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Une belle nuit américaine Sortie DVD de "Night Moves" de Kelly Reichardt

Travailleur et militant écologiste de l’Oregon, Josh est décidé à passer aux actes pour participer à l’éveil des consciences. Avec Dena et Harmon, il prépare minutieusement la destruction d’un barrage. Le lendemain de leur action spectaculaire, les trois jeunes gens apprennent que celle-ci a eu une conséquence aussi grave qu’inattendue.

Pour son cinquième long métrage, Kelly Reichardt est partie d’un sujet sociologique et politique pour le modeler à la forme d’un film de genre. Si ses choix de mise en scène restent aussi originaux que pour ses précédents efforts, elle inscrit en effet clairement son histoire dans le cadre du thriller. Préparatifs discrets, exécution précise et conséquences dramatiques : les étapes qui font les récits de ce genre sont au rendez-vous. La première partie renferme une mise en situation puis une longue description de la préparation du coup d’éclat en jouant subtilement autour des lois établies par les films classiques de braquage. Évidemment, tout ceci est passé au filtre d’un style personnel, qui repose essentiellement sur un art de la mise en suspens, de l’attente, de la dramaturgie en note basse, du non-dit et des paroles bien pesées. De plus, l’action étant en rapport avec un problème écologique et faisant fonction d’alerte, c’est d’idéologie et de morale que nous entretient Night moves. Que faire concrètement ? Comment agir afin que les choses changent à petite ou à grande échelle ? Ce type de questionnement commence par agiter les personnages. Puis un second s’y substitue bientôt. La fin justifie-t-elle les moyens ? Faut-il passer outre quelques dommages collatéraux en tendant vers le but ultime ?

Bien qu’enchaînées avec fluidité, l’une des qualités de ce cinéma là étant sa musicalité, trois parties se distinguent donc au fil du récit, la dernière étant le lieu où se posent de la manière la plus évidente, la plus aigüe et la plus douloureuse, les questions morales. Celles-ci encombrent soudainement le cerveau bouleversé de Josh, personnage principal devenant de plus en plus fortement point d’appui de la narration. Jesse Eisenberg endosse le rôle à merveille. Sachant parfaitement traduire une détermination à laquelle est déjà liée la notion d’isolement, il rend sensible par la suite l’état de doute, bientôt proche de la panique, de son personnage. Soutenant le projet de la cinéaste qui est d’en dire le moins possible par les mots, il laisse discrètement l’angoisse moduler les traits de son visage et son élocution.
Kelly Reichardt s’en explique dans l’entretien offert en supplément de ce DVD : le recours au cinéma de genre (précédemment le road movie pour Old Joy, le film social néo-réaliste pour Wendy et Lucy, le western pour La Dernière Piste) lui permet de suivre quelques règles, de resserrer un récit que sa tendance naturelle pousserait à effacer. Et c’est bien cette tenue qui empêche le délitement narratif comme la gratuité dans la recherche esthétique. La cinéaste est repoussée par certains au prétexte d’une démarche « auteuriste », ce qui me semble injuste pour la raison qui précède, le lien avec le genre. Mais une seconde raison s’impose encore à mes yeux, qui montre que les amarres ne sont finalement jamais rompues avec un certain classicisme. Les personnages de Kelly Reichardt sont des personnages qui font, qui agissent, qui ont un but. Même si Night moves est traversé d’un bout à l’autre par un très beau calme, qui peut troubler, égarer peut-être le spectateur, il s’inscrit dans une tradition de l’action et de l’avancée physique (comme le faisait aussi bien sûr Le Dernière piste). Et qui dit mise en marche, dit défilement du paysage à l’arrière-plan. Ici, les lieux sont nommés, la géographie est exposée, les repères sont visibles. Certes, le suspens minimal le réclame dans ce film particulièrement mais toute l’œuvre peut se voir comme un arpentage passionnant du territoire américain. « Night moves » se traduit littéralement par « virée nocturne ». Celle à laquelle se livre Josh et ses deux acolytes tient logiquement une place centrale et elle fait figure, même si l’expression paraît peu adaptée au style de la cinéaste, de morceau de bravoure. A ce moment là comme à d’autres, superbement filmée, rarement la nuit aura eu sur un écran, cette année en tout cas, autant de présence.

 

Night Moves
de Kelly Reichardt

Avec : Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Peter Sarsgaard, Alia Shawkat, Logan Miller, Kai Lennox

USA – 2013.
Durée : 107 min
Sortie cinéma (France) : 23 avril 2014
Sortie France du DVD : 2 septembre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1.
Langues : anglais, français – Sous-titres : français.
Boîtier : Digipack
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Potemkine Films

Bonus :
Entretien avec la réalisatrice Kelly Reichardt (17 min)
Bande-annonce (2 min)