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Le vent se lève… Sólveig Anspach 1960-2015

Depuis quelques jours, depuis le 8 août exactement, la fantaisie a le cœur gros. Tout ce qu’il peut y avoir de folie douce et d’un peu brindezingue dans l’existence de vous et moi sanglote. Vraiment ! Chagrin qu’en d’autres circonstances, on pourrait estimer contre nature… si ce n’est que Sólveig Anspach a fini par rendre les armes devant une maladie, négociatrice inflexible réputée dure en affaire qui – chacun s’est acquis à cette idée – n’a pas pour habitude de plaisanter beaucoup. Bref, une cinéaste s’en est allée. Et non des moindres. Née d’un père américain et d’une mère islandaise, Sólveig, réalisatrice française, deux fois recalée au concours d’entrée de l’IDHEC, fera partie de la toute première promotion de la Femis (1989), où elle signera, entre autres courts métrages, Par amour, avant de commencer d’exercer son talent dans la mise en œuvre de nombreux documentaires – une bonne vingtaine au total – qui la conduiront, pour la plupart, d’un point à l’autre du triangle géographique de ses pays d’origine et d’adoption, de l’Islande (Les Îles Vestammaneyjar, 1990 ; Reykjavik, des elfes dans la ville, 2001 ; Faux tableaux dans vrais paysages islandais, 2004) aux États-Unis (Made in USA, 2001) en passant par la France (Bonjour c’est pour un sondage, 1995 ; Barbara, tu n’es pas coupable, 1997 ; Le Secret, 2005). Documentaires qu’elle consacre à ce qui, d’une manière ou d’une autre, peut soudainement déraper, se détraquer et se mettre à clocher pour de bon dans le cours “normal” des choses, du système judiciaire américain à ces femmes ordinaires devenues, du jour au lendemain, braqueuses de banques (Que personne ne bouge !, 1998). C’est ce même principe scénaristique qui la guidera dans le registre de la fiction. Ce sera le cas de Haut les cœurs ! (1999) notamment – premier film de fiction inspiré par sa propre expérience de la maladie – dans lequel une jeune femme, Emma, apprend presque simultanément qu’elle est enceinte et qu’elle souffre d’un cancer du sein. Il en va de même dans Queen of Montreuil (2013) – deuxième volet d’une trilogie de comédies commencée avec Back Soon (2007) et dont l’épilogue, L’Effet aquatique, ne devrait pas tarder à sortir sur les écrans – où, soudainement devenue veuve, une jeune maître-nageuse ne parvient pas à se séparer de l’urne funéraire du défunt qu’elle emmène partout avec elle. C’est également le cas de Lulu, l’héroïne de Lulu femme nue (2014) qui, à la suite d’un entretien d’embauche humiliant, décide sur un coup de tête de ne pas rentrer chez elle, où l’attendent un mari et trois enfants, pour se lancer, hébétée de sa propre audace et flanquée de deux olibrius impayables, dans un vagabondage rêveur. C’est dire, peut-être, combien Sólveig Anspach pouvait être habitée d’un sentiment de précarité, et d’urgence de la certitude qu’à sentir se lever le vent, il fallait tenter de vivre. À nous, il nous reste à le tenter aussi… sans elle désormais. Ce qui d’ores et déjà va s’avérer bien plus difficile encore.