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Entretien avec Claudia Sainte-Luce À propos de Les Drôles de poissons chats

Comment as-tu travaillé l’histoire très personnelle de ton scénario avec l’équipe du film ?
Cette histoire, je la porte en moi depuis très longtemps. Et je savais qu’en faisant du cinéma cette histoire serait le sujet de mon premier film. J’ai commencé par écrire le scénario. C’est difficile, lorsque l’on n’a pas encore réalisé de films de convaincre un producteur de son projet filmique. J’ai eu la chance d’avoir un producteur qui m’a soutenu et auquel je pouvais confier cette histoire. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de rencontrer une véritable complice sans laquelle ce film n’aurait pas vu le jour en la personne d’Agnès Godard. Il était essentiel pour moi que la chef opératrice soit une femme parce que je souhaitais une vision très féminine. Elle a lu le scénario et elle s’y est beaucoup identifiée tout en se sentant partie prenante d’un ensemble. J’ai commencé le film mais il m’a manqué en cours de route une part de financement. C’est Agnès Godard qui m’a aidée à former une coproduction française pour terminer le film. Je pense que si j’ai pu réunir et convaincre toute une équipe technique sur ce projet de film c’est grâce à cette histoire sur laquelle chacun a pu s’identifier autour du thème de la solitude. Cette solitude, nous sommes chacun amenés à la vivre à un moment donné de notre vie avec la nécessité de pouvoir faire partie d’un groupe.

Comment as-tu travaillé avec tes actrices ?
J’ai travaillé avec Lisa [Owen] et Ximena [Ayala] durant trois mois. Avec les enfants, comme ils vivent à Guadalajara qui se trouve en province à sept heures de route de Mexico, nous nous sommes vus par intermittence. En revanche, nous nous sommes réunis tous ensemble pour travailler durant une semaine dans la même maison une semaine avant le tournage. Nous avons ainsi, dans une sorte de « rallye », défini les situations des différents personnages afin de définir leur caractère. Nous avons mis en place divers exercices qui permettent de créer les liens familiaux à l’écran. Durant cette période, chacun n’a eu qu’à se concentrer sur ce lieu et cette famille.

Comment as-tu créé cette maison qui est à l’écran un personnage en soi, un foyer dont la portée symbolique est proche d’une mère ?
Je me rappelle en avoir beaucoup parlé avec Barbara Enriquez, la chef décoratrice. Je souhaitais que cette maison soit chargée de souvenirs tout en présentant des pièces très bien agencées, à l’instar de la construction mémorielle où les souvenirs des éléments du passé sont souvent plus beaux que la réalité. Des nappes ou des tasses de café peuvent ainsi être bien plus lumineux en souvenir que par eux-mêmes. Cela a conduit à donner une identité unique à cette maison bien qu’elle soit assez simple. Une maison qui a changé une vie peut traduire le changement de vie même.

Peux-tu parler du concept de « famille en perpétuel mouvement », capable d’intégrer un nouveau membre, qui t’est propre dans ton film ?
Je pense que la famille est ce qui fait ce que nous sommes en plus de pouvoir en disposer. Je pouvais construire mon personnage principal à travers plusieurs éléments autobiographiques mais j’ai également ajouté des éléments purement fictionnels au récit pour faciliter l’approche du spectateur. Je pense que chacun peut s’identifier avec chaque personnage ou quelques-uns en particulier parce que nous sommes passés à un moment par ce qu’ils vivent. En effet, nous avons tous en commun la famille et la mort.

Comment as-tu pensé dans la conception de ton film, à partager tes émotions personnelles sur le sens de la famille et de la mort avec le public ?
J’ai été en lien avec mes douleurs, mes peines et mes joies pour concevoir mon film et si en retour je peux dialoguer avec le public du film, c’est pour moi un avantage certain. Mais au moment où je faisais le film, je ne pensais pas au public mais à mon aptitude à sortir de