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La poésie au service de la science, et inversement Sortie DVD de "1001 grammes" de Bent Hamer

Marie, la quarantaine divorcée, travaille à l’institut norvégien de métrologie, tout comme son père, éminent scientifique. Un jour, elle doit le remplacer au pied levé pour la présentation du prototype national du kilogramme à la conférence annuelle du Bureau International des Poids et Mesures à Paris. Ses allers-retours entre la France et la Norvège vont modifier le cours de sa vie jusque là trop bien réglée.

1001 grammes, septième long métrage du Norvégien Bent Hamer est une tranche de vie douce-amère, l’histoire d’un nouveau départ pour une femme arrivée, sans que rien ne le laisse paraître hormis certains regards absents, à un point extrême de routine asphyxiante. Brillant, confortable et aseptisé, le monde que traverse Marie, dans l’entreprise ou dans sa vie intime, désigne une voie toute tracée, le long de laquelle la réussite sociale est assurée en toute protection. C’est une escapade inattendue à Paris qui va donner à cette quadragénaire présente-absente la nouvelle énergie nécessaire. Paris, la ville de l’imprévu et de l’amour. L’idée n’est pas neuve et appelait donc un traitement subtil et original.
Plans géométriques, goût pour l’architecture, esthétique basée sur les volumes et les surfaces : tel est le crédo de Bent Hamer pour organiser sa mise en scène, la bienveillance du regard porté sur les personnages placés au sein des décors contrebalançant la froideur potentielle du dispositif. De la minuscule voiture électrique colorée se garant devant une grosse berline noire au ballet involontaire créé par deux personnes se faisant signe d’un bout à l’autre d’un couloir interminable, les images accusant l’incongruité de la vie moderne sont multiples. On sait évidemment d’où elles viennent. Est-ce parce que Parade, son dernier film, fut réalisé avec l’aide de la télévision suédoise que l’influence de Jacques Tati est si prégnante en Scandinavie, d’Aki Kaurismäki (Finlande) à Roy Andersson (Suède), en passant donc par Bent Hamer (Norvège) ? Une différence est cependant à noter dans le cas qui nous intéresse ici : si les personnages de Hamer vivent tout en retenue, ils n’en sont pas moins soumis aux émotions fortes et la psychologie n’est pas éloignée, si délicate que soit la manière. Trouver sa place en contrant le déterminisme pour donner un poids et un sens à sa vie, la vivre réellement, voici le but de Marie.
Son univers est poli, dans les deux sens du terme. Il est saisi en plans-tableaux par le cinéaste qui privilégie les cadrages fixes laissant observer des compositions à la pureté ironique, à la propreté exagérée. Avec un film si bien accordé à son point de départ scientifique (déterminer une nouvelle norme du kilogramme) qu’il paraît millimétré, le risque est de frigorifier le spectateur, de flatter son regard tout en l’ennuyant, qu’il soit adepte d’un cinéma de démiurge ou a fortiori d’un cinéma libre comme l’air. La patience est donc de mise, en attendant l’arrivée du grain de sable, l’impureté remettant en cause, le nid de poule faisant dévier du chemin, la mise à jour d’un jeu dans les pièces en apparence si bien assemblées… En atterrissant à Paris, le film décolle. Il faut que le dépaysement de l’héroïne soit le nôtre, qu’un déplacement s’opère, que l’exotisme jaillisse, même pour nous, Français, voir Parisiens. Il suffit de peu parfois. D’une langue française parlée avec l’accent norvégien par exemple.
Le délicat conte humaniste se teinte de comédie romantique en ménageant suffisamment de surprises dans le cadre et dans la façon d’avancer dans le récit (les sauts d’un lieu à un autre, d’un pays à un autre, surprennent presque toujours). Bent Hamer cherche à traiter sur une note basse, sur un mode mineur ou de manière légèrement détournée, des sujets majeurs comme le sens de la vie, la filiation, le deuil et la destinée. Pour y parvenir, il en passe par des plans parfois au bord de la joliesse, ou bien par de plaisants infra-gags (Marie patientant dans un bureau derrière un énorme globe terrestre ne laissant voir que ses belles jambes), ou encore par quelques répétitions amenant le sourire. Mais peut-être faut-il conseiller cet ouvrage charmant (qui bénéficie d’une belle interprétation, notamment par le couple Ane Dahl Torp – Laurent Stocker) surtout pour l’écriture assez fine de Hamer. La convention de la naissance de l’amour, entre autres, est contournée habilement. Ce qui a l’air au premier abord un peu forcé, ce qui ressemble un peu trop à une « trouvaille de scénariste », peut trouver plus loin sa logique imparable (tel le fait que le personnage masculin se prénomme Pi). Quant à l’âme sœur, elle est rencontrée dans le cercle professionnel, histoire de ne pas pousser le bouchon du hasard trop loin. Il faut rester crédible dans l’incongru pour libérer un brin de poésie de cette réalité.

 

1001 grammes
1001 Gram
de Bent Hamer

Norvège, Allemagne – 2014
Durée : 90 min
Sortie France du DVD : 7 juillet 2015
Format : 1,85 – Couleur
Langues : anglais, français, norvégien – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : Potemkine Films

Bonus :
Bandes-annonce