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Annecy 2015 Identification d’une femme... ou de plusieurs

Si le point d’orgue logistique de cette édition 2015 du Festival international du film d’animation d’Annecy fut, bel et bien, le retour des festivaliers et des spectateurs, au cœur du centre historique de la manifestation, autrement dit Bonlieu (la scène nationale de la ville), après deux années de rénovation intégrale du site ; le temps fort culturel de ce 39e rendez-vous résida dans l’attention portée, par les organisateurs, à la place des femmes dans le monde du cinéma d’animation.

Passé l’effet d’annonce médiatique d’une composition uniquement féminine des quatre jurys officiels (1) ; le Festival mit en œuvre quelques événements, avec le souci évident de valoriser une présence, aujourd’hui incontournable, mais hier encore indésirable, comme le signale Marcel Jean – le délégué artistique du Festival – dans son texte d’introduction à la rétrospective “Femmes et animation”. Ainsi, donne-t-il à connaître la réponse, en 1938, des studios Disney, à une demoiselle, qui, souhaitant suivre le programme de formation mis en place, se vit répondre que seuls les hommes participaient au travail de création et que sa candidature ne pourrait éventuellement être prise en compte que pour un poste d’“encreuse” ou de “coloriste”. Minnie – qui, de jeune femme libérée, à ses débuts à l’écran, dût se contenter, par la suite, d’un rôle récurrent de jeune fille en détresse, immanquablement sauvé par Mickey – validait-elle cette division outrageusement sexiste du travail ? Rien n’est moins sûr !… Néanmoins, en 1940, une femme rejoindra, enfin, l’équipe de création des studios Disney : son nom, Mary Blair, et c’est sur Alice au pays des merveilles, en 1951, que son influence sera la plus marquante, puisqu’elle réalisera les quelques centaines d’études préliminaires, qui serviront de base au travail des décorateurs.
Mais revenons à la programmation… Loin de prétendre à l’exhaustivité – au demeurant, impossible –, ce focus fut, par exemple, l’occasion, pour le Festival, d’interroger ses propres palmarès. Dans un programme intitulé “Femmes de cristal” (2), furent ainsi présentés les huit films (3) – réalisés par des femmes – ayant obtenu le “Cristal du court métrage”. Seulement huit, en 39 éditions, serait-on être tenté de s’exclamer. Certes ; mais Marcel Jean de constater, dans son édito, une évolution modeste, mais néanmoins positive : les années 2000 ont, ainsi, vu cinq réalisatrices distinguées ; là où les quatre autres (When the Day Breaks est une coréalisation) obtinrent cette récompense suprême sur une période couvrant deux décennies, de 1979 à 1999. Mais, puisqu’il est, ici, question de prix, autorisons-nous un petit détour, en passant par la case “César”.
En effet, crée en 2011, le César du “Meilleur film d’animation” mettait, côté à côté, sans distinction aucune, court et long métrage. De manière assez prévisible, c’est le long métrage qui remportait les suffrages des votants de l’Académie et se voyait ainsi récompensé. En 2013, s’accordant à reconnaître un état de fait discriminatoire pour le court métrage, le Conseil d’Administration des César valida la séparation du prix en deux catégories et l’édition 2014 de la cérémonie accueillit, donc, la remise d’un double César de l’animation, court et long. Et force est de constater que, depuis deux ans, c’est une réalisatrice qui se voit honorée : Amélie Harrault, la première année, pour Mademoiselle Kiki et les Montparnos, et Chloé Mazlo, en 2015, pour Les Petits cailloux. Pourtant, cette “victoire”, marque de l’inventivité talentueuse des deux auteures, n’a fait l’objet d’aucun billet d’humeur, ni d’aucune tribune libre. Là où la moindre sous-représentativité dans les sélections cannoises fait l’objet d’invectives houleuses et de débats contradictoires impliquant, des cinéastes aux critiques de cinéma, toute la corporation ; pour quelle mystérieuse raison cette reconnaissance, méritée, sombre-t-elle dans un silence des plus excessifs ? Peut-être devrais-je répondre insidieusement : parce que le court métrage et l’animation – en-dehors de leurs propres cercles, restreints, et des discours institutionnels de façade – tout le monde (dans le milieu du cinéma, voire au-delà) s’en fout !
(Bon, admettons que, là, j’exagère un peu… Il suffit, en effet, de lire, dans les colonnes de la presse généraliste, les éloges qui viennent couvrir certaines réussites artistico-industrielles de l’animation française, pour voir qu’une once d’intérêt existe, voire se développe. Mais, reconnaissons aussi que l’exagération est parfois nécessaire à l’ouverture du débat et à une prise de conscience élargie.)

