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Grace dans tous ses états Sortie DVD de "States of Grace" de Destin Daniel Cretton

Grace est à la tête d’une petite équipe d’éducateurs officiant dans un centre d’accueil pour adolescents en difficulté. Ne comptant pas ses efforts pour améliorer le quotidien des jeunes dont elle a la responsabilité, elle doit parallèlement gérer sa propre vulnérabilité pour ne pas sombrer elle aussi dans sa vie intime.

Pour une fois qu’un jeu de mots fonctionnait aussi bien en français qu’en anglais, les distributeurs auraient pu en profiter, se dit-on tout d’abord. Pourquoi States of Grace ne s’appelle-t-il pas chez nous Les États de Grace ? La traduction des titres américains est, semble-t-il, devenue une pratique ringarde depuis plusieurs années… Mais après vérification, nous sommes dans une situation plus absurde encore : States of Grace est en fait le titre « français » qui remplace ici l’original Short Term 12. Voilà qui est d’autant plus regrettable que la trouvaille était aussi amusante que pertinente. En effet, si ce film est l’occasion de porter un éclairage sur un problème social, celui de l’enfance maltraitée, il constitue avant tout un joli portrait de femme.

Et c’est bien le va-et-vient entre le collectif et l’individuel qui en fait l’intérêt. Destin Daniel Cretton, l’auteur-réalisateur de States of Grace, fut éducateur dans un centre spécialisé pour adolescents avant de se lancer dans le cinéma, ce qui lui a donné l’envie de raconter une histoire située dans ce milieu particulier. Apparemment, le projet initial était à teneur documentaire mais il bifurqua vers la fiction très tôt avant sa véritable mise en chantier. La nécessité de se baser sur un scénario solide se fit alors sentir… et pèse encore beaucoup sur l’œuvre offerte à nos yeux. Cretton est parti de son expérience et de témoignages divers pour mettre en récit des faits réels plus ou moins graves, plus ou moins touchants. Ainsi, si juste soit-elle, la description de la vie de cet établissement paraît tout de même trop souvent soumise aux articulations dramatiques. Trop grande prudence de la part de l’auteur, que l’on remarque également à travers le choix si peu audacieux de faire de l’un des membres de l’équipe un nouveau venu dans le métier chargé d’accompagner notre regard de néophyte (nouveau venu qui, évidemment, commettra une gaffe dès la première fois qu’il s’adressera au groupe d’ados). Cette tendance à parfois trop tirer sur les ficelles du scénario se double d’une insistance sur le versant psychologique.
Il faut cependant admettre qu’il aurait été difficile d’en faire l’économie dans ce cadre-là, l’écoute et l’analyse des comportements étant à la base du travail dans ce type d’établissement. De plus, il faut tout aussi bien reconnaître que l’étude de caractère à laquelle nous sommes conviés donne de l’épaisseur à un film qui paraîtrait sans cela probablement trop léger. On regarde donc sans ennui le dessin qui nous est fait de ce personnage de Grace, vaillamment endossé par Brie Larson. La réouverture de vieilles cicatrices provoquée par l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, bien qu’induisant d’autres maladresses de scénariste, apporte une intéressante densité et permet d’établir un joli système d’écho.
Ainsi, sans que le mouvement soit trop désagréable, le cœur du spectateur balance constamment devant cette chronique sociale, entre le contentement douillet et la pointe de déception. States of Grace apporte des nouvelles ni trop bonnes ni trop mauvaises du cinéma indépendant américain, un cinéma qui a, depuis les années 90, quelque peu perdu de son aura. Les petites couronnes festivalières qu’arborent les films issus de cette économie-là font aujourd’hui naître autant de curiosité que de suspicion. Trop d’œuvrettes aussitôt vues et aussitôt oubliées se sont succédées ces dernières années, soumises à des conventions narratives et morales qui les rendent en fait si peu « indépendantes ». Faute de révélation fracassante, on peut toutefois y retrouver par endroits une interprétation volontaire et impliquée, un petit vent de fraîcheur, une musicalité bienvenue. Le film de Destin Daniel Cretton en fournit quelques échantillons, particulièrement quand il s’octroie des pauses entre deux serrages de vis scénaristiques.

 

 

States of Grace
Short Term 12
de Destin Daniel Cretton

Avec : Brie Larson, John Gallagher Jr., Kaitlyn Dever, Stephanie Beatriz, Rami Malek, Alex Calloway

États-Unis, 2013.
Durée : 96 min
Sortie cinéma (France) : 23 avril 2014
Sortie France du DVD : 17 novembre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langues : anglais, français – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : Condor Entertainment
Bonus :
Making of
Scènes coupées