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Sebastián Lelio, entre John Cassavetes et Umberto Tozzi Sortie DVD de "Gloria" de Sebastián Lelio

Gloria est une femme divorcée vivant sa cinquantaine dans le Santiago d’aujourd’hui entre de rares visites à ses enfants, son travail, son appartement et les salles de bal qu’elle aime fréquenter le soir. Elle y fait de nombreuses rencontres masculines jusqu’à croiser la route de Rodolfo, autre quinquagénaire séparé, avec qui elle entame une relation amoureuse.

Dans ce qui est son quatrième long métrage, Gloria, le Chilien Sebastián Lelio brosse le portrait d’une femme commençant à sentir le poids des années, craignant les effets de la solitude et de la santé déclinante, mais qui s’accroche à ses envies d’aventures et tente de maintenir sa liberté d’esprit. Derrière ses larges lunettes, pour surmonter ses angoisses, celle-ci adore s’adonner aux joies de la danse, aime prendre des verres, désirer et être désirée. Ce rôle est endossé par l’actrice et dramaturge Paulina Garcia qui, élément déterminant pour la réussite de ce genre de film, s’avère extraordinaire. Donnant généreusement de sa personne, corps et âme, modulant les traits de son visage et usant de petits gestes de façon aussi discrète que pertinente, elle parvient immédiatement à faire passer à l’écran tous les sentiments non formulés agitant son personnage de l’intérieur.
De son côté, la mise en scène de Lelio accompagne à merveille ce travail d’interprétation. Les dialogues tout d’abord sont aussi simples que justes, sonnant remarquablement et tombant toujours là où il convient sans jamais donner l’impression que tous ces mots sont écrits. Le naturel les caractérise, qui est aussi affaire de rythme au sein d’une mise en scène de proximité (en caméra mobile mais pas hystérique, tenace mais pas étouffante). Dans un montage inspiré, où quelques jolies récurrences s’intercalent comme ces plans de Gloria au volant, où la coupe peut intervenir en plein mouvement, où des sauts se font sans crier gare d’un lieu ou d’un temps à un autre, sont assemblées des bribes d’existence. On saisit ainsi les hasards et les surprises de la vie. Nul besoin de surdramatiser, tout est là qui suffit. En fait, plus précisément, ce sont les mouvements du cœur que nous ressentons. Ce sont eux qui innervent le récit, magnifiquement prolongés par le corps de Gloria et la souplesse attentive de la caméra.
À travers son héroïne et ses relations aux autres, le film s’attache à cette génération qui bascule dans ce que l’on appelait auparavant le troisième âge. L’originalité tient à l’angle choisi, qui est celui du désir : désir de vie, d’amour, de sexe, désir assouvi ou frustré. Et si Sebastián Lelio signe l’une des œuvres les plus belles et les plus attachantes sur le sujet, c’est parce qu’il y fait preuve, entre autres qualités, d’une superbe franchise jusque dans les scènes d’intimité, dans la représentation de la nudité et de l’acte d’amour, tout en se gardant bien, il est très important de le constater, de faire passer cela pour une audace suprême et démonstrative. Nous revenons donc là encore à cette notion de naturel, pour parler de la fougue et de l’appétit qui habite Gloria, consciente, évidemment, du peu de temps qu’il lui reste finalement pour combler ses manques.
Gloria est bien sûr le titre du célèbre film que réalisa John Cassavetes en 1980 mais aussi celui d’un tube du chanteur italien Umberto Tozzi, l’année précédente. Le premier est une source probable d’inspiration cinématographique pour Sebastián Lelio (comme doit l’être Gena Rowlands pour Paulina Garcia). Mais la chanson finit également par être placée, à plein volume, sur la bande-son. Contre toute attente, en passant ainsi de telle Gloria à telle autre, l’émotion n’en est nullement diminuée, au contraire. Car sur cette rengaine populaire danse encore Paulina qui, décidément, n’aura pas volé son Ours d’or de la meilleure actrice au festival de Berlin 2013.

 

 

Gloria
de Sebastián Lelio

Avec : Paulina García, Sergio Hernández, Diego Fontecilla, Fabiola Zamora, Luz Jiménez, Alejandro Goic
Chili, Espagne – 2013.
Durée : 105 min
Sortie cinéma (France) : 19 février 2014
Sortie France du DVD : 25 juin 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : espagnol – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : France Télévisions Distribution