Après cette petite poussée d’adrénaline, continuons notre déambulation au sein de la programmation “Femmes et animation”. A côté de la présence de quelques pionnières – nommons Mimma Indelli (4), réalisatrice, en 1934, d’une loufoque Découverte de l’Amérique (dessins sur cellulos) ou Claire Parker (5) œuvrant, en 1939, sans Alexandre Alexeïeff, à l’élaboration d’un film publicitaire pour les gaines Roussel, Etude sur l’harmonie des lignes (objets animés) – le Festival clama, haut et fort, son pari sur l’avenir, en présentant les courts métrages de réalisatrices en activité, voire de talents en devenir. Là où des quasi classiques furent présentés, comme le troublant Un jour (6) (1997), de Marie Paccou, où, dans une illusion numérique de carte à gratter, un homme entre, au sens littéral, dans le ventre d’une femme, ou encore le neurasthénique Tord and Tord (7) (2010), de Niki Landroth Von Bahr, où des marionnettes anthropomorphes (un renard, un lapin), cousins dépressifs de la bande du Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson, trompent leur ennui dans un éphémère tête-à-tête ; de plus jeunes créatrices furent mises à l’honneur. Arrêtons-nous sur deux d’entre elles : Flora Molinié et Florentine Grelier, toutes deux issues – pur hasard – de l’Institut Sainte-Geneviève, à Paris, où un DMA (diplôme des métiers d’art) “Cinéma d’Animation” est délivré depuis 2004.

Carapace, de Flora Molinié (Dark Prince)

S’attachant l’une comme l’autre à la double exploration du corps féminin et de la relation intime à l’intérieur du couple, elles empruntent, cependant, pour l’évoquer, des voies artistiques très différentes.
Travaillant en collaboration étroite avec la société de production Dark Prince, depuis son tout premier film, Apnée, Flora Molinié concentre, avec virtuosité et subtilité, sa technique sur une utilisation conjointe de la rotoscopie et de la peinture animée : tournant, ainsi, dans un premier temps avec des acteurs, dont les corps sont offerts à son regard ; elle vient, dans un deuxième temps, y superposer des couches de peinture, qui peu à peu recouvrent, effacent, ces mêmes corps, qu’elle choisit soudain de révéler, à nouveau, au détour d’une image plus épurée. Dans Carapace (8), cette technique, tour à tour délicate et étouffante, souligne un autisme du sexe (Lili, interprétée par Juliette Lamboley, souffre de vaginisme (9)), que l’amour unissant un jeune couple ne suffit pourtant pas à soigner.

Pixel Joy, de Florentine Grelier (autoproduction)

A l’opposé, Florentine Grelier (10), développant, à ce jour, un fort goût d’indépendance, s’autorise des expérimentations variées, à travers des films autoproduits, et semble porter un regard plus “détendu” sur le corps et la sexualité, même si son film de fin d’études, On m’a fait la haine – prenant appui sur une chanson de Lynda Lemay – ne faisait aucun pas de côté face aux traumatismes insoutenables, subis par les victimes d’agressions sexuelles. Dans Pixel Joy, elle ose, diversement, un instantané délicieusement érotique, entièrement animé sur une console Nintendo DS, où l’attraction charnelle des corps se manifeste dans une définition rudimentaire du grain de l’image et dans une palette chromatique singulièrement restreinte. Et, pourtant, comme rarement, le désir n’a imprégné, aussi fortement, un écran de cinéma… ou d’ordinateur !
Enfin, citons – en se cantonnant, avouons-le, au territoire hexagonal ; mais cela sans intention cocardière, car de la Japonaise Yoriko Mizushiri (Futon) à l’Israélienne Daniela Sherer (The Shirley Temple), l’animation au féminin brille d’une multitude de nouveaux talents internationaux – le nom de Justine Vuylsteker (11). Non présente dans cette programmation (12) du Festival, cette jeune femme, d’à peine plus de vingt ans, a cependant posé, en deux courts métrages, les bases d’un parcours à suivre de très près : après son film de fin d’études, Fish don’t need sex (2014), où dans un dialogue subliminal entre son titre et quelques rares images, en papier découpé, d’un couple enlacé, elle dit tout sur l’obscur objet du désir qui nous anime ; elle vient de réaliser, en ce début d’année, dans le cadre de la collection “En sortant de l’école” (diffusée sur France Télévisions) et consacrée – après une première saison dédiée à Jacques Prévert – à la poésie de Robert Desnos, une adaptation en sable sur verre, de Paris, dans laquelle, tout à la fois, elle professionnalise l’élégance de son geste et affine son art du mouvement. Ainsi, contredisant le poète, tout en le citant, on pourra affirmer qu’il n’“est, pendant le jour, d’invisibles étoiles”, puisqu’une lanterne magique nous les révèle.
Impossible de conclure ce bref – et très subjectif – panorama, sans évoquer celle qui peut incarner, dans l’animation française, une figure fondatrice : il s’agit, bien évidemment, de Florence Miailhe. Chez elle, la force créatrice est passée, et passe encore, par la lente édification – en quelques 25 ans – d’une série de perles rares, célébrant, des contes des mille et une nuits (Hammam, Shérérazade) à une cartographie plus territoriale (bal de village dans Au premier dimanche d’août ; XIIIe arrondissement de Paris dans Conte de quartier), une fraternité dénuée d’oripeaux et une sensualité gorgée de générosité. Sublimés par les techniques qu’elle met à l’œuvre (dessin au pastel sec, peinture sur plaque de verre), ces films se lisent aussi comme un concentré de patience et d’artisanat. Cependant, même si elle travaille souvent seule, Florence Miailhe n’est pas, pour autant, une solitaire : elle sait, en effet, cultiver, dans ses collaborations, une confiance qui s’écrit sur le long terme, et l’on peut ainsi citer, sans prétention d’exhaustivité, des producteurs (successivement, Thierry Roland, Evelyne Georges, Dora Benousilio), une romancière (Marie Desplechin) ou un musicien (Denis Colin). Rien d’étonnant, alors, que, lors de la soirée de clôture, une salle entière salue, avec chaleur, l’artiste, au moment où elle reçoit, de la part du Festival, un Cristal d’honneur. Ne reste plus qu’à souhaiter que cette ovation légitime se transforme en un soutien actif de tout un milieu professionnel, envers l’un de ses auteurs, au moment où il connaît quelques difficultés à finaliser un financement – la recherche d’un diffuseur français (13) –, pour mettre, enfin, en œuvre un long métrage, qui fut, pourtant, primé, en 2011, à l’étape du scénario, par le public du Festival “Premiers Plans” d’Angers, après une lecture par Ariane Ascaride. Mais peut-être que ce récit, qui se propose d’accompagner, dans un monde imaginaire, le chemin de l’exil d’une famille fuyant un pays en guerre, suggère une acuité de regard, qui effraie des décideurs, convaincus que l’animation “long métrage” doit rester le lieu rassurant du divertissement insouciant – et ce, d’autant plus, lorsqu’une actualité récente ne renvoie du dit-pays des droits de l’homme qu’une image nauséeuse de terre de chasse aux migrants. (De fait, espérons que l’avenir du film donne tort à ce dernier propos.)

