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Entretien avec Samuel Kishi Leopo À propos de Somos Mari Pepa

Peut-on voir dans votre film une radiographie de l’adolescence mexicaine de cette petite ville ?
Le film est en quelque sorte une chronique d’adolescents de Guadalajara et plus particulièrement de mon quartier. Je connaissais les acteurs principaux qui incarnaient les mêmes personnages dans un précédent court métrage. Je me suis alors rendu compte que leur adolescence était encore semblable. En effet, j’ai retrouvé les mêmes problèmes : relations amoureuses, souci de trouver un travail, difficultés avec les parents et la famille dans son ensemble. Tout ceci s’ajoute aux situations économiques difficiles que connaît le Mexique tout comme le monde entier. La difficulté de trouver du travail est omniprésente et les adolescents ont beaucoup de difficulté à éprouver alors de l’empathie à l’égard des adultes. Le film est aussi un reflet de ces adolescents qui considèrent que les adultes ne sont plus des modèles à suivre. L’adolescence est alors confrontée en une phase critique de développement personnel. Le rêve de devenir des stars de rock ou du football se traduit comme un moyen de donner un grand coup à la réalité qui consiste à trouver un travail pour payer le logement, la lumière, le gaz. Malgré tout, plusieurs lueurs d’espoir apparaissent car tout ne peut pas être obscurité et pessimisme. L’humour ainsi se développe autour de deux éléments très importants dans la vie : la famille et les amis.

La musique apparaît comme un réel appui pour ces jeunes.
Cela tient au collectif formé autour de la musique qui est un moyen d’exploser et d’affirmer son identité. Il n’est alors pas nécessaire de sortir de soi et de se battre contre autrui. Le punk prend la forme du pamphlet, synonyme de sa propre vie face au système. Dans la musique chacun développe et affirme sa propre identité : qu’il s’agisse du punk, de la musique norteña ou du boléro pour les personnes âgées. La musique devient alors le symbole du groupe. La musique permet de réunir à partir d’éléments très simples. La musique que le groupe compose finit par devenir leur hymne personnel. Dans le film, cette musique est peut-être la dernière qu’ils font ensemble en une sorte de point de communion entre eux. Il en est de même du boléro que la grand-mère écoute régulièrement : c’est cette musique qui permettra l’union avec son petit-fils. La musique est le film conducteur du film.

Au départ, les mondes de la grand-mère et de son petit-fils semblent s’opposer, il y a même un conflit ouvert où la musique est une arme.
En effet, il semble au départ n’y avoir rien de commun entre le punk-rock et le boléro des classiques des années 1960. Lorsque ces barrières tombent, on se rend alors compte que chacun est un être humain. À partir de là, il est possible de se comprendre. La musique est comme un drapeau de paix utilisé entre les personnages pour sortir d’un conflit. Il y a une dimension quasi spirituelle dans l’usage de la musique. Dans le foyer de la grand-mère et de son petit-fils, l’un doit promptement partir. Les images de la télévision tendent à hypnotiser ceux qui la suivent, les évitant de souffrir de n’avoir rien à se dire. Ainsi, la radio est également là pour remplacer l’espace vide laissé par le manque de communication. Il se passe beaucoup de choses que l’on ne peut pas voir en dehors du cadre. Le spectateur du film est invité à imaginer ce qui se passe en dehors des scènes. Le pouvoir de son imagination est beaucoup plus important que ce que le film est en mesure de montrer.

Envisages-tu également ce film comme un moyen de communiquer avec ton propre entourage ?
D’une certaine manière, le cinéma sort du for intérieur et pour cette raison il me permet de m’exprimer. Alors que je ne dispose pas du don de parler ou de peindre, je me sens davantage à l’aise avec les images. Cela m’aide à exprimer des choses abstraites pour lesquels je ne saurai trouver les mots adéquats. Il m’est plus facile de déclarer mon amour en images qu’en mots. Je dois avouer que mon film est une « carte d’amour » adressée à ma grand-mère, à mon quartier, à mes amis, à tous ceux aux côtés de qui j’ai grandi. Le thème de l’adolescence est universel et il est pour cette raison aisé de s’identifier à diverses situations du film. Les plusieurs éléments réunis forment une chronique de l’adolescence. Je pensais que le film pouvait souffrir d’un regard nostalgique. Cependant, le public dans les festivals se reconnaît dans les différentes anecdotes présentées. Il est fréquent au Mexique que les grands-parents s’occupent de leurs petits-enfants alors que les parents sont occupés à l’extérieur. Ainsi, j’ai beaucoup appris de ma grand-mère et la musique que j’écoutais en sa présence est restée gravée en moi.