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Episode 9 : the knick Les séries expliquées à mon meilleur ami

« We’re a hospital. We need cocaine to exist. » Docteur John W. Thackery

 

Si vous avez manqué le début…

Notoirement déprimants, les mois d’hiver sont meurtriers, désormais (1). Alors, avant de refiler mes cafards et mon hypocondrie à Meilleur ami, je suggère une visite de contrôle à l’hosto. Je présume qu’avec Steven Soderbergh en nouveau praticien, nous devrions être entre de bonnes mains !

 

A dangerous method

Malheureusement, dès notre admission au Knick, hôpital new-yorkais du début du XXe, l’état de Meilleur ami comme le mien se dégradent. Il faut dire que les pratiques expérimentales auxquelles on assiste sont assez gratuitement gore et que le chirurgien en chef, John Thackery, est un curieux personnage, joyeusement dopé à la cocaïne – ce qui lui permet certainement d’apprécier la bande originale, plus de notre temps que du sien.

J’ai tout juste la force de confier à mon camarade que la reconstitution historique est bien fichue et la réalisation plutôt séduisante, avant de sombrer dans un profond coma. Diagnostic : la nouvelle épidémie de réalisateurs de cinéma débarquant aux manettes de séries télé (2) m’a collé une fièvre carabinée. Meilleur ami y voit la raison de mon délire : « un nom du grand écran ne fait pas forcément un grand nom du petit écran !!! ».

 

Faux-semblants

Au réveil, je persiste à vouloir faire des phrases, même si je ne sais plus très bien à qui j’emprunte celle selon laquelle le cinéma serait un média de réalisateur et la série un média de scénariste. Meilleur ami opine du bonnet : de jolies images à la télé ne suffisent plus à le bluffer. À vouloir trop embrasser (les découvertes scientifiques, la condition féminine, la ségrégation raciale), Soderbergh mal nous étreint. Il passe à côté du sujet : la pratique de la médecine avant les antibiotiques, ses tâtonnements, ses erreurs, ses transgressions éthiques pour avancer.

Il y avait là de quoi renouveler le genre de la « série hospitalière », mais encore faudrait-il connaître le genre… Ainsi, bien qu’encore fébrile, je ne suis guère impressionnée par le numéro du médecin-drogué : mon généraliste s’appelle Gregory House (3) et il y a longtemps qu’il m’a appris à dépasser les honoraires, comme les bornes !


(1) Cet article est écrit peu après les attentats de janvier 2015, NDLR.
(2) Parmi d’autres et non des moindres : Martin Scorsese (épisodes 1 et 2 de Boardwalk empire, 2010) ; David Fincher (idem pour House of cards, 2013).
(3) Docteur House (2004 – 2012) est une « série médicale » qui a le bon goût de ne pas en être une : son héros diagnosticien, accro aux antidouleurs, misanthrope et cynique, insupportable mais génial, est un Sherlock Holmes – un autre accro – en blouse blanche.


Style genre
The Elephant man (David Lynch, 1980) ; Augustine (Alice Winscour, 2012).
Site officiel
http://www.cinemax.com/the-knick
DVD / Blu-ray
Saison 1 à paraître au deuxième semestre 2015 (HBO).