Hammam, de Florence Miailhe (Paris Plage Productions)

Effet de transition, passons maintenant d’une présence remarquable à une absence remarquée…
Ainsi, si Florence Miailhe accompagna, de sa présence, la soirée de clôture ; une actrice de renommée internationale, devenue productrice d’un projet pharaonique, déclina, au dernier moment, l’invitation du Festival, pour la cérémonie d’ouverture : il s’agit de Salma Hayek. En effet, victime d’une infection pulmonaire inopinée – même “Le Figaro” s’en fit l’écho – l’actrice fut retenue, au dernier moment, à Los Angeles. Elle ne put, par conséquent, apparaître, sur la scène de la grande salle du théâtre Bonlieu, pour présenter, aux côtés de Roger Allers, le réalisateur du film, son adaptation d’un classique de littérature arabe – même si écrit en anglais – Le Prophète (14), de Khalil Gibran. Long poème en prose, juxtaposant beauté du verbe et quête spirituelle, le texte de Gibran, initialement paru en 1923, est devenu un best-seller, connaissant plus d’une quarantaine de traductions et dépassant les 100 millions d’exemplaires vendus ; et c’est sur ce terreau fertile qu’un producteur délégué hollywoodien, Steve Hanson, remua ciel et terre, huit années durant, pour obtenir les droits du livre et lancer une adaptation, à laquelle Salma Hayek, intimement impliquée – ce projet réveillait, en effet, ses racines libanaises (Gibran est né en 1883, à Bcharré, dans le Nord-Liban) –, conféra une ampleur hors norme.
Engageant, ainsi, le réalisateur du Roi Lion (Roger Allers, déjà nommé), pour prendre en charge l’animation d’un “ciment” narratif, confondant de manichéisme de bon aloi et mêlant inspiration littéraire et fiction ex-nihilo – la rencontre, le jour de sa libération, entre Mustapha (la figure du livre), un prisonnier politique, pacifiste et humaniste, et Almitra (l’incarnation de la fiction), une petite fille de huit ans, espiègle mais secrète –, Salma Hayek fit le choix, en concertation avec Allers, de confier la mise en images des poèmes à quelques grands noms de l’animation mondiale, autrement dit : Michal Socha, Nina Paley, Joann Sfar, Joan Gratz, Bill Plympton, Tomm Moore, Mohamed Saeed Harib, Paul et Gaëtan Brizzi, par ordre d’apparition.
Question : quel est, alors, le résultat à l’écran d’une telle ambition ?
Avant de répondre, puisons une phrase au début du livre de Khalil Gibran : « Un chercheur de silences, voilà ce que je suis, et quels trésors ai-je trouvés en mes silences, à livrer avec assurance (15) ? » Et c’est dans cette absence cruelle de silence, que le film, mené par Salma Hayek, se fourvoie et manque son hommage au poète. Mais est-il encore possible, dans une production mainstream – orchestrée pour constituer un spectacle familial fédérateur –, de laisser une place pour le silence ; alors que l’on travaille à embarquer le spectateur, quel que soit son âge, dans un enchaînement non-stop de péripéties, même si certaines, ici, ne viennent que décliner de savoureuses réjouissances villageoises ?
Premier écueil, le plus évident : avoir noyé le film – et la poésie de Gibran – dans un incessant flot musical. Du “symphonisme” de Gabriel Yared à la pop de Damien Rice, l’image se voit retirer le droit de respirer par elle-même – à l’exception d’une lugubre confrontation finale, fort à propos débarrassée de ses scories musicales, au cours de laquelle Mustapha comprendra que sa libération fait l’objet d’une contrepartie douloureuse, dictée par le gouverneur de la ville, unique figure d’un Mal sans rédemption, à l’œuvre dans le film. A titre d’exemple très emblématique, on devra, évidemment, évoquer les poèmes dédiés à l’amour, maternel ou conjugal, et confiés aux soins respectifs de Nina Paley et Tomm Moore. Tout le souci de mise en scène, toute la luxuriante graphique, déployés, se voient, ici, rabaissés au rang d’illustration luxueuse – chaque séquence devenant un clip par destination, comme il existe des armes par destination – d’une chanson du songwriter irlandais. (Maigre consolation, au sujet de Damien Rice : ses chansons, réécoutées au cours de la semaine, hors présence des images, se révéleront beaucoup plus délicates et ciselées, que leur diffusion cinématographique ne le laissait augurer. Pourquoi ? Sans doute, parce que la volonté du “spectacle à tout prix” ne leur offrait d’autre choix d’écoute que celui de l’assourdissement.)

