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La mère c’est la société Sortie DVD de "Mère et fils" de Calin Peter Netzer

Cornelia, grande bourgeoise de Bucarest et mère possessive, s’agace du manque d’affection de son fils trentenaire et marié. Un soir, on lui annonce que ce dernier vient de causer un accident de la route ayant entraîné la mort d’un garçon de quatorze ans. Cornelia va alors se démener pour sortir son fils du pétrin judiciaire grâce à son puissant réseau d’amis et, par la même occasion, remettre le grappin sur lui.

Il n’est guère possible de parler de Mère et fils en faisant abstraction de l’air de famille qu’il affiche. En attendant qu’un jour, peut-être, un nouveau venu dans l’arène cinématographique nous lasse en reprenant à son compte ce qui nous apparaîtra alors comme une formule usée, nous sommes bien obligés au moment d’exposer les mérites du troisième long métrage de Calin Peter Netzer de convenir qu’ils se retrouvent tous, sans exception, dans les différents films ayant fait le nouveau cinéma roumain, si impressionnant depuis près de dix ans maintenant. D’ailleurs, si Netzer s’est inscrit avec assurance dans ce courant-là, il en a aussitôt récolté les habituels fruits honorifiques en remportant l’Ours d’or à Berlin en 2013.
Comme la plupart des grands films roumains de ces dernières années, ceux de Cristi Puiu, de Cristian Mungiu, de Corneliu Porumboiu ou de Radu Muntean, Mère et fils part du quotidien le plus plat, décrit avec minutie et obstination, sans apprêt esthétique ni précaution narrative, pour aborder très tôt un problème d’ordre moral qui va élever l’œuvre et la transformer en miroir tendu vers une société contemporaine terrifiante. Ici, cet état désespérant se révèle à travers les efforts d’une mère étouffante, s’acharnant à mettre en œuvre tous les moyens en sa possession, y compris les moins moraux, pour garder auprès d’elle son fils.

Pour rendre compte de ce monde, on croit parfois que Calin Peter Netzer en fait un peu trop dans la caractérisation, lorsque l’on voit par exemple débarquer dans le petit commissariat de province où est gardé le fils, la mère et la tante chargées de leurs fourrures et de leurs bijoux et passant sans un mot à côté de la famille, pauvre et éplorée, de la jeune victime. Mais au final, le réalisateur se sort toujours de ses scènes, disons, à l’arraché. Comme ses plus brillants compatriotes, il travaille l’étirement des séquences, il les pousse jusqu’au point limite, il vise l’épuisement ou le vertige, l’absurde grinçant ou l’ultime lueur d’humanité.
Bien que le récit soit celui de quelques heures seulement de la vie de ces gens, il avance par larges blocs. Là encore, on se retrouve sur des voies empruntées par d’autres. La durée des scènes peut servir à observer l’engrenage administratif en pleine action (le nouveau cinéma roumain excelle généralement à ce niveau) ou bien à faire prendre un détour lors duquel s’installera un certain mystère (la rencontre très « film noir » de la mère et du deuxième conducteur impliqué). Mais plus le film avance et plus nous nous intéressons non seulement à cette histoire mais aussi à l’art dont fait preuve le cinéaste pour filmer ces discussions successives. Devant une caméra mobile qui sait jouer des variations de vitesse et de cadrage et qui sait modifier notre perception du hors-champ, se nouent et se dénouent des échanges verbaux alternant entre affrontements, tentatives de manipulation et confidences inattendues.

Pour traiter son sujet, Netzer s’est situé du côté de la haute société mais a forcé celle-ci à « descendre » vers les couches basses pour négocier, organisant ainsi la mise en scène de cruelles collisions de classes et éclairant les pires manigances et compromissions qui gangrènent le pays. En fait, le poids de ce péché, c’est le personnage principal de la mère, Cornelia, qui le prend en charge. Interprétée impeccablement par une Luminata Gheorghiu qui sait rendre invisible la frontière entre manipulation et sincérité, elle tire tout à elle, en accord parfait avec la narration (nous épousons à chaque moment son point de vue, jusque dans la saisissante séquence finale, spécialité, là aussi, roumaine). Elle tire à elle, littéralement, son fils désemparé, mais également tous les récits adventices (comme le montre la façon dont elle obtient de sa belle-fille les confidences les plus intimes). Chacun se positionne par rapport à elle, à ses propos, à ses actes. Cornelia est la société roumaine et on la regarde le plus souvent avec les yeux interdits de son fils.

Mère et fils
Pozitia copilului
de Calin Peter Netzer

Avec : Luminita Gheorghiu, Bogdan Dumitrache, Ilinca Goia

Roumanie – 2013.
Durée : 112 min
Sortie cinéma (France) : 15 janvier 2014
Sortie France du DVD : 3 juin 2014
Format : Scope – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et Stéréo 2.0.
Langue : roumaine – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 18,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
– Making-of
– Scènes coupées