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Entretien avec Stéphane Goudet L'hypothèse du multiplexe art et essai

Retour sur les questions, centrales dans la crise actuelle, de la distribution et de l’exploitation des films. Après Manuel Chiche, qui était intervenu côté distribution au début de cette série, nous donnons cette fois la parole à un exploitant : Stéphane Goudet, directeur artistique du Méliès de Montreuil, aussi célèbre pour son succès publique, exemplaire dans le secteur de l’art et essai, que pour les violents conflits qui l’ont opposé à MK2, à UGC et à la mairie de Dominique Voynet. Au moment où il ouvre un “Grand Méliès” doté de six écrans, c’est l’occasion de faire avec lui le point sur les initiatives possibles pour entretenir le goût du cinéma en salles et pour concilier exigence artistique et ouverture au public le plus large.

Le nouveau Méliès ouvre le 19 août à Mairie de Montreuil (93) avec six salles, au lieu des 3 du Méliès antérieur, situé à la Croix de Chavaux. En quoi la notion de multiplexe est-elle aujourd’hui compatible avec la notion de salles art et essai ?

Techniquement, la notion de mutiplexe s’applique en Europe aux établissements de 8 salles et plus, donc nous sommes en deçà du multiplexe. Mais c’est vrai que disposer de six écrans pour faire tourner une structure clairement art et essai n’est pas si fréquent. Notre travail se rapprochera de lieux d’excellence de province, comme les Studios de Tours (7 salles), le Ciné 32 d’Auch ou le cinéma de Pessac, créateur d’une extraordinaire université populaire du cinéma, le Jean Eustache (5 salles chacun). Ces exemples, entre autres, prouvent que c’est évidemment possible.

Avec ces six salles le Méliès sera l’un des cinémas art et essai les plus importants d’Europe : cela en fait il une sorte de laboratoire pour sa programmation ?

Il existe évidemment des complexes classés art et essai plus grands que Le Méliès en France, y compris de vrais multiplexes, mais tous sont privés. La particularité du Méliès est donc d’être, comme le rappellent régulièrement la ville et la communauté d’agglomération Est Ensemble qui en sont les principaux financeurs, « l’un des plus grands cinémas publics d’Europe ». De ce fait, nous assumons d’avoir vocation à être l’un des laboratoires de programmation et d’animation français, à condition que cela ne nous transforme pas en savants fous ou en rats de laboratoire. En l’occurrence, nous voulons renforcer notre identité d’agora publique, donc d’espace de rencontres avec tous les plus grands cinéastes et souligner notre rôle à la fois initiatique et pédagogique, en créant à notre tour, début 2016, une université populaire du cinéma ouverte à tous, y compris à ceux qui fréquentent peu le cinéma aujourd’hui.

Cette nouvelle configuration va faire du Méliès un évident navire de guerre pour le cinéma indépendant. Est-ce que cela vous met en position de force vis-à-vis de certains distributeurs ?

Nous préférons l’idée d’intérêts communs bien compris à celle de rapports de force, de pression ou de guerre… Nous ne sommes qu’une goutte d’eau à l’échelle de l’exploitation française et notre poids ne peut être que symbolique. Disons que si nous gagnons notre pari, nous devrions être l’une des 10-15 salles phares qui permettent parfois à certains distributeurs indépendants de continuer à prendre des risques dans les champs du cinéma de recherche et du cinéma de patrimoine, et ce sera déjà une petite pierre portée à l’édifice de la défense du cinéma d’auteur comme art vivant. Mais aucune salle performante ne remplacera le formidable maillage des salles art et essai en France, qui reste l’un de nos meilleurs atouts pour défendre la diversité du cinéma.

Quels sont aujourd’hui vos rapports avec de »gros » distributeurs comme MK2 ou UGC, cinq ans après le conflit qui vous opposait ?