 

Le mariage (séquence de Joann Sfar), dans Le Prophète, de Roger Allers (Participant Media)

Deuxième écueil, le plus délicat : n’avoir pas osé réduire au silence la parole de Gibran. Et s’il y a là, d’une part, un souci, fort louable, de respect devant un texte, qui porte en lui un constant questionnement face à l’incertitude de l’existence ; il y a, d’autre part, une considération, un rien plus mesquine, qui veut, que, dans une société du divertissement, l’individu se voit confisquer sa capacité à l’entendement, afin de ne pas venir bousculer l’ordonnancement politique de la société, qui régit son quotidien. Victimes de ce parti pris infantilisant, les deux plus belles séquences du film – celle de Michal Socha sur la liberté (justement) et celle de Joann Sfar sur le mariage – perdent ainsi une grande partie de leur pouvoir d’évocation (le talent des artistes parvenant, néanmoins, à minimiser l’outrage), au profit d’un discours asséné, livré comme un prêt-à-penser accessible et assimilable par le public ciblé, la famille. A moins que cette contradiction d’intentions – saisissante de la part d’une société de production, Participant Media (16), qui a toujours revendiqué un activisme politique, mais dont on peine à percevoir la marge de manœuvre éditoriale, sur un projet au montage financier complexe et fort diversifié dans ses sources – ne vienne, plus inconsciemment, révéler une profonde compréhension d’un texte, qui à la fois refuse les normes sociales de l’autorité et appelle à une rébellion modérée, portée par une “fière soumission”.
Le mot de la fin, à la sortie de la projection, reviendra, cependant, à une spectatrice fort lucide, et non privée de sa capacité d’entendement : “Le film ne cherche pas à vous nourrir ; il a pour unique ambition de vous gaver.”

Sur un versant plus “art et essai” du cinéma d’animation – le documentaire – un autre long métrage, également présenté en “séance événement” et porté par une femme, était très attendu : il s’agissait du film, La Montagne magique (17), de la cinéaste roumaine Anca Damian. Découverte, dans le monde de l’animation, en 2012, avec Le Voyage de Monsieur Crulic, qui lui avait valu un “Cristal du long métrage”, la cinéaste venait présenter le deuxième opus de ce qu’elle nomme sa “trilogie de l’héroïsme”. Dans ce nouveau film, elle s’attache ainsi à suivre le parcours d’Adam Jacek Winkler, réfugié polonais à Paris – il fuit la Pologne communiste, en 1965 – qui, sa vie durant, va s’inscrire comme un opposant actif au totalitarisme soviétique, allant jusqu’à prendre les armes, après l’invasion de l’Afghanistan par l’armée rouge (1979), en rejoignant les moudjahidines du Commandant Massoud (18).
Là où Le Voyage de Monsieur Crulic brossait le portrait d’un “héros par contrainte” – et faisait, surtout, le récit d’une effroyable erreur judiciaire et d’une consternante négligence médicale, durant la grève de la faim entreprise par Claudiu Crulic, pour clamer son innocence – La Montagne magique décline la figure d’un “héros actif”, porté par une conviction idéologique forte, à laquelle il soumet, jusqu’au-boutiste, son existence et celle de ses proches (sa femme, sa fille), qui, soit s’engage à ses côtés – sa femme le remplace sur des “missions” européennes, conçues, par Adam Jacek Winkler lui-même, avec un amateurisme, qui confine au burlesque –, soit compose avec la figure d’un père absent. Ainsi, si le scénario est coécrit par Anna Winkler, la fille de ce dernier ; la place, qu’elle se réserve dans ce récit, est celle du hors-champ. En effet, après de rares images, au début du film, la montrant enfant – et une brève réapparition finale –, elle disparaît physiquement du film, pour n’être plus qu’une présence à la lisière du récit, une voix off qui dialogue avec un père que l’on suppose âgé et désireux de reconstituer – dans un échange, dont on peut interroger le fait qu’il soit advenu, mais auquel le cinéma donne finalement corps – un lien avec celle qu’il a négligée, en lui transmettant, sur un ton de confidence, l’histoire de sa vie, cette geste familiale dont elle a été exclue.

