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Thriller historique autour de la Mer Baltique Sortie DVD de "D’une vie à l’autre" de Georg Maas

En 1990, peu après la chute du mur de Berlin, Katrine, une mère de famille vivant en Norvège voit son passé allemand la rattraper lorsqu’un jeune avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’État norvégien visant à une réparation des torts causés aux enfants des Lebensborn, ce système imaginé par les SS pour développer la race aryenne.

Par le regard qu’il porte sur l’un des pans les moins glorieux de l’histoire de son pays et par son traitement esthétique, plein d’efficacité, D’une vie à l’autre se pose comme l’un de ces films allemands récents taillés pour l’exploitation à l’étranger, en Europe et aux États-Unis (il fut d’ailleurs choisi pour représenter l’Allemagne aux Oscars 2014). De plus, il a l’avantage d’organiser le croisement entre les méfaits des SS et ceux de la Stasi et d’évoquer donc deux époques des plus ténébreuses. Disons-le tout de suite, ce double socle sur lequel repose le scénario est un vrai plus. Alors que nous croyions être entretenus du seul problème dramatique des « enfants de la honte » issus de mères norvégiennes et de soldats allemands d’occupation, nous nous retrouvons très vite embarqués dans un récit d’espionnage qui donne l’occasion d’habiller de thriller un sujet qui ne réclamait apparemment pas cette forme. Le thème de la filiation peut alors être complété par ceux de la fidélité, de la vérité et des apparences.
Georg Maas sait poser une ambiance, bien aidé par la géographie et le climat norvégien (mais trop soutenu par un accompagnement musical portant des ombres envahissantes), il ne panique pas lorsqu’il s’agit de superposer des couches de temps différents (bien que les sauts d’une époque à l’autre paraissent au début un brin artificiels et à la fin un peu forcés) et il parvient à mener correctement son récit à énigmes (même si le monde, certes réduit à l’échelle nordique, est vraiment petit et si le hasard fait décidément très bien les choses).
Le film doit beaucoup à la performance de Juliane Köhler, actrice à la solidité à toute épreuve, traversant le temps sans que soit entamée sa crédibilité, ni sa part de mystère. Visage rajeuni ou ridé, elle maintient son personnage au bord du gouffre de l’identité, les questions autour de celle-ci s’étant au fil du récit, déplacées. Sur la vérité et le mensonge, le travail de Georg Maas est d’ailleurs, dans l’ensemble, de bonne facture, jusque dans des transferts vers des choses en apparence plus anodines, comme lors d’une scène où l’héroïne rentre chez elle, entend un couple faire l’amour et croit surprendre son mari. Le cinéaste fait aussi très bien sentir comment, dans une famille, comme dans tout autre groupe, plusieurs vérités peuvent cheminer côte-à-côte, cela au moins jusqu’aux abords d’un dernier tiers qui faiblit tout de même dans le développement des conséquences de l’aveu.
En bonus, Georg Maas s’exprime dans un entretien (et dans un français quasiment parfait) où il apparaît comme un homme passionné et sincère. Il a surtout la bonne idée de s’attarder sur les vrais problèmes de mise en scène, en particulier la photographie, et sur sa collaboration respectueuse mais conflictuelle avec Liv Ullmann pour le rôle de la mère. Le second supplément est un cinquante-deux minutes titré Les Pouponnières du Troisième Reich et réalisé par Romain Icard en 2013. Il intéresse à condition de supporter la dramatisation excessive de la bande son, musique et commentaire, ce dernier mettant à son service des images d’archives jamais réellement situées. Au-delà de ce formatage télévisuel, persistent heureusement les témoignages, souvent poignants, de quelques septuagénaires marqués à vie par le traumatisme initial de la séparation et du placement en crèche SS.

 

 

D’une vie à l’autre
Zwei Leben
de Georg Maas

Avec : Juliane Köhler, Liv Ullmann, Sven Nordin, Ken Duken, Julia Bache-Wiig, Rainer Bock

Allemagne, Norvège – 2012.
Durée : 97 min
Sortie cinéma (France) : 7 mai 2014
Sortie France du DVD : 18 novembre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langues : allemand, norvégien, français – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Entretien avec le réalisateur (13’)
Documentaire : «  Lebensborn, les pouponnières du 3ème Reich  » (52’)