MK2, tout d’abord, est un gros réseau d’exploitation parisien, mais n’a jamais été un gros distributeur, au point qu’ils ont, depuis l’abandon de leur recours contre notre projet d’extension pour « abus de position de dominante » (sic) et « concurrence déloyale », totalement renoncé à la distribution. Côté exploitation, ils se sont recentrés sur des salles de prestige pour publics aisés dans des endroits chics et centraux, soit le contraire d’une implantation en banlieue, a fortiori en Seine-Saint-Denis… Dans un entretien récent avec Médiapart, Marin Karmitz évoquait un accord secret avec Dominique Voynet, maire de Montreuil en 2009, sur le doublement des tarifs à l’ouverture du nouveau Méliès, afin d’aligner les prix sur ceux, excessifs à nos yeux, pratiqués dans ses multiplexes. Il n’en sera évidemment rien. Nos tarifs tout public resteront entre 4 et 6 euros. Sachant que le tarif, inventé par les circuits, de 4 euros pour les moins de 14 ans est chez nous étendu aux moins de 26 ans ! Mais ces questions sont aujourd’hui beaucoup moins conflictuelles. Du coup, nos rapports avec UGC distribution sont désormais très bons. L’un des derniers invités de l’ancien Méliès a été Bruno Podalydès, distribué par UGC et l’un des tout premiers du nouveau Méliès, le 4 septembre, sera, toujours avec UGC, Jacques Audiard pour Dheepan, couronné de la Palme d’or. Cela dit, Guy Verrechia, le patron d’UGC (et premier propriétaire du Méliès en 1971 !), lorsque nous l’avions rencontré à l’assemblée nationale avait été très clair : il ne pensait absolument pas que l’ouverture de six salles publiques au lieu de trois à Montreuil allait provoquer l’effondrement de la fréquentation dans son énorme multiplexe de Rosny-sous-Bois (qui à l’époque du conflit dépassait les 2 millions d’entrées par an et était le 3 ou 4ème cinéma de France) : il voulait ouvrir le débat et dissuader d’autres municipalités de soutenir le développement de leurs salles art et essai. On peut se demander si de ce point de vue il n’a pas, lui aussi, gagné.

Comment éviter que Le Méliès devienne un fief ? Quelles seront ses éventuelles relations/collaborations avec d’autres salles art et essai ?

Une place forte de l’art et essai on l’espère bien, un fief certainement pas. Mais c’est drôle : c’était l’expression guerrière là encore, de Dominique Voynet et de ses alliés pour justifier de s’attaquer (avec deux enquêtes administratives internes, 35 auditions et une plainte au pénal) au Méliès et à son équipe avec pour objectif clair de le conquérir (pour filer la métaphore) et enfin le faire sien, après avoir essayé, elle aussi, d’empêcher son extension. Ce conflit est désormais quasi réglé : début 2015, la justice a condamné le caractère “hâtif” et “politique” de la plainte et ordonné un non lieu sur les accusations fantasques de “détournement de fonds publics” de la maire écologiste, qui, elle, a été mise en examen pour diffamation publique. La première audience aura lieu 10 jours après l’inauguration officielle du Méliès, donc le 29 septembre. Cette clarification passée, il est évident que nous ne sommes pas du tout isolés : nous sommes partie prenante du réseau des salles d’Est Ensemble avec des cinémas aussi emblématiques que le Trianon de Romainville, le Magic Cinéma de Bobigny et le Ciné 104 de Pantin par exemple. Nous sommes aussi au cœur du réseau des salles publiques de la Seine-Saint-Denis, alias Cinémas 93. Et nous travaillons avec l’Association Française des Cinémas Art et Essai, l’Association des Cinémas Recherche d’Ile de France et le Groupement National des Cinémas de Recherche. Et puis, sur le territoire même de Montreuil, nous collaborons avec de très nombreuses associations : celle de nos spectateurs, Renc’Art au Méliès, mais aussi la Maison populaire, le Centre Dramatique National désormais voisin, la bibliothèque, le Conservatoire, Périphérie, et des dizaines d’autres associations.

Comment va se dispatcher la programmation de ces salles ? Est-ce qu’une ou plusieurs salles seront dédiées à la continuité de programmation de films plus « exigeants » ? Et est-ce que cette continuité peut être compatible avec l’inflation permanente du nombre de sorties en salles ?

