Rechercher du contenu

Folies d’enfants Sortie DVD de "À ciel ouvert" de Mariana Otero

Pendant plusieurs mois, Mariana Otero a filmé la vie d’un institut spécialisé du Nord de la France, le Courtil. Dans cet établissement sont accueillis des enfants de tous âges souffrant de graves problèmes psychologiques. Ici, les responsables et les intervenants ne les qualifient jamais d’ »handicapés » mais d’enfants atteints de folie, de névrose, de schizophrénie… Le fonctionnement de ce centre est très particulier : le développement de ces petites personnalités ne s’étant pas, ou très mal, constituées n’est pas recherché en soumettant ces jeunes à un carcans réglementaire mais en proposant un accompagnement individuel, en encourageant leur autonomie, en les aiguillant vers des activités spécifiques susceptibles de les faire accéder à une plus grande conscience d’eux-mêmes et à l’établissement d’un rapport à l’autre plus solide. Surtout, cette entreprise médico-éducative repose sur une base précise : la psychanalyse.

L’un des principaux mérites du film de Mariana Otero est de nous montrer concrètement une application des connaissances en science psychanalytique, de nous expliquer comment celle-ci peut servir d’outil autrement que lors de séances dans un cabinet. La cinéaste y parvient en faisant alterner des morceaux de la vie quotidienne des enfants dans le centre et des réunions d’équipes. Là, autour des tables et des bureaux, sont analysés comportements et événements, et sont prises les décisions. Souvent, s’expliquent alors pour nous des scènes vécues juste avant et dont le sens nous échappait. Ce procédé de rétro-éclairage nous intéresse forcément, décontenancés que nous sommes, régulièrement, mais il peut aussi gêner légèrement, Mariana Otero y ayant systématiquement recours. Il est vrai, cependant, qu’il se révèle sur la durée nécessaire au film, à son statut, à son accomplissement. Le but de la documentariste est de « comprendre la folie » .

Le choix a donc été fait de filmer non seulement des « fous » mais des « fous » enfants. Par conséquent, la problématique autour du couple filmeur-filmé a été élevée au carré. Interviewée pour un bonus, la cinéaste avoue avoir eu beaucoup de mal à trouver sa place lors des repérages et des premiers jours de tournage. Pendant une bonne partie du film, le spectateur ressent lui aussi un flottement, moins produit par la succession de comportements énigmatiques qu’il observe que par leur mise en récit, par la façon dont ils sont rassemblés. Parfois, les plans semblent un peu trop courts et ne manquent pas d’interroger sur leur utilité, et en de nombreuses occasions se posent les questions relatives à la coupe du plan, aux limites du montage, à l’intervention et à la non-intervention. Plus positifs, plus revigorants sont les franchissements courants, par les enfants, des barrières symboliques (évidemment inexistantes pour eux) que sont les regards-caméra et les adresses à la cinéaste.

Il faut être patient et ces interrogations finissent par s’effacer par la force des choses sur l’écran. Le suivi plus affirmé de quatre ou cinq enfants en particulier, accompagnés successivement et diagnostiqués devant nous plus précisément que les autres, ne peut qu’émouvoir. Ce qui fait qu’à l’arrivée les réserves que l’on peut avoir, sur la construction notamment, pèsent peu. À ciel ouvert est assurément un film qu’il faut voir, dans le sens où chaque spectateur, de quelque type qu’il soit, doit pouvoir en tirer quelque chose. On peut y balancer sans brusquerie entre l’admiration pour la ténacité, la bienveillance et l’habileté d’un personnel confronté à des situations insensées et a priori sans issue, la sidération engendrée par la rencontre avec ces corps et ces esprits jeunes et inaccessibles à notre entendement et enfin le contentement devant la preuve apportée par ces images qu’une prise en charge non contraignante peut produire des effets positifs parfois spectaculaires.

Dans les suppléments, nous entendons Mariana Otero tenir des propos aussi clairs que passionnés, aussi lucides qu’émouvants sur son expérience, son travail, sa méthode, ses buts et son éthique, au point de nous faire regretter que l’entretien n’aille pas au-delà de ces dix-huit minutes.

 

À ciel ouvert
de Mariana Otero

France, Belgique – 2013.
Durée : 110 min
Sortie cinéma (France) : 8 janvier 2014
Sortie France du DVD : 7 octobre 2014
Format : 1,85 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : français – Sous-titres : anglais, espagnol, portugais, italien, français, néerlandais, bulgare.
Boîtier : coffret
Prix public conseillé : 19,90 €
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Entretien avec Mariana Otero (18 mn)
Scènes inédites (20 mn)
Le livre À CIEL OUVERT, ENTRETIENS – Le Courtil, l’invention au quotidien (120 pages)