La Montage magique, de Anca Damian (Aparte Film, Filmograf, Arizona Productions)

Depuis cette position, marginale, réservée à la femme – et aux deux auteures (19) du film – dans un univers – la guerre – voué à une domination masculine, dont on rêverait, utopie humaniste, qu’elle disparaisse, plutôt que de la voir faire œuvre d’un partage égalitaire entre les sexes ; Anca Damian questionne l’idée virile de l’engagement et de l’héroïsme. Ainsi, entre des photos d’Afghanistan montrant des combattants – dont Winkler – le sourire aux lèvres, entre deux affrontements, et des peintures naïves, dans lesquelles le peintre – Winkler, toujours – décline une vision d’horreur cauchemardesque des conflits armés, la notion de courage semble ne devoir exister que dans une unique assertion : la capacité de l’individu à flirter avec la mort. Autrement dit : à savoir l’éviter (avec la peur au ventre), tout en allant au-devant d’elle (avec le sourire). La Montagne magique est donc, pour la réalisatrice, une nouvelle occasion de décrire un héroïsme “voué à la chute” – Le Voyage de Monsieur Crulic n’en était-il pas, déjà, une première expression, à travers son récit minutieux d’une confrontation “pot de terre contre pot de fer” – et de regarder, à nouveau, un homme tomber – au sens figuré et au sens propre, cette fois-ci, puisque Adam Jacek Winkler, alpiniste confirmé, trouvera néanmoins la mort, au cours d’une ascension en solitaire du Mont Maudit (l’un des sommets du Mont-Blanc), quelques mois seulement après la disparition du Commandant Massoud. Une manière toute symbolique, si l’on peut dire, d’en finir avec l’existence.

Si les femmes étaient donc à l’honneur en tant qu’artistes tout au long de cette semaine de festival, qu’en étaient-ils, au final, de leur présence à l’écran ? Etaient-elles, de fait, passées de “boniches à aventurières” (pour reprendre le titre d’un papier (20) d’Elsa Maudet, dans “Libération”, au sujet des héroïnes Disney) ? Pouvaient-elles, enfin, s’affirmer, dans leur être, corps et âme, sans en passer par l’assentiment d’une société patriarcale ? Observons les choses – d’une manière que l’on aura l’honnêteté de reconnaître partielle – à travers quelques courts et longs métrages, projetés dans le cadre de la sélection officielle.
Côté long métrage, il importe tout de même de constater, en préambule, ce qui n’induit pas pour autant une vision machiste à l’œuvre, que les auteurs des films retenus étaient tous des hommes – je ne parle, ici, que des films en compétition ; le “hors-compétition” invitant, en effet, la cinéaste lettone, Signe Baumane, à révéler, aux festivaliers, son Rocks in my pockets, film “100% indépendant (21)”, s’attachant, dans le cadre d’un journal intime surréaliste, à décrire la lutte des femmes de sa famille, elle compris, contre la folie. Cependant, elle était bien la seule représentante féminine, au sein des neuf films du “hors compétition” ; tout comme la Polonaise Dorota Kobiela était l’unique femme – une manière d’augurer de l’avenir ? – à venir présenter, dans le cadre des “Work In Progress”, un projet : en l’occurrence, Loving Vincent, enquête sur les circonstances mystérieuses de la mort de Van Gogh et long métrage en recherche de coproducteurs. Cette simple constatation, non pas pour pointer un quelconque défaut de sélection de la part des programmateurs du Festival, ni pour revendiquer une politique, que l’on peut estimer contre-productive, de quotas (nous ne sommes pas à Cannes !) ; mais, pour apporter un éclairage complémentaire à une mini-statistique établie par Alexis Hunot, sur le site “Zewebanim”, pour cette édition 2015 : ainsi, remarque-t-il que les films réalisés par des femmes représentent 43% des films de fin d’études, 25% des courts métrages en compétition… et finalement 0% des longs métrages en compétition. Le “Tu sais, il faut des épaules solides pour faire un long métrage (22) ! ”, entendue, un jour, par Florence Miailhe, résonne, ici, comme le triste aveu d’un sexisme latent, au “vernis” paternaliste, que la toute récente association “Les femmes s’animent (23)” aura sans doute à cœur de faire évoluer, prenant en exemple l’association nord-américaine “Woman in Animation (24)” et son objectif avoué : obtenir, à l’horizon 2025, au sein même du business hollywoodien, une parité “hommes/femmes”, absolue, sur les postes de création. Mais, il convient aussi de noter, qu’à la différence de sa consœur d’outre-Altantique, l’association française prévoit de militer contre les stéréotypes de genre présents dans les contenus animés.
Alors revenons-en, justement, aux contenus…
Si la figure masculine de l’héroïsme était glorieuse, mais en chute ; son versant féminin offrait le caractère héroïque d’un “phénix”, renaissant sans cesse de ses cendres, malgré les tourments concoctés par le récit. Par ailleurs, si les personnages féminins des longs métrages étaient portées par une volonté farouche – sans doute, liée au fait que s’adressant, majoritairement, à un public plutôt familial, le long inscrive ses “performances” dans la dynamique de l’action – les figures féminines, présentes dans le court métrage, s’offraient, pour le meilleur, comme pour le pire, le temps du questionnement et de la remise en cause de leur existence.
Déterminées, les héroïnes, plutôt jeunes – une séquelle de l’audience “ados/jeunes adultes” ciblée ? –, de plusieurs longs métrages (25) l’étaient donc. Qu’il s’agisse de O-Ei, fille du peintre Hokusai et esprit libre, dans le Miss Hokusai (26), de Keiichi Hara ; de Sacha, petite aristocrate russe vaillante et passionnée, dans le Tout au haut du monde (27), de Rémi Chayé ; ou encore d’Avril, aventurière libertaire et apprentie chimiste, dans Avril et le monde truqué (28), de Franck Ekinci et Christian Desmares ; voire même, au final, de Cire, créature d’héroïc-fantasy à la constitution de bougie, dans Mune, le gardien de la lune (29), d’Alexandre Heboyan et Benoît Philippon. (Pour ce dernier film, on notera que le personnage féminin est, sans conteste, l’axe unique de complexité d’un scénario, qui enchaîne d’abrutissantes péripéties, au lieu de mettre en place des points de tension narratifs, et réduit les caractères masculins, secondaires au rang de caricatures, et principaux au rang de figures archétypales et prévisibles : arrogant guerrier, se révélant protecteur ; “pierrot lunaire”, se découvrant valeureux. Ici, en somme, tout est couru d’avance, sauf peut-être le destin de Cire. N’aurait-elle pas, alors, mérité d’être au centre du récit et de ses enjeux, plutôt qu’à sa périphérie avec le statut désigné de “faire-valoir”.)