D’abord, parce que c’est un cinéma art et essai et municipal, nous entendons défendre mieux les intérêts du septième art et de la population. Le spectre de la programmation va donc s’étendre encore un peu, en allant clairement du meilleur des blockbusters franco-américains au cinéma le plus expérimental. Et trois priorités seront renforcées : le cinéma jeune public, le cinéma de répertoire, qui occupera entre un demi et un écran complet chaque semaine, et le documentaire, que nous célèbrerons de nouveau début octobre lors des 20ème rencontres du cinéma documentaire de Périphérie avec la présence notamment de Claire Simon, Agnès Varda, Raymond Depardon, Jean-Marie Straub ou Patrizio Guzman. Mais l’idée dominante est par ailleurs que nous refusons évidemment de doubler le nombre de films projetés. Nous voulons, comme nous nous y étions engagés dans le texte cosigné par 220 cinéastes, dont 16 Palmes d’or, en 2009, tenir plus longtemps à l’affiche les films que nous aimons le plus, donc éditorialiser encore plus que nous pouvions le faire sur trois salles. Programmer, c’est d’abord refuser, a fortiori si l’inflation des sorties se poursuit. D’où l’importance de le faire en équipe (à trois chez nous), afin que les films soient réellement vus et que nous puissions répondre de nos choix, quels qu’ils soient.

Quid du “hors-film”, qui obtient un succès grandissant ? La diffusion de ce type d’événement est -elle prévue au Méliès ?

Nous n’avons aucune opposition idéologique au hors film (culturel ou sportif) qui permet de travailler sur un autre rapport à la salle de cinéma, et de toucher parfois d’autres publics, comme nous le faisons par exemple lorsque nous organisons des ciné-karaokés, en faisant chanter les spectateurs pendant la diffusion de comédies musicales cinématographiques. Il n’y a au fond qu’une condition : que ces séances restent ultra minoritaires. Car le cœur de notre métier est de soutenir le cinéma que nous aimons, quel que soit son budget de production, de promotion, son origine, son genre ou son format.

Comment concilier programmation populaire et auteur (si tant est que les deux soient antagonistes) ? Quel est le risque, d’autant plus en étant situé à Montreuil, de faire du Méliès un cinéma « bobo » ?

Si je puis me permettre, ça fait deux clichés avec lesquels je suis en désaccord en deux phrases. Chacun sait que l’opposition entre cinéma d’auteur et cinéma populaire n’a pas de sens, puisque, de Hitchcock à Tim Burton, en passant par Tati, Bergman et Spielberg, nombre de grands auteurs ont été et sont populaires. Pourquoi les salles de cinéma devraient-elles considérer comme un problème, voire comme une honte, la cohabitation de films de recherche très exigeants (ces œuvres que nous devons défendre prioritairement pour faire avancer l’art cinématographique, pour lutter contre tous les conformismes et pour éviter la réduction du cinéma au seul marché ou à la seule communication) et de films très grands publics de qualité, alors que la critique française a dépassé cet antagonisme improductif depuis des décennies ? Au Méliès, nous n’avons pas vocation à construire notre identité sur la revendication supposée valorisante d’un refus très politique du cinéma américain, qui produit de fait le pire (que nous éviterons), mais aussi le meilleur du cinéma, aujourd’hui encore. Concernant les fameux “bobos de Montreuil”, qui sont-ils ? Des artistes ? Des intermittents du spectacle ? Des enseignants ? Oui, il y en a quelques milliers à Montreuil, sur les 105 000 habitants et certains font partie de nos spectateurs les plus fidèles. Mais les luttes autour de la convention collective et du régime des intermittents ont tout de même rappelé que leur condition d’existence était très souvent fort peu enviable. Sans parler de la paupérisation du corps enseignant. Dans Le Monde, Dominique Voynet avait qualifié avec un certain mépris le Méliès où elle ne venait quasiment jamais de « cinéma de bobos ». Preuve qu’elle ne regardait jamais les chiffres de nos entrées sur les films les plus populaires. Or notre force est d’avoir un public pas très fortuné mais très fidèle (y compris désormais grâce aux luttes successives de l’équipe) mais d’être aussi une salle de quartier comme les autres, qui accueille nombre de familles lorsque nous ouvrons à des films plus accessibles et plus médiatisés. Bref si ce projet de Grand Méliès faisait sens ici c’est aussi parce que nous pouvons réussir ce pari d’être le creuset social et culturel dans lequel toutes les populations continuent de se croiser et d’échanger. C’est aussi en cela que c’est un espace éminemment politique. Sachant qu’ici comme ailleurs un habitant sur deux, et peut être plus étant donné que la population est majoritairement assez pauvre, ne vient jamais au cinéma et que nous disposons, ce qui n’est pas si fréquent, d’un poste de chargée de conquête des nouveaux publics pour les convaincre de faire ce premier pas, en bénéficiant de l’attractivité de nos nouvelles salles.

