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Mélo d’auteure en eaux trop calmes Sortie DVD de "Still the Water" de Naomi Kawase

Dans le village de Sani, sur l’île japonaise d’Amami, vivent le jeune Kaito et sa camarade Kyoko, lui sans son père, elle avec ses parents mais voyant la santé de sa mère se dégrader rapidement. Âgés de 16 ans tous les deux, amoureux l’un de l’autre, ils découvrent ensemble les mystères de la vie et de la mort.

Présenté à Cannes en mai 2014, Still the Water représente l’effort de la cinéaste Naomi Kawase pour un partage de sensations avec le spectateur, basé sur l’affichage d’une mise en scène à fleur de peau. Le but est ici de magnifier le frémissement vital qui habite tout être, toute petite chose, même lorsque ce frémissement tend à s’épuiser, puis de décrire la conscience progressive de celui-ci par un couple d’adolescents rendus aptes à le saisir par le corps et l’esprit. Chez ces deux jeunes personnes, l’amour et l’attirance physique permettent l’ouverture au monde, l’abandon à ses forces visibles et invisibles, autant qu’ils sont le marqueur d’un parcours initiatique. Cinéaste intéressée par la transmission et documentariste confirmée, Naomi Kawase veut révéler à partir du réel observé avec calme et patience ce qui le dépasse. En montrant les choses telles qu’elles sont, elle souhaite libérer les forces intérieures qui les agitent. Pour cela, elle doit éviter autant que possible, par sa mise en scène, de produire de l’ennui face au quotidien projeté avec obstination sur l’écran, d’enrober ses délicates images d’une joliesse esthétique trop limitée et de libérer un symbolisme trop pesant. Si Still the Water peut procurer de l’émotion et ravir par ses vues quasi-paradisiaque, on peut également considérer que sa réalisatrice n’a réussi aucun de ses paris.
Tout le long du film, il semblerait que l’on nous propose seulement deux manières de regarder. Une alternance se fait entre, d’une part, des plans larges sur une nature admirable, parfois traversée de quelques silhouettes et de jolies notes de piano, et, d’autre part, des plans rapprochés sur les acteurs, plans longs en caméra portée et systématiquement flottante, sans à-coups, certes, mais comme contaminée de manière tout à fait irritante par le mouvement qu’impose la mer environnante (dont le bruit recouvre une grande partie de la bande-son). Par ailleurs, Kawase n’a omis aucun moyen pour atteindre à la poésie. Ici, chaque image, chaque dialogue, même celui dont l’apparence est naturaliste, doit en être porteur et chaque personnage, même le moins important, doit exprimer une philosophie de l’existence. La délicatesse et la légèreté peuvent ainsi servir à faire passer les messages les plus patauds et les plus convenus sur le grand miracle de la vie. Il n’est pas jusqu’au thème douloureux de la mort qui ne soit traité avec une fausse liberté, une interminable séquence d’agonie, d’ailleurs préparée auparavant par une autre, animale (et répétée une fois), nous étant gracieusement offerte. Cette séquence ouvre le dernier mouvement, là où se succèdent des morceaux de bravoure auteuristes qui masquent par leur étirement pseudo-radical et leurs envahissants ornements poétiques une intrigue aussi basique que celle d’un petit mélo familial.
Le film s’accompagne de trois suppléments dont la présence est a priori justifiée mais dont le caractère reste très anecdotique : un entretien avec la cinéaste, un moyen métrage de jeunesse où elle filme sa propre grand-mère et un court reportage de commande qu’elle a réalisé sur l’un des acteurs culturels de l’île d’Amami.

 

Still the Water
Futatsume no mado
de Naomi Kawase

Avec : Nijirô Murakami, Jun Yoshinaga, Miyuki Matsuda, Tetta Sugimoto, Makiko Watanabe, Jun Murakami

Japon, Espagne, France – 2014.
Durée : 119 min
Sortie cinéma (France) : 1er octobre 2014
Sortie France du DVD : 5 février 2015
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : japonais – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Moyen métrage-documentaire : «  Katatsumori  » (1994, 40’)
Court métrage-documentaire : «  Amami  » (2013, 5’)
Entretien avec Naomi Kawase (8’)