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Quand la comédie italienne veut remonter en première division Sortie DVD de "L’Arbitro" de Paolo Zucca

Montecrastu et l’Atletico Parabile sont deux clubs de football sardes végétant au plus bas niveau régional amateur. Parabile, battu à chaque match de championnat, voit un jour arriver un renfort qui va changer la donne. Pendant ce temps sur la péninsule, l’ambitieux Cruciani grimpe dans la hiérarchie des arbitres italiens jusqu’à espérer officier lors d’une grande finale européenne.

Si L’Arbitro n’est pas un titre trompeur puisque nous sommes bien dans une comédie footballistique, il n’annonce qu’une moitié de film, celle effectivement consacrée à un arbitre habité par l’amour du règlement et possédé par une ambition débordante au point de se retrouver propulsé vers les tentacules corruptrices des hautes instances sportives. L’autre moitié nous entraîne en un mouvement parallèle en Sardaigne pour s’y amuser de la rivalité de deux villages à travers leurs clubs respectifs. La surprise première du spectateur ne tient cependant pas à cette structure en double ligne narrative mais à l’aspect visuel de l’œuvre. Paolo Zucca, qui a réalisé là son premier long métrage, a certes choisi un sujet particulièrement populaire, abordé par le biais de la comédie, mais il l’a soumis un traitement tout à fait surprenant. Son histoire, très ancrée localement, racontant des « petits faits » arrivés à des « petites gens », il l’a élevée à grands renforts d’effets visuels, de cadrages minutieux, de lumières travaillées, de montage gentiment déstabilisant. Il a en fait tiré son petit sujet vers la grande forme, celle qui accompagne habituellement un récit mythologique, une tragédie ou un film d’action sérieux. Tout autant, ce type de mise en scène peut évoquer quelque film d’auteur cérébral et contemplatif.
Paolo Zucca a ainsi convoqué des forces contraires et il a parfois eu du mal à résoudre les conflits narratifs, esthétiques et thématiques engendrés. Le principal découle sans doute du choix de filmer dans un somptueux noir et blanc. Visant peut-être la patine intemporelle sur la belle image, le cinéaste n’évite pas toujours la coquetterie publicitaire (d’autant moins que la comédie avance sinon par succession de sketches en tout cas par saynètes bien découpées). Surtout, ce noir et blanc a le défaut d’alléger le poids de réalité contenu dans les plans alors que cette comédie repose beaucoup sur le ressort régional. De plus, il a tendance à nous éloigner des personnages, à trop nous en détacher.
Décalage est donc le mot d’ordre. Là où il parvient le mieux à porter ces fruits, c’est lorsqu’il se produit pour rendre compte de la passion du foot et de ses excès absurdes. Les scènes les plus drôles sont ainsi celles où des personnages tiennent un discours enflammé sur leur sport en des circonstances tout à fait inadéquates comme un enterrement ou un mariage, ou bien celles pendant lesquelles l’arbitre se laisse aller sur le terrain à des mouvements exagérément chorégraphiques. La valeur comique des trouvailles qui parsèment le film est cependant inégale : à l’outrance burlesque caractérisant la mise en scène d’un match truqué on préfère le chaos final qui justifie enfin la débauche d’effets même s’il ne lève pas tous les doutes sur le message légèrement confus concernant la corruption à deux niveaux différents (l’une plus acceptable que l’autre parce que plus folklorique) et sur une manière d’exonérer le foot de sa propre violence.
Les parti-pris discutables ne manquent donc pas dans ce film qui cherche de manière un peu trop clinquante à retrouver la force de la grande comédie italienne mais finalement ils participent aussi à son étrangeté, qualité qui, au cinéma, n’est somme toute pas négligeable.

 

 

L’Arbitro
de Paolo Zucca

Avec : Stefano Accorsi, Francesco Pannofino, Marco Messeri, Alessio di Clemente

Italie, Argentine – 2013.
Durée : 96 min
Sortie cinéma (France) : 30 novembre 2013
Sortie France du DVD : 2 décembre 2014
Format : Scope – Noir & Blanc – Son : Dolby Digital 5.1.
Langue : italien – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Scènes coupées
Making of
Bande-annonce