Mune, le gardien de la lune, d’Alexandre Heboyan et Benoît Philippon (Onyx Films)

De plus, on pourra constater que cette détermination, à l’œuvre chez ces jeunes femmes et source d’une certaine émancipation, a souvent le souci de se mettre au service d’un homme – même si celui-ci n’en a nullement fait la demande –, cherchant à revaloriser ou à préserver le rang social de celui que la société a discrédité ou qui, au contraire, se moque du regard de ses contemporains. Ainsi, O-Ei finit-elle – sans que sa signature n’apparaisse – les toiles de son génie de père, afin de satisfaire des commanditaires, qu’Hokusai laisse soudain en plan. De même, Sacha, en partant pour le Pôle Nord, à la recherche du Davaï, insubmersible brise-glace, veut-elle prouver au Tsar et à Tomsky, son nouveau conseiller scientifique, que son grand-père était un grand explorateur et pas ce dilapidateur des finances impériales qu’on l’accuse, désormais, d’être. Tout comme, de son côté, Avril s’échine, dans un environnement politique hostile à la science, à préserver la mémoire de sa famille – qu’elle croit décimer – en reconstituant le sérum d’invulnérabilité, recherché tout autant par les autorités, que par d’étranges dissidents. Chez ces trois femmes, exemplaires, l’abnégation est donc à l’œuvre et force est de constater que, si elle peut constituer un stéréotype de comportement à remettre en cause, elle imprègne aussi des histoires qui savent mêler, avec un certain talent, souffle épique et évocation intime, et assigner au personnage féminin une place centrale.

Love in the Time of March Madness, de Robertino Zambrano et Melissa Johnson (Kapwa Studioworks, High Hip Productions)

Côté court métrage, par contre, le récit – non assujetti aux conventions du spectacle familial – devient introspection existentielle et son expression ose se faire plus sombre et tourmentée.
Ainsi, dans Love in the Time of March Madness, Robertino Zambrano et Melissa Johnson décortiquent-ils tous les ragots sexistes, que doit subir, depuis son adolescence, une jeune femme trop grande – autrement dit, mesurant 1,93 m – en sortant avec des hommes plus petits qu’elle. Douloureux autant qu’hilarant, ce récit autobiographique – avec sa silhouette échalas dessinée sur papier, avant d’être modélisée avec un logiciel d’animation 3D – pose la question du penchant coupable que nous avons à observer les autres, non tels qu’ils sont, mais plutôt à travers ce que nous sommes.
Avec Sexy Laundry – en français, Sexe pour blasés –, la Polonaise Izabela Plucińska vient, elle, décliner, sur le mode de la comédie érotique, les usures, physiques et affectives, dans une relation de couple, vieille de vingt-cinq ans. Et de s’interroger sur la manière de garder éveillé le désir (doit-on le pimenter, avec des jeux sado-maso ?), et de s’attacher à constater, sur les corps, l’implacable épreuve du temps (la glaise, dans laquelle la réalisatrice façonne ses personnages, accentuant les moindres bourrelets), et de nous révéler – sans que le début du film, orgiaque et grotesque, ne le laisse supposer – que c’est, finalement, une tendresse délicate qui, loin de la passion des débuts et du culte du jeunisme, tient désormais ce couple uni.
Mais, s’il est, en fin de compte, un film à retenir, parmi une programmation de courts métrages de belle tenue d’ensemble – chacun, de Yùl et le serpent (Gabriel Harel) à Sonámbulo (Theodore Ushev), de Isand (Riho Unt) à World of Tomorrow (Don Hertzfeldt), affirmant, avec son “Top classement”, orientations esthétiques, préoccupations morales et idéal de sélection – il s’agira d’un film lumineux : Guida, de Rosana Urbes.
Notons, tout d’abord, que ce court métrage vient confirmer les récentes bonnes nouvelles qui nous viennent du Brésil. Ainsi, Alê Abreu, réalisateur du sublime Le Garçon et le Monde (“Cristal du long métrage”, Annecy 2014), n’est pas l’unique dépositaire du renouveau du cinéma d’animation brésilien, et Rosana Urbes, après une vingtaine d’années d’expérience – dont six au sein des Studios Disney, notamment sur Mulan –, peut également s’affirmer comme une auteure à suivre. Espérons qu’elle puisse, de fait, développer un projet de long métrage – sans que l’on mette en cause la solidité de ses épaules ! – et gageons que producteurs brésiliens, comme français – soit dit au passage –, sauront s’intéresser à elle. (Remarquons, aussi, en guise de clin d’œil mélomane, que les deux artistes ont le bon goût de partager la même double signature d’excellence musicale : Gustavo Kurlat et Ruben Feffer.)
De quoi, de qui, alors, est-il question dans Guida ? Tout simplement d’une femme, douce et effacée, déroulant une ennuyeuse routine d’archiviste dans un tribunal de São Paulo, qui décide, un an avant sa mise à la retraite, de s’inscrire comme modèle dans un cours de dessin. Là, face au regard porté sur elle par des artistes en herbe, son être (corps et âme, justement) devient plus léger, insouciant et, paradoxalement, confiant.
Avec une délicatesse de crayonné, tout juste rehaussé de touches d’aquarelle aux dominantes rose et sépia, Rosana Urbes – à l’identique d’une Marion Auvin (30), avec laquelle elle pourrait partager ce souci d’un corps féminin, affranchi des normes “photoshopées” des magazines de mode – offre à la femme, à toutes les femmes, une liberté suprême : l’expression d’une féminité libérée de l’injonction de plaire. Si ce n’est, d’abord, à soi-même. Une liberté fondamentale qu’au regard de l’actualité brûlante, il semble urgent de réaffirmer.

