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Les combattants Sortie DVD du "Dernier coup de marteau" d’Alix Delaporte

Victor, 13 ans, vit seul avec sa mère malade dans une caravane à l’écart de Montpellier. A l’opéra de la ville débutent les répétitions d’un orchestre conduit par son père, qu’il n’a jamais connu. Leur rencontre a lieu et de nouvelles perspectives s’ouvrent à Victor

Le Dernier Coup de marteau commence sans générique par une série de scènes au statut indéfinissable. Seul le garçon placé en leur centre fait figure de point de fixation. Pour le reste, l’indécision règne, notamment sur les liens entre les personnages vivant à l’écran. Cette entrée en matière intrigue et, en quelque sorte, rassure déjà. Le sujet à teneur sociale comme les thématiques de l’apprentissage et de la filiation peuvent augurer parfois de lourds ouvrages. Alix Delaporte, sur ces bases, a réalisé un remarquable travail d’élagage pour mieux toucher au sensible. Passées les premières minutes immersives, la situation est posée et éclaircie. Le jeune Victor noue le contact avec ce père qu’il ne connaît pas, celui-ci semblant même ignorer jusque là son existence. Malgré le caractère bourru du grand chef d’orchestre, l’acceptation de ce gamin pour le moins inattendu mais peut-être inconsciemment espéré va se faire, au point de voir également germer un désir de transmission.
Victor est un ado qui doit faire face à la grave maladie de sa mère qui s’affaiblit de jour en jour, dans des conditions de vie précaires, même si l’école, par ailleurs, ne lui pose aucun problème. Se faufilant dans les couloirs de l’opéra à la recherche de son père, il entre dans un monde nouveau, aux antipodes de la maison de fortune et du terrain de football. Sa vie, dès lors, va s’organiser en allers et retours. Alix Delaporte adopte un style de narration basé sur l’alternance plutôt que sur l’opposition de deux univers éloignés. Son jeune personnage principal peut partir vers un côté sur un coup de tête mais l’autre n’est jamais quitté ni oublié. Ce va-et-vient fait naître de subtils échos entre Montpellier et le bord de mer déserté, entre les gestes qu’effectue Victor avec sa mère et ceux qu’il a avec son père (s’allongeant sur le lit ou invité à se tenir à côté du pupitre), entre l’entraînement de foot et la répétition de musique (le coach et le chef d’orchestre tentent d’exercer la même autorité). Victor oscille librement entre deux pôles qu’il finit par relier sans toutefois les faire se rejoindre, ce seul lien se révélant suffisant.
Il n’y a donc pas opposition, ni préférence, ni placement en une position de jugement des personnages ou de leurs actes et activités. L’apprentissage de la ténacité et le dépassement de soi peuvent par exemple être le fruit de la pratique du football comme de l’ouverture à la musique. Cet art, cependant, est partout présent dans le film. De nombreuses répétitions de la Symphonie n°6 de Gustav Mahler ponctuent avec bonheur le récit et le chef d’orchestre saisit l’opportunité de la rencontre pour tenter une transmission ou au moins bâtir l’échange à partir de ce socle artistique. Initiant son fils, il l’interroge sur les émotions que l’écoute de cette musique lui procure. Alix Delaporte place ainsi son Dernier Coup de marteau dans la sphère émotive, mais cela sans donner de réponses directes. Maniant l’ellipse à volonté, elle propose une esthétique de points de suspension.
Son film n’est pas bavard, mais il n’est pas pour autant poseur dans ses silences. La mère est épuisée par la lutte contre la maladie, le père possède une prestance troublée, le fils est buté et combattif, les voisins hispanophones ont des difficultés avec la langue française… C’est le strict minimum qui passe par le verbal afin que le rythme cinématographique évoque l’art musical. Non annoncés par les dialogues, les comportements réservent régulièrement des surprises, en restant dénués de violence, de ressentiment ou de désir de domination. L’auteure refuse absolument que ses personnages, si éprouvés soient-ils, s’abiment dans la résignation. Elle n’est pas là pour leur mettre la tête sous l’eau dans un torrent mélodramatique. Il y a l’ombre d’un cancer mais l’inscription éventuelle dans un centre de formation de football est aussi décisive dans le scénario.
Évitant les pièges du misérabilisme et du didactisme, Alix Delaporte, aidée par la photographie de Claire Mathon et par ses trois interprètes principaux impeccables, signe un film précieux parce qu’il donne l’impression, à la suite de ses personnages, d’avancer. On ne parle pas d’optimisme béat, mais d’élan, qualité rare mais notamment partagée l’an dernier par Les Combattants de Thomas Cailley. Avec des moyens différents, Le Dernier Coup de marteau laisse lui aussi, à son terme, dans un état de confiance.

 

Le Dernier coup de marteau
d’Alix Delaporte

Avec : Romain Paul (Victor), Clotilde Hesme (Nadia), Grégory Gadebois (Samuel), Farida Rahouad (Daria), Candela Peña (María), Tristán Ulloa (Fabio), Mireia Vilapuig (Luna), Víctor Sánchez (Miguel), Farid Bendali (Omar), Cédric Chatelain
France – 2014.
Durée : 86 min
Sortie en salles (France) : 11 mars 2015
Sortie France du DVD : 19 août 2015
Format : 1,85 – Couleur
Langue : français.
Éditeur : Pyramide Vidéo
Bonus :
Livret comprenant un entretien avec Alix Delaporte
Essais des trois acteurs principaux (10 minutes environ)