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Simplicité et beauté d’un film à message Sortie DVD de "Siddharth" de Richie Mehta

Réparateur ambulant de fermetures éclair dans Dehli, Mahendra Saini envoie son fils de 12 ans travailler quelques mois dans une usine loin de son foyer. A la date prévue, le garçon ne revient pas. Peu aidé par des autorités ne voyant là qu’un cas parmi des centaines d’autres disparus, le père va tenter de le retrouver jusque dans la fourmilière de Mumbai.

Les voies du Cinéma sont impénétrables. Siddharth, belle surprise réaliste sur l’Inde d’aujourd’hui est signée par Richie Mehta, réalisateur ayant certes des origines indiennes mais natif du Canada, inspiré pour ce projet à la fois par Michael Winterbottom et par Jafar Panahi, et responsable quelques mois plus tard d’un film de SF avec Gillian Anderson (I’ll follow you down). Simplicité, sincérité et honnêteté caractérisent l’œuvre, qui n’est donc aucunement celle d’un occidental retrouvant ses racines en habit de touriste.
La mise en scène de Richie Mehta est à la hauteur des personnages mais elle se met aussi à la hauteur du sujet, c’est-à-dire qu’elle ne repose pas sur une débauche de moyens déplacée mais sur une certaine pauvreté, sans que cela soit, comme pour les hommes et les femmes filmés, un jugement de valeur mais seulement un fait. La situation est donnée d’entrée et une fois le problème apparu, celui de la disparition du garçon de la famille à laquelle s’attache le film, ce sont les éléments classiques qui sont mis en lumière : action limitée de la police, efforts des organismes sociaux et des ONG, drames de l’enfance, des travaux forcés à la prostitution… Pour autant, rarement film « à message » aura aussi bien et aussi naturellement exposé sa visée.
C’est une caméra mobile sans verser dans l’agitation, proche sans être collée sous le nez, à la meilleure distance pour souligner les gestes et les expressions, qui crée un réalisme sans esbroufe, qui, par exemple, fait le plus souvent parler les interlocuteurs du personnage principal alors qu’ils sont en train de travailler. Les conditions de tournage en équipe légère n’ont sans doute pas été un handicap pour qui voulait capter des bribes de vie. Ce sont des plans souvent courts qui donnent sa forme au récit cinématographique, ponctué par des vues purement documentaires de rues, de commerces, d’activités, de passants, des vues très brèves qui font office à la fois d’appel d’air, de pause et d’agrégateur de la trame fictionnelle au monde réel car les séquences qui composent celle-ci sont manifestement situées dans les mêmes endroits, au milieu de ces mêmes passants. Le procédé n’a donc rien d’artificiel.
Dans ce nouveau drame de la pauvreté, les conditions de vie difficile sont clairement représentées sans que cela amène à une simplification des caractères. Les tensions familiales que provoquent ce terrible coup de tonnerre qu’est l’enlèvement ne vont pas jusqu’aux crises de couple spectaculaires chères à ce type de film social. Richie Mehta ne triche ni avec ses personnages, ni avec l’émotivité du spectateur. Le peu d’espoirs objectifs que laissent les éléments recueillis par le père dans sa recherche font que l’on ne peut s’empêcher de guetter le miraculeux hasard qui seul semble pouvoir dénouer favorablement la dramatique histoire. Mais le cinéaste n’est décidément pas un manipulateur. Il montre la naïveté d’un père qui est plus démuni que lâche. Il suffit d’ailleurs d’une impulsion, donnée par un reproche ou une demande de sa femme, pour qu’il se mette en marche et sa naïveté est battue en brèche par le pessimisme des gens qu’il rencontre, du moins ceux qui n’ont rien à gagner à le rassurer sans preuve, donc les plus honnêtes.
Siddharth est un film à la mise en scène attentive, qui n’en fait jamais trop mais qui n’en offre pas moins des instants précieux. Une déposition dans un commissariat laissant imaginer le dialogue de sourds attendu débouche sur la prise de conscience, en retenue mais déchirante, de l’absence de toute photographie du jeune disparu. Au cours d’un voyage en bus, une séquence d’attente à un passage à niveau, aussi gratuite que magnifique, se déploie en un plan-séquence mouvant et suspendu. Quant à la bande son, elle se signale tout d’abord par son aspect épuré, avant que les espaces musicaux se fassent de plus en plus importants au fil du temps. L’apparition de ces violons peut être pointée comme un défaut, une concession, la seule ou en tout cas la plus évidente, au mélodrame. Or on peut tout aussi bien la tourner en qualité, la trouver cohérente et justifiée par l’élargissement qu’elle autorise. L’amplitude obtenue sert à universaliser le propos et à inclure tout un monde. C’est ainsi, et non par le discours, que le cinéaste fait sentir l’importance de ce scandale des rapts d’enfants.
Passer par la recherche d’une personne ou d’un objet est sans doute l’une des meilleures façons de prendre le pouls d’une société, l’enquête en disant forcément plus que le simple fait dramatique grâce aux foules traversées, à la présence du peuple. Cela fait le prix par exemple de l’inédit I.D. (Kamal K.M., 2012), que présenta en 2013 le festival de La Rochelle, autre intéressant film indien, bien que plus retors, qui nous informe accessoirement, lui aussi, et si besoin en était, de l’importance du téléphone portable. Et donc, parmi d’autres qualités, de ce Siddharth, du nom d’un garçon que l’on voit si peu à l’écran, film simple où les images sont vraies avant d’être belles.

 

Siddharth
de Richie Mehta

Avec : Tannishtha Chatterjee, Rajesh Tailang, Anurag Arora, Shobha Sharma Jassi, Geeta Agrawal Sharma, Amitabh Srivasta

Canada, Inde – 2013.
Durée : 93 min
Sortie cinéma (France) : 27 août 2014
Sortie France du DVD : 9 juillet 2015
Couleur
Langue : hindi – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 18,90 €
Éditeur : Blaq Out>

Bonus :
Making of (24’)
Scènes coupées (10’)
Enregistrement de la musique du film (15’)