Guida, de Rosana Urbes (RR Animação de filmes)

Cristal Annecy 2015 :

Court métrage : We Can’t Live Without Cosmos (Konstantin Bronzit – Russie)
Long métrage : Avril et le Monde truqué (Franck Ekinci & Christian Desmares – France)
Production TV : Hello World ! “Long-Eared Owl” (Eric Serre – France)
Film de commande : Rotary “Fateline” (Suresh Eriyat – Inde)
Film de fin d’études : My Dad (Marcus Armitage – Grande-Bretagne)

P.-S.

(1) Les jurys officiels, décernant, entre autres, les “Cristal” du Festival, établissent leur palmarès à partir des films présentés dans les compétitions suivantes : “longs métrages”, “courts métrages”, “films de télévision et de commande”, “films de fin d’études et courts métrages off-limits”.
(2) Rappelons que le “Cristal” est la distinction majeure du Festival et peut s’assimiler à une “Palme d’or” de l’animation.
(3) Les huit films concernés sont : Mr Pascal (Alison de Vere, 1979), Une tragédie grecque (Nicole Van Goethem, 1985), When the Day Breaks (Wendy Tilby & Amanda Forbis, 1999), Histoire tragique avec fin heureuse (Regina Pessoa, 2006), Pierre et le loup (Suzie Templeton, 2007), Slaves (Hanna Heilborn & David Aronowitsch, 2009), Tram (Michaela Pavlátová, 2012) et Man on the Chair (Dahee Jeong, 2014).
(4) A côté de cet unique court métrage, Mimma (Léontina) Indelli (1909-2002) s’illustra comme dessinatrice et peintre et se vit même, un temps, comparée à Salvador Dali, du fait du caractère surréaliste de ses œuvres. On retiendra, aussi, la concernant, sa rencontre avec Emile Cohl en 1935 et la coréalisation de La Découverte de l’Angleterre, qui s’ensuivit en 1937. Enfin, on évoquera le fait qu’en épousant, en 1938, un certain Paul de Roubaix, elle deviendra la mère d’un des compositeurs emblématiques du cinéma français des années 60-70 : François de Roubaix.
(5) Compagne d’Alexandre Alexeïeff, Claire Parker (1906-1981) réalisera, avec lui, un des chefs d’œuvre du cinéma d’animation, sur cet outil si particulier que fut l’écran d’épingles : Une nuit sur le Mont Chauve (1934).
Véritable ingénieur du tandem “Alexeïeff-Parker”, il convient de préciser que le brevet d’invention, déposé le 31 octobre 1935, fut accordé au nom de Claire Parker et que, si son nom figurait en tête du programme de la London Film Society, pour une projection d’Une nuit sur le Mont Chauve, en 1934 ; il fut rarement rappelé dans les articles et autres critiques qui s’écrivirent les années suivantes : les seules mentions d’épouse et de collaboratrice furent, ainsi, réservées à Claire Parker.
http://www.dailymotion.com/video/x2psmj_une-nuit-sur-le-mont-chauve_music
(6) Voir le site de la réalisatrice : http://mariepaccou.com/index.php
(7) Voir le site de la réalisatrice : http://www.nikilindroth.com/
(8) Voir le site de la société de production : http://www.darkprince.fr/carapace.html
(9) Processus psychophysiologique complexe, le vaginisme interdit toute pénétration vaginale, le pénis ne pouvant entrer sans être à l’origine de vives douleurs.
(10) Voir le site de la réalisatrice : http://florentine.grelier.free.fr/realisation.html
(11) Voir le site de la réalisatrice : http://j-vuylsteker.blogspot.fr/
(12) Installée dans la vieille ville, au Palais de l’Île, une exposition collective, relatant le processus de fabrication de quelques-uns des courts métrages de la collection “En sortant de l’école” (2e saison consacrée à Robert Desnos), permit, cependant, de découvrir un aspect du travail de la jeune réalisatrice.
(13) Produit par Les Films de l’Arlequin – avec le soutien de Maur Film et Balance Film (coproduction étrangère), Gebeka Films (distribution) et Film Distribution (ventes internationales) –, c’est dans cette perspective que le film, en développement, a été présenté, lors de l’édition 2015 du “Cartoon Movie”, en mars dernier, à Lyon.
(14) La sortie du film, distribué par Pathé, est annoncée pour le 2 décembre prochain.
