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Approche du mystère de la foi par la marche Sortie DVD de "Le Temps de quelques jours" de Nicolas Gayraud

Le cinéma aime montrer la vie monacale. On ne compte plus, en effet, les œuvres s’attachant à le décrire, ce retrait du monde qu’effectuent ces femmes et ces hommes au service de Dieu et qui reste étrange aux yeux de la majorité d’entre nous. Souvent, ce choix cinématographique s’avère payant, que l’œil du réalisateur soit critique ou compréhensif, sa volonté dénonciatrice ou respectueuse, son genre documentaire ou fiction, sans doute parce que les deux activités, filmer et prier, ont pour but de s’approcher le plus près possible d’un mystère.
Nicolas Gayraud est le premier à avoir obtenu l’autorisation de poser sa caméra au cœur de l’abbaye de Bonneval, là où vivent des sœurs de l’Ordre cistercien de la Stricte Observance. On imagine la position esthétique et morale du documentariste, se plaçant sur l’axe Depardon-Cavalier qui doit assurer l’attention rigoureuse et l’austérité appelées par le sujet. Il est vrai qu’il y a de ça dans Le Temps de quelques jours : des plans d’ample respiration, des pauses ménagées comme pour accorder notre regard à celui de ces nonnes contemplatives. Mais finalement, sur l’ensemble du métrage, la proportion est faible concernant ce type d’images. De même, on remarque que l’acte de la prière n’est jamais filmé (on pense une fois y assister en suivant une bonne sœur mais la porte se ferme aussitôt sous le nez de la caméra portée et viennent alors à l’esprit, par opposition, tous ces reportages, essentiellement de télévision, où tout paraît truqué, y compris le moindre franchissement de seuil). Non, le film ne peut guère être qualifié d’austère, bien que la question du temps, si importante en ce lieu, soit traitée notamment à travers la longueur de certains plans ou certaines séquences.
En ce qui concerne la construction narrative, le cinéaste a fait le choix d’une avancée au jour le jour, d’un montage rendant compte des tâtonnements, des travers, des impasses, ce qui donne, par moments, l’impression d’un cheminement légèrement chaotique. Il a tenu à montrer, en quelque sorte, son film en train de se faire, ses choix en train de s’effectuer (l’élection naturelle, par l’échange, de telle ou telle, devenant personnage du film). Pour appuyer cela, il a eu recours à quelques cartons intercalés destinés à traduire son état d’esprit, à pointer une absence ou à offrir une nouvelle piste de réflexion. Le style du film parlant de lui-même, l’utilité de ces insertions peut être discutée, sans pour autant que l’on considère cela comme autre chose qu’un péché véniel au regard de la qualité de l’ensemble. Quatre types de séquences structure celui-ci. On trouve tout d’abord ces plans fixes ou mobiles mais très composés marquant la suspension du temps, ponctuations déjà évoquées plus haut. D’autres sont consacrés au travail, le lieu abritant une chocolaterie tenue par les sœurs et un artisan. Ensuite, plus longues et nombreuses, prennent leur place les séquences de discussions autour d’une table ou dans un jardin, des tête-à-tête au cours desquels le cinéaste reste des plus discrets se contentant d’une relance par-ci par-là. Ici se dévoilent les caractères, s’esquissent les parcours antérieurs, se pose régulièrement la question du « pourquoi ? », s’expriment, entremêlées, la joie et l’angoisse de « l’entrée en soi » qu’impose la retraite, éclate la vivacité, se singularise la personne. Est recherchée la femme sous l’habit uniforme. À cela sert aussi le quatrième type de séquences. Ce sont celles de marche dans les couloirs, les allées et les chemins. Le réalisateur suit derrière ou accompagne à côté, intervenant très rarement, répondant brièvement s’il est questionné, laissant parler ou se taire. Visuellement, voilà également une manière de briser la fixité et l’austérité attendue dans ce monde de rituels, de traduire physiquement ce que disent ressentir ces sœurs dans ce lieu pourtant délimité : le sentiment de liberté. La nécessité de travailler seul dans cet endroit interdit (le générique ne mentionne effectivement que des responsables de production, de montage et de mixage) imposait déjà l’usage d’une petite caméra numérique mais l’atout est considérable en termes d’esthétique, de dynamique et de proximité avec ces femmes.
L’homme qui leur apporte chaque jour son soutien à la chocolaterie s’avance, lors d’un échange avec le cinéaste, sur le chemin du politique. À un autre moment, la supérieure de l’abbaye parle, expliquant son entrée dans les ordres, de contestation. Le beau film de Nicolas Gayraud éclaire une petite part du mystère de la foi mais il rend surtout compte, tout en douceur, de la force et de la valeur que prend ce geste de retrait de notre monde moderne.

 

 

Le Temps de quelques jours
de Nicolas Gayraud

France – 2014.
Durée : 77 min
Sortie cinéma (France) : 1er octobre 2014
Sortie France du DVD : 3 février 2015
Format : 16/9 – Couleur – Son : Stéréo
Langue : français.
Boîtier : Keep Case avec fourreau cartonné
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Éditions Montparnasse
Bonus :
Bonus vidéo
Court métrage documentaire :  Racines de Nicolas Gayraud (21’)