Aujourd’hui, pour certains publics, on est passé de la cinéphilie à la consommation du cinéma, via la multiplication des supports de diffusion des films. Dans ce contexte, comment fait-on pour redonner au public envie de revenir en salle, de retrouver le goût de l’expérience collective ?

D’abord en faisant tout pour que la qualité de la projection et le confort des salles écrasent la rivalité du home cinéma. Au Méliès, nous avons opté pour le 4K de Sony, pour le son en 7.1 dans les deux grands salles, pour un espacement maximal entre les rangées et de très grands écrans , y compris dans les salles les plus petites, pour un café ciné avec une bibliothèque. Bref tout doit donner envie de venir et de rester sur place, et pas seulement la qualité de la programmation ou l’animation. Le rapport au lieu est déterminant. Mais le rapport à l’équipe l’est tout autant. C’est l’une des explications de la fidélité très forte de nos spectateurs et l’un des points sur lesquels nous devons nous appuyer pour conquérir de nouveaux public. Enfin il faut multiplier les initiatives et ne jamais penser que projeter des films aussi bons soient-ils suffit. Notre inauguration le 19 septembre avec six avant-premières simultanées en présence des équipes et un concert symphonique sur la musique de films par une cinquantaine de musiciens de l’ensemble Divertimento accompagné par Jamel Debouzze devrait donner le là des expériences que nous tenterons aussi dans les salles.

Faire venir un public en salle art et essai passe désormais par un accompagnement (débats, animations) et une communication. Quel est le poids de son coût / organisation dans une salle comme le Méliès ?

Depuis 12 ans, nous organisons en moyenne 3 débats par semaine sur l’année. Donc l’animation chez nous est centrale. Et de Cimino à Oliver Stone en passant par Tsai Ming-liang, Hong Sang-soo, Naomi Kawase, Apichatpong Wheerasethakul, Nuri Bilge Ceylan, Jafar Panahi, Claude Chabrol, Francesco Rosi, Jeanne Moreau, Milos Forman, Jerry Schatzberg, Wes Anderson ou Stephen Frears, nous avons reçu bon nombre des très grands cinéastes et acteurs auxquels nous souhaitions rendre hommage. Mais évidemment pas tous. On est partis d’un constat simple. Les salles parisiennes le faisaient très peu et les salles de province ne pouvaient se le permettre qu’en période de festival car il leur fallait en plus payer le déplacement et l’hôtel. Alors cette hyperactivité est devenue une sorte de signature collective, sans que son coût soit élevé, puisque tout est fait en interne, nourriture exceptée… à ce jour.

La fréquentation d’une salle dépend-elle désormais de la personnalité de l’équipe qui la dirige ?