(15) Extrait du texte, dans la traduction de Guillaume Villeneuve (Editions Mille et une nuits, 1994).
(16) Voir le site, en anglais, de la société de production : http://www.participantmedia.com/
(17) La sortie du film, distribué par Arizona Distribution, est annoncée pour le 23 décembre prochain.
(18) Surnommé le “Lion du Panjshir”, du fait de ses combats victorieux face à l’armée rouge, dans la vallée du même nom, Ahmad Shah Massoud (le Commandant Massoud) était le chef de la résistance contre les Soviétiques (1979-1989) ; puis, après leur départ, contre le régime des talibans, au cours des successives guerres civiles d’Afghanistan (1989-2001).
Il est assassiné, dans son fief du Nord du pays, par deux hommes se faisant passer pour des journalistes, le 9 septembre 2001, soit deux jours avant les attentats contre les Twin Towers, à New-York. Cet attentat kamikaze sera attribué à Al-Qaïda et mis en corrélation avec les attentats du “11-Septembre”.
(19) Il conviendra de signaler, au générique de La Montagne magique, la présence d’un troisième auteur, quelque peu négligé lors de la présentation officielle du film et dans le dossier de presse fourni : le cinéaste Theodore Ushev. Directeur artistique du projet, mais également storyboarder et “character designer”, il offre, ici, sa virtuosité, impeccable, à mêler les supports d’animation, produisant ce “mélange de techniques et de formes miraculeusement hétéroclites (et) homogènes” (citation empruntée à l’article de Nicolas Thys, sur le blog “Animation” de la revue “24 Images”) ; tout comme il distille, dans l’œuvre, l’acuité d’un point de vue sur les totalitarismes, développé à travers une trilogie de courts métrages abstraits, interrogeant les relations controversées entre art et pouvoir : Tower Bawher (2006), Drux Flux (2008) et Gloria Victoria (2013).
Voir la trilogie sur le site de l’Office National du Film (ONF) : https://www.onf.ca/film/gloria_victoria_fr
(20) Lire l’article d’Elsa Maudet : http://next.liberation.fr/next/2015/06/22/des-boniches-aux-aventurieres-comment-disney-a-fait-evoluer-ses-heroines_1334609
(21) L’indépendance s’avérerait-elle, côté long métrage, la voie à considérer pour les réalisatrices ? Songeons, en effet, que Nina Paley – “Cristal du long métrage” 2008, pour Sita sings the blues – avait également autoproduit son film. Dans le même temps, du fait de la précarité de statut et du manque de disponibilité de temps et de financement que cette voie induit, seuls des projets plus “légers”, techniquement et artistiquement, semblent pouvoir être envisagés.
(22) Lire l’article de Clémentine Dellignières : http://www.lemilie.org/index.php/genreafeminismes/740-les-exclues-du-film-danimation-se-rebellent
(23) Geste symbolique, les statuts de l’association ont été déposés à la Préfecture de Police de Paris, le jeudi 18 juin, en plein cœur de la semaine festivalière.
Voir le site du Journal Officiel :
http://www.journal-officiel.gouv.fr/publications/assoc/pdf/2015/0026/JOAFE_PDF_Unitaire_20150026_01394.pdf
(24) Voir le site, en anglais, de l’association : http://www.womeninanimation.org/
(25) N’est pas évoqué, car non vu, The Case of Hana & Alice, long métrage de Shunji Iwai, mettant en scène deux protagonistes féminines : deux adolescentes confrontées à un mystérieux meurtre.
(26) La sortie du film, distribué par Eurozoom, est annoncée pour le 2 septembre prochain.
(27) La sortie du film, distribué par Diaphana, est prévue pour 2016.
(28) La sortie du film, distribué par StudioCanal, est annoncée pour le 11 novembre prochain.
(29) La sortie du film, distribué par Paramount Pictures France, est annoncée pour le 14 octobre prochain.
(30) Sortie de l’EMCA (Ecole des Métiers du Cinéma d’Animation), à Angoulême, en 2013, Marion Auvin a, depuis, réalisé, pour la collection “En sortant de l’école” (1e saison consacrée à Jacques Prévert), le court métrage Je suis comme je suis.
Voir le site de la réalisatrice : http://marion-auvin.blogspot.fr/