Rechercher du contenu

La poésie du confinement Sortie DVD de "Ginger & Rosa" de Sally Potter

Ginger et Rosa sont nées au même endroit et le même jour, à Londres en 1945, au moment où, de l’autre côté du globe, Hiroshima est rayé de la carte. Élevées en voisines, elles sont toujours, en 1962, les meilleures amies du monde. C’est ensemble qu’elles découvrent les joies du jazz, des amours de passage, des manifestations pacifistes, de la liberté. Mais bientôt l’une, perturbée par la crise des missiles à Cuba, s’engage plus fermement tandis que l’autre vit une passion amoureuse et délicate. Les chemins des deux filles bifurquent alors.

Allongé au calme sur la banquette de son voilier, Roland, le père de Ginger, discute et avance que la poésie naît facilement dans les espaces les plus restreints. Ce resserrement, c’est aussi le programme suivi par la cinéaste Sally Potter pour mener à terme son projet, d’un point de vue esthétique comme narratif. Situant son histoire dans les années soixante, elle réduit la part de la reconstitution au strict minimum, préférant se concentrer sur quelques objets et vêtements emblématiques, ne laisser entrer dans son cadre qu’une poignée de participants et fragmenter la vision des lieux traversés. Elle impose également à son récit un rythme aussi syncopé que les morceaux de jazz classiques qui parcourent la bande son. Par ailleurs, afin de traduire visuellement la force du lien existant entre ces deux adolescentes que l’on suit dans leur découverte de tous les possibles de l’époque, elle intègre, à plusieurs reprises, des plans jouant sur la profondeur et plaçant en amorce le visage de Ginger et à l’arrière Rosa en activité. Dans l’ensemble du film, nous sont ainsi offertes quelques compositions plastiques élaborées. À partir de cette histoire d’amitié, Sally Potter élit donc des moments privilégiés, les sélectionne entre deux ellipses. Ces divers choix, de l’approche de la reconstitution au montage, ont pour but de nous proposer la traversée d’un moment historique à partir de l’intime. La guerre froide et le péril nucléaire dessinent la toile de fond qui détermine la psychologie des héroïnes et en particulier celle d’une Ginger rongée par une inquiétude bientôt redoublée jusqu’aux limites de la folie.
À suivre les pérégrinations de Ginger et de Rosa, on imagine aisément à quel point Sally Potter devait avoir à cœur de raconter cette histoire, elle, la londonienne née en 1949. Tout au long de la première partie, assemblage de petites touches impressionnistes, l’attachement du spectateur doit ainsi varier en fonction de la correspondance entre la sympathie qu’il porte aux héroïnes et celle, très forte, qu’éprouve pour elles la cinéaste. Par la suite, le fil narratif se nouant jusqu’au psychodrame familial filmé en plans très rapprochés, cet attachement devient dépendant de l’acceptation ou non de la mise en forme de divers passages obligés et autres clichés. À nos yeux, ceux-ci passent globalement la rampe, grâce à la cohérence de la mise en scène, à la volonté d’un ancrage très localisée des personnages et de leurs aspirations artistiques, à l’inscription claire dans le cadre d’un récit d’apprentissage, à la correspondance établie entre explosion nucléaire et explosion d’un noyau (familial). Le film paraît en quelques endroits anodin, voire chichiteux, et ailleurs, au contraire, légèrement forcé, mais le parcours vers la séparation des deux âmes sœurs est parsemé de quelques points de craquements présentés assez subtilement à partir d’une situation de base qui, elle, possède un poids certain. Et Sally Potter sait parfaitement capter les éclats roux de la chevelure d’Elle Fanning…

 

Ginger & Rosa
de Sally Potter

Avec : Elle Fanning, Alessandro Nivola, Christina Hendricks, Timothy Spall, Oliver Platt, Jodhi May, Annette Bening, Alice Englert

Royaume-Uni, Danemark – 2012.
Durée : 89 min
Sortie cinéma (France) : 29 mai 2013
Sortie France du DVD : 1er juillet 2014
Format : Scope – Couleur – Son : Dolby Digital 2.0.
Langue : anglais – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : Zylo