc de la langue peut être surmonté mais les craintes ne s’estompent pas, bien au contraire, au fil du visionnage.
Helvio Soto, auteur de son scénario, a organisé son récit autour de cette journée du 11 septembre à Santiago. Pour expliquer les tenants et aboutissants, il s’est servi du procédé du flashback, remontant à la victoire de Salvador Allende aux élections présidentielles de 1970. Une multitude de personnages est convoquée pour effectuer une coupe de la société chilienne en plein conflit armé, rendant le film classiquement choral dans le cadre de la reconstitution historique. Loin du lyrisme rigoureux d’un Francesco Rosi ou des expériences narratives et poétiques d’un Fernando Solanas, Soto élabore un spectacle sous forme de vulgarisation et ne peut détourner sa représentation des écueils bien connus dans ce genre de production. La condensation des faits, qu’ils soient historiques ou plus anecdotiques à l’échelle des individus, n’est pas évitée et les dialogues sont chargés d’un sens dont le spectateur cible doit se saisir immédiatement. L’une des conséquences de cette écriture est l’impression donnée que les personnages ont toujours la conscience de l’importance du moment, et pire, la prescience. De plus, la simplification narrative tend à fixer ceux-ci sur l’écran uniquement aux pics de leurs engagements.
La figuration est bulgare, sans doute augmentée d’émigrés chiliens, et les têtes d’affiche sont françaises (ou internationales comme Bibi Andersson). Il est beaucoup réclamé au spectateur lorsqu’il doit prendre André Dussolier, même jeune et en début de carrière, pour un leader étudiant de Santiago ou Bernard Fresson pour le ministre de l’économie du gouvernement Allende. Au milieu des visages ouvriers attentifs aux discours de meetings, émergent ainsi ceux d’Annie Girardot, Jean-Louis Trintignant, Laurent Terzieff, Maurice Garrel… Il pleut sur Santiago prend alors les airs d’un Paris brûle-t-il ? placé sous la tutelle de Pablo Neruda, d’un Jour le plus long rythmé par Astor Piazzola, sans les moyens de René Clément, encore moins bien sûr ceux de Darryl Zanuck.
L’analyse politique des forces en présence, le rendu de l’arbitraire terrible de la répression ou l’hommage lyrique aux marxistes, aux résistants, aux démocrates et au petit peuple sont bien tentés mais rarement de façon convaincante car trop conventionnelles. Le film d’Helvio Soto reste un livre d’images historiques, souvent légendées avec emphase et aujourd’hui peut-être juste utiles à un premier niveau de connaissance historique.

 

Il pleut sur Santiago
de Helvio Soto

Avec : Annie Girardot (Mireya Latorre), John Abbey (l’agent américain), Jean-Louis Trintignant (le sénateur), Bibi Andersson (Monique Calvé), Nicole Calfan (la fille d’Allende), Riccardo Cucciolla (Augusto Olivares), André Dussollier (Hugo), Bernard Fresson (Pedro Vuskovic), Maurice Garrel (Jorge González), Patricia Guzmán (l’étudiante), Serge Marquand (le général Lee), Olivier Mathot (le politicien), Henri Poirier (Augusto Pinochet), Laurent Terzieff (Calvé), Dimitar Buynozov (le chef de la garde), Naicho Petrov (Salvador Allende), Vera Dikova (la femme de Jorge), Dimiter Guerasimof (le chanteur)

France, Bulgarie, 1975.
Durée : 105 min
Sortie cinéma (France) : 10 décembre 1975
Sortie France du DVD : 19 août 2015
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 2.0. Mono
Langue : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 12,90 €
Éditeur : LCJ Éditions