Le corolaire de l’éditorialisation des salles art et essai, que nous défendons, est effectivement une plus grande personnalisation des établissements. C’est précisément ce qui nous a coûté si cher (jusqu’au licenciement pendant 18 mois, avant réintégration par le Maire actuel de Montreuil, Patrice Bessac), car cette personnalisation était insupportable à l’ancienne maire et ancienne ministre, qui se demandait pourquoi certains journaux parlaient d’un “simple agent municipal” et non pas d’elle, qui était à la tête de la ville et sur qui la réussite du Méliès aurait dû, à ses yeux, rejaillir davantage. Elle aurait tout à fait pu prendre une part plus grande à ce succès si elle l’avait accepté. Elle aurait pu aussi essayer de comprendre que cette personnalisation ne signifie pas nécessairement individualisation. C’est le travail collectif qui produit la personnalité d’une salle, et même son âme, pas le trompe-l’œil de la mise en valeur éphémère de son directeur ou de son directeur artistique. Aujourd’hui, il est évident que les spectateurs les plus fidèles viennent aussi en soutien à l’équipe, tout comme ils ont cessé massivement d’y aller en 2013 (113 000 entrées au lieu des 181 000 par an sur la période 2002-2012), après que l’équipe quasi complète a fait 46, et pour certains membres 48, jours de grève consécutifs, pour dénoncer les manœuvres du pouvoir municipal d’alors.

Vous êtes directeur artistique du Méliès. Ce n’est pas une appellation courante dans l’organigramme d’une salle commerciale. Comment définiriez-vous ce poste ?

Cette fonction est liée au fait que je suis par ailleurs maître de conférences à l’université. Je ne m’occupe donc au Méliès que de la ligne éditoriale du cinéma et de la rencontre entre les œuvres et les spectateurs. Je dirige un pôle artistique qui rassemble la programmatrice, Marie Boudon, la responsable du jeune public, Amélie Desserre et la chargée de conquête des nouveaux publics, Caroline Carré. Je travaille donc à la direction du Méliès en binôme avec le directeur administratif, technique et financier, Gérard Woehl, dont la fonction est assez proche de celle de directeur d’exploitation. Mais il est vrai que ce type de direction bicéphale est plus fréquente au théâtre que dans les cinémas.

Vous avez fait partie du Club des 13. Est ce que cette action va se poursuivre via la programmation du Méliès ?

Il faudra effectivement qu’un jour nous fassions un état des lieux de ce qui a été gagné ou non depuis ce rapport initié par Pascale Ferran, y compris dans les champs peut-être les plus tendus de la distribution et de l’exploitation. Pour le moment, je suis de près ce qu’autour de Pascale la Société des Réalisateurs de Films a mis en place avec Universciné et l’INA avec le projet de Cinétek. J’ai proposé d’accueillir une des séances inaugurales de ce nouveau dispositif passionnant de valorisation du cinéma de patrimoine.

De nouveaux acteurs comme Netflix ou Amazon sont en train de devenir peu à peu producteurs. Accepteriez-vous de programmer leurs films ?

On ne peut pas raisonner comme cela, me semble-t-il. C’est toujours le film qui prime. Quand les filières des chaînes de télévision sortent de bons films en salles, nous les programmons naturellement.

Récemment, une major américaine a annoncé qu’elle allait tester sur deux films un rétrécissement de la fenêtre entre la fin de l’exploitation salle et la disponibilité en support digital/video. L’idée fait aussi son chemin chez des distributeurs français. Quel est votre point de vue sur la chronologie des médias française actuelle ?

Comme tous les exploitants, je pense que la chronologie des médias est une vraie chance pour nos salles de cinéma mais aussi pour le cinéma tout court, car la salle obscure reste le lieu le plus approprié pour découvrir un film et son prestige est irremplaçable. Les sorties directes sur Internet sont d’ailleurs aujourd’hui encore perçues comme des sorties au rabais, non sans raisons. Affaiblir la salle, pour moi, ce serait affaiblir le cinéma. Cela dit, je pense qu’il ne faut jamais refuser le dialogue et personnellement je serais favorable à ce que cette chronologie soit assouplie en cas de réel insuccès des films en salles, afin de leur donner une deuxième chance plus tôt. Reste à fixer les seuils pour que personne ne sorte perdant de cet éventuel ajustement.

Propos recueillis, par mail, par Alex Masson et Nicolas Marcadé