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Famille d’accueil Sortie DVD des "Drôles de poissons-chats" de Claudia Sainte-Luce

Claudia est une jeune mexicaine, précaire, solitaire, sans attache. Alors qu’elle subit une hospitalisation, elle rencontre Martha, une mère de famille séropositive. Celle-ci l’invite chez elle et l’accueille rapidement au milieu ses propres enfants. Au contact de cette famille atypique, Claudia va trouver un nouveau sens à sa vie tout en accompagnant la fin de celle de Martha.

Comme son titre l’indique assez, Les Drôles de poissons-chats est un film en forme de chronique douce-amère, un poil décalée et très vivante. La tendresse qui l’enrobe peut surprendre : on a en effet connu le cinéma mexicain plus violent… D’ailleurs, ce premier long métrage signé par Claudia Sainte-Luce est paré de couleurs qui le rapprocheraient plutôt de l’Argentine, lui donnant un air de famille avec l’œuvre d’un Carlos Sorin ou, mieux encore, d’un Pablo Trapero et d’un Martin Rejtman. Pour l’instant au stade du premier effort, la jeune mexicaine ne se hisse cependant pas aux mêmes hauteurs que les deux derniers cités.
Le fait qu’elle ait donné à son personnage principal, tout au moins celui chargé de guider notre regard à l’intérieur de cette fiction, son propre prénom Claudia n’est pas un hasard ou une coquetterie. Elle l’explique dans l’entretien faisant office de bonus sur ce DVD : cette histoire est inspirée de celle qu’elle a vécu elle-même, cette rencontre avec Martha et les siens, elle l’a faite. Ainsi, on le comprend aisément, ce sujet, à la fois autobiographie et hommage à la ténacité extraordinaire d’une femme ordinaire, lui tenait particulièrement à cœur et son but premier devenait le respect d’une mémoire associé à la fidélité dans l’évocation de personnes bien réelles. La recherche est donc celle d’une fraîcheur de représentation, assurée à nos yeux par un défilé de visages inconnus (l’une des adolescentes de la famille tient à l’écran son propre rôle). Celle aussi d’une subtilité d’approche. Les Drôles de poissons-chats est une chronique de l’instant dans laquelle on ne s’attarde pas sur le passé des personnages au-delà de quelques données nécessaires, une retenue qui permet de rester dans une absence de jugement porté sur ce petit groupe socialement en difficulté, psychologiquement durement éprouvé mais ne perdant pourtant jamais sa dynamique joyeuse.
Ce groupe organise à une nouvelle venue un accueil sans condition autre qu’une écoute attentive, accueil conduisant à une intégration à la cellule familiale rapide et sans heurt (ce qui repose le spectateur usé par tant de conflits prévisibles et répétés à longueur de films « sociaux »). Si la première invitation est faite par la mère, l’acceptation par les autres apparaît souvent comme une sorte d’accaparement, la vivacité générale obligeant presque Claudia à suivre le mouvement et à accepter les visites puis l’installation dans la maison. L’un des principaux enjeux de la mise en scène était de « faire groupe » comme on dit « faire corps ». Sur ce plan, Claudia Sainte-Luce s’en sort assez bien, y compris lorsqu’elle joue du contraste en montrant la solitude de l’héroïne hors du groupe dans des séquences décalées ayant pour décor un supermarché peu fréquenté (sans doute les meilleurs moments du film). Le tissage du lien est rendu sensible par la mise en valeur des gestes, des postures et des mouvements, en pariant sur une relative simplicité. Si bien que lorsque déboule un long plan-séquence destiné à capter l’agitation familiale au cours du premier repas auquel assiste Claudia, il semble soudain trop chorégraphié et pensé avec trop d’évidence.
Valable sur le papier, le traitement de certaines séquences provoque, de cette manière, un recul qui empêche l’adhésion, même quand la justesse les guide et quand le mélo est vaillamment tenu à distance. Les dernières minutes, notamment, illustrent un peu scolairement la thématique du passage du souffle vital d’un corps à un autre et ne font pas oublier que l’ensemble possède un fond très tire-larmes. Devant une histoire inattaquable, certains se laisseront emporter par l’émotion sincère quand d’autres se maintiendront en retrait, peinant plutôt devant le caractère appliqué de la délicate peinture.

 

 

Les Drôles de poissons-chats
Los Insólitos peces gato
de Claudia Sainte-Luce

Avec : Ximena Ayala, Lisa Owen, Sonia Franco, Wendy Guillén, Andrea Baeza, Alejandro Ramírez-Muñoz

Mexique, France – 2013.
Durée : 89 min
Sortie cinéma (France) : 28 mai 2014
Sortie France du DVD : 7 octobre 2014
Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : espagnol – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : Pyramide Vidéo

Bonus :
Entretien avec la réalisatrice (25’)