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Entretien avec Axel Pedraza À propos de Los Anos de Fierro

En octobre 2014, le documentaire Los Años de Fierro de Santiago Esteinou était programmé au festival Viva Mexico à Paris. Par accompagner ce film, Axel Pedraza, l’un des deux chefs opérateurs du film, était présent et a livré son témoignage dans les lignes suivantes. En mars 2015, ce documentaire fait partie de la sélection « Panorama documentaire » du festival Cinélatino, Rencontre de Toulouse.

Avec María Secco (chef opératrice talentueuse des meilleurs films de ces dix dernières années en Amérique latine) vous êtes directeurs de la photographie du documentaire Los Años de Fierro. Comment s’est déroulée votre collaboration ?
Je la connais depuis 2006 environ où elle était mon professeur de cinéma au sein de l’école de cinéma CCC de Mexico. J’ai en outre souvent travaillé avec elle. Comme je suis natif de la région où Los Años de Fierro a été tourné, on a fait appel à moi sur le tournage. Ensuite, comme María Secco était engagée sur un autre projet, j’ai poursuivi son travail. Ainsi, j’ai filmé quelques entretiens avec Cesar Fierro ainsi que la seconde partie du documentaire. Pour moi il est difficile de distinguer ce que j’ai fait de ce qu’elle a fait elle-même. Parce que j’ai filmé six entretiens avec Cesar Fierro de manière très formelle. Pour la seconde partie, j’avais à cœur de poursuivre le travail initié par María, après avoir été très attentif à ce qu’elle avait déjà filmé.

Comment s’est passé le tournage ?
Pour moi le travail s’apparentait au processus d’investigation. Je me sentais comme un policier en train d’enquêter. Par la suite est venue la partie plus cinématographique du documentaire. Nous nous sommes investis dans des relations plus humaines avec Cesar Fierro. Nous avions alors tous, le producteur, le réalisateur, le monteur, María Secco et moi, un regard très humain sur le projet du documentaire. Le processus d’élaboration du film fut presque organique.

Dès le début vous aviez l’intention de vous concentrer sur le cas spécifique de Cesar Fierro pour en faire un documentaire ?
Je crois qu’au début Santiago Esteinou, le réalisateur, a commencé ses investigations dans le but de présenter l’ensemble des prisonniers mexicains aux États-Unis soumis à la peine de mort. Mais le projet se révélait considérable c’est pourquoi il s’est concentré sur le cas de Cesar Fierro qui était plus disponible. Je suis d’autant plus convaincu de son innocence qu’il n’existe aucune preuve tangible de sa culpabilité dans son dossier. Il est malgré tout soumis à la peine de mort.

Comment avez-vous choisi les personnages apparaissant dans le film ?
Je pense que le documentaire aurait été ennuyeux s’il n’était question que d’un cas judiciaire. Nous avons ainsi cherché à traiter Cesar Fierro avec humanité. C’est pourquoi est arrivé assez tard son frère, Sergio Fierro. Nous ignorions au départ tout de son existence, nous pensions même qu’il avait disparu. Nous ne disposions de lui qu’une photo. En interrogeant les vendeurs de bonbons dans les rues, nous avons après de longues recherches fini par le retrouver, lui-même vendant des bonbons. De même, nous avons retrouvé Palacio, le policier au chapeau à la retraite, alors que nous le pensions décédé, dans le but de partager également son poids de vue dans le documentaire.

On sent également dans le documentaire la volonté, en plus d’informer, de changer le cours de la situation sociale quant à la situation de Cesar Fierro comme des autres prisonniers mexicains.
Le documentaire a commencé avec la volonté de comprendre la situation de Cesar Fierro et de dénoncer les injustices. Ensuite, nous avons découvert la situation de Sergio Cesar qui se retrouve dans une situation d’extrême précarité sociale à Ciudad Juarez, l’une des villes les plus violentes au monde. D’un côté, l’un est enfermé dans un pays riche alors que l’autre vit confronté au manque total de sécurité. Ce sont deux frères à l’intérieur d’un système où règne la pauvreté, les injustices sociale et économique. Ce sont deux victimes d’un même système. Il est évident également que nous étions sensibles à leur condition de vie. L’objectif était aussi que chacun à travers ce documentaire soit en mesure de comprendre les situations dans lesquelles se trouvent ces frères et qui reflètent d’autres personnes.

Le documentaire met en évidence à la fois les défaillances du système d’investigation policière au Mexique et de la justice aux États-Unis.
En effet, ces systèmes destinés à respecter les Droits de l’Homme sont remplis d’erreurs. Les policiers mexicains corrompus sont les complices de leurs homologues aux États-Unis pour recueillir d’accablantes fausses confessions destinées à incriminer un homme dans leur ligne de mire. Les incohérences de ces confessions sont pourtant manifestes mais malgré tout elles peuvent conduire un homme à la peine capitale. On ne peut donc sous-estimer les erreurs commises par les policiers puisque la conséquence directe conduit à la mort d’un être humain.

Penses-tu que cette situation évoluera avec l’entrevue des responsables politiques des deux pays afin que le respect des Droits de l’Homme puisse enfin être appliqué ?
Il faudrait que le Congrès des États-Unis vote une loi qui oblige tous les États du pays à respecter les lois que les États-Unis ont reconnues à l’étranger. Ceci offrirait un cadre institutionnel pour reconnaître les droits inaliénables des citoyens mexicains. Tant que ces lois ne sont pas reconnues par les différents gouvernements, impossible d’entrevoir un espoir du côté des détenus.

Le documentaire montre également qu’il ne peut y avoir de réel État de droit sans une presse indépendante capable de dénoncer les défaillances du système. Or avec votre documentaire, il semble que c’est le cinéma qui prend cette alternative.
Le cas de Cesar Fierro est très polémique puisque tout concourt à témoigner de son innocence alors qu’il est complètement abandonné par le système qui devrait défendre ses droits. La justice américaine préfère ainsi oublier cet homme que reconnaître ses propres défaillances. Ainsi, elle ne peut évoluer. Avec notre caméra, nous souhaitions dénoncer ces erreurs afin que le respect des droits soit appliqué. Il faut aussi dénoncer ce recours à la peine de mort, aux États-Unis comme au Mexique, comme une pratique héritée des heures sombres du Moyen-Âge qui ne devrait plus avoir d’existence de nos jours. Il faudrait que les dossiers de ces condamnés mal jugés aux États-Unis soient réexaminés. Ceci à des conséquences directes sur les détenus états-uniens dans les prisons à l’étranger à travers l’appui consulaire. Ces défaillances judiciaires touchent ainsi directement les citoyens états-uniens eux-mêmes. Notre espoir est de voir passer devant le Congrès ce projet de loi.