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Welcome to New York de Abel Ferrara Label et la Bête

Comme la plupart d’entre vous, j’ai suivi de loin ce 67e Festival de Cannes, guettant chaque jour les échos des différentes projections sur mon site favori (www.fichesducinema.com). Un petit événement me permit néanmoins de participer un tant soit peu aux réjouissances : le 17 mai dernier, chacun pouvait découvrir depuis son salon le nouveau Ferrara, quasiment en même temps que les journalistes. C’est avec une certaine émotion teintée de gravité que je résolus donc de télécharger légalement un film pour la première fois de ma vie. Les premiers échos cannois disaient pis que pendre de Welcome to New York. En en découvrant les premières minutes, on se dit qu’en effet, Ferrara est très en forme. De l’orgie, du vulgaire, du glauque : on y est. Mais si cette ouverture outrageusement triviale prendra en réalité son sens par la suite, quelque chose se passe d’ores et déjà durant ces grotesques scènes de débauche. Depardieu, perdu de vue depuis un paquet de films (hormis Mammuth), apparaît ici comme revivifié, puissant, inspiré à nouveau. Il est laid, il souffle, il grogne, il barbote dans sa bauge avec la délectation d’un sanglier. Animal, le Gégé, comme au bon vieux temps, et pas qu’un peu ! Après l’arrestation, il se retrouve en prison face à deux gardes et la fouille au corps commence. Cette longue scène est sans doute la plus forte du film. Bête blessée, ogre fourbu, il respire bruyamment, s’exprime par borborygmes, enlève et remet ses vêtements avec des gestes d’homme des cavernes. Enfermé ensuite avec une bande de jeunes patibulaires, il les observe, prêt à mordre, à défendre sa peau. Le contraste avec Jacqueline Bisset est impressionnant. Leurs échanges, pour une part improvisés, sont cinglants d’aigreur, de méchanceté, de regrets. Dans ces scènes-là, comme dans les meilleurs moments du film, on ne pense plus aux véritables protagonistes de ce sinistre fait divers. On est ailleurs, dans une sorte de portrait dantesque de Depardieu, qui prendrait sur son dos les excès de Ferrara en plus des siens, et qui nous dirait, bien en face : “allez tous vous faire enc… !”. Il le dit d’ailleurs mot pour mot dans un plan que je vous laisse découvrir. Ce film bizarre, complaisant, énervant, vulgaire et touchant ressemble à la déclaration d’indépendance pleine de défi d’un cinéaste et de son interprète, bourrés de défauts et qu’on ne changera pas. Ferrara est brouillon, incohérent (pourquoi intégrer des images d’archives du véritable avocat de la victime s’il s’agit d’une fiction ?), et ce n’est sûrement pas là son meilleur film, mais en tout cas il s’y passe quelque chose. En dépit du mauvais accueil cannois, Wild Bunch a semble-t-il gagné son pari (déjà plus de 100 000 téléchargements) et ouvert une voie. On aurait envie de se réjouir, n’y aurait-il eu l’hideuse soirée “peignoirs et menottes” que Vincent Maraval, Monsieur Propre du cinéma français, a cru bon d’organiser sur la Croisette, démontrant ainsi qu’on peut être un homme de gauche et savoir s’amuser.