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LES DENTS DE LA MER de Steven Spielberg Une scène de film d’horreur tournée comme une scène de sexe... manquée...

Sea, sex and… jaw

On regarde aujourd’hui la scène d’introduction des Dents de la mer, et non, ça ne sera pas pour s’attarder sur les raccords de luminosités improbables, entre nuit noire, temps nuageux, lever de soleil et nuit américaine…

Le film s’ouvre sur une soirée sur la plage, durant laquelle un jeune homme et une jeune fille se draguent. La fille, Chrissy, s’enfuit en courant, poursuivie tant bien que mal par le garçon, qui est passablement éméché. Elle se déshabille pendant sa course, et l’invite à la rejoindre dans l’eau, pour un bain de minuit prometteur. Mais il est tellement saoul qu’il s’effondre sur la plage, à la frontière de l’eau : symboliquement, il reste sur le palier de la chambre nuptiale, sans oser y rentrer.

A partir de ce moment, la séquence se poursuit sur le modèle d’une scène de sexe, et le corps de Chrissy devient de plus en plus érotisé, notamment à travers ce plan, filmé presque à la verticale sous l’actrice. En caméra subjective, on se rapproche du corps de la jeune femme comme pourrait le faire un amant s’apprêtant à la prendre dans ses bras ; d’ailleurs, le fait que l’actrice soit dans l’eau brouille les notions de verticalité et d’horizontalité. Le mouvement de caméra aurait pu être le même si la jeune femme avait été allongée dans un lit. Evidemment, ce n’est pas le jeune homme, mais bien le requin qui est en train de se rapprocher d’elle, pour la dévorer littéralement. Pendant ce temps, le jeune homme, qui ne s’est aperçu de rien, répète : « I’m coming », dont l’une des traductions courantes en français est « Je jouis ». Incapable de donner du plaisir à sa partenaire, il reste donc condamné à une masturbation solitaire, avinée, et frustrante.

On a aujourd’hui l’habitude, dans les films d’horreur, de ces rapprochements entre plaisir sexuel et danger, excitation et interdit, désir et violence. Spielberg, en déclinant les codes de la scène d’amour pour la transformer en scène d’horreur, n’y est sans doute pas pour rien. On pourrait d’ailleurs en dire de même pour Tobe Hooper, qui sortait, un an plus tôt, un autre film culte, Massacre à la tronçonneuse. Dans ce plan aussi, que m’avait pertinemment signalé Alexandre, le mouvement de caméra, qui combine la fluidité de la dolly et le côté inquiétant de la contre-plongée, permet un mélange parfait entre la sensualité du corps de la jeune femme, dont le dos nu renforce la vulnérabilité, et l’enfer de la maison gigantesque dans laquelle elle s’apprête à pénétrer.

La semaine prochaine, on revient à des sujets plus sages, mais cette fois-ci, ça ne sera pas moi qui vous les expliquerai !