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Un futur sec et déréglé Sortie DVD de "Young Ones" de Jake Paltrow

Dans un futur proche, l’eau est devenue rare et source de graves conflits, provoquant l’assèchement de nombreuses terres cultivables. Ernest Holm, propriétaire d’une ferme, est l’un de ceux qui souffrent le plus de cette pénurie. Malgré lui, il va être entraîné dans une spirale de violence qui happera également son fils et sa fille.

À première vue, le deuxième long métrage de l’Américain Jake Paltrow, petit frère de Gwyneth, était placé sous de bons auspices et devait dévoiler des atouts sinon irrésistibles au moins intrigants. De fait, ce western que l’on doit qualifier faute de mieux de rétro-futuriste a trouvé son cadre idéal dans les étendues désertiques d’Afrique du Sud. Balayé par un vent chaud et sec, le paysage y est capté dans toute son aridité et sa violente luminosité par un chef opérateur compétent. Du côté des interprètes, il a également été fait appel à un quatuor porteur d’un coefficient de charisme assez élevé, du buriné et toujours inquiet Michael Shannon à la gracile Elle Fanning, en passant par le petit jeune Kodi Smit-McPhee et le X-Man Nicholas Hoult. Autre avantage : la représentation qui est donnée du futur paraît crédible et cohérente. Postérieur à une guerre de l’eau probablement mondiale ou continentale, le temps décrit est celui d’un retour forcé à des conditions de vie spartiates appelant des gestes quasiment primitifs et gardant seulement le bénéfice de quelques avancées technologiques. L’insertion de ces derniers signes est d’ailleurs la chose la plus convaincante du film, Jake Paltrow misant judicieusement sur des développements robotiques tout à fait concevables (et en fait, déjà conçus en laboratoire) et soumettant ces machines à la rude épreuve du sable et des coups des hommes.
D’où vient alors cette sensation que quelque chose cloche sérieusement dans ce Young Ones ? Le récit est au futur mais la base est archétypale : un désert, une famille, un drame, une vengeance. Cette assise conventionnelle peut ne pas être un problème puisque nombreux sont ceux qui en ont tiré des œuvres fortes, dans le western pur ou la science-fiction. Ici, le premier souci provient des dialogues, souvent empreints de lourdeur, trop signifiants même dans leurs envolées, même dans l’évocation de non-dits. Cela découle certainement d’un mauvais timing, d’un tempo mal assuré, bref, d’une mise en scène problématique. Car c’est bien là que le bât blesse. Que ce soit par soumission au désir de passer avant tout pour un auteur ou par nécessité interne, Jake Paltrow s’est laissé aller à un découpage particulièrement abrupt des séquences. Les champs-contrechamps se font selon des axes et à partir d’échelles souvent bizarres et les raccords peuvent être brutaux. D’où l’impression de voir un film qui va tantôt trop vite, tantôt trop lentement, d’observer des scènes où il manque des éléments (certaines pistes ouvertes sont vite abandonnées) et d’autres où il y en aurait trop. Ce type de montage étant associé à une mise en images et en récit relativement sage par ailleurs, il a tendance à déstabiliser, à interroger et à apporter plus de confusion que d’agrément. Comme lorsqu’à plusieurs reprises l’image est accompagnée d’un choc sonore chargé de faire sursauter, tout cela sent la recherche de l’effet pour l’effet. A l’échelle du film entier, on trouve de plus un découpage en trois chapitres censés recentrer l’intérêt sur un personnage différent à chaque fois. Le choix apparaît là aussi plus comme une coquetterie qu’autre chose puisque l’histoire contée aurait tout à fait supporté de ne pas être ainsi arbitrairement bornée et de se dérouler classiquement sans panneaux indicateurs. Young Ones peut apporter un certain dépaysement géographique et temporel mais le curieux de l’affaire vire rapidement à l’agaçant, le potentiel semble gâché.

 

 

Young Ones
de Jake Paltrow

Avec : Michael Shannon, Nicholas Hoult, Elle Fanning, Kodi Smit Mc-Phee

États-Unis, 2013.
Durée : 100 min
Sortie France du DVD : 6 janvier 2015
Format : Scope – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langue : anglais – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Potemkine Films & agnès b.

Bonus :
Scènes du films comparées au story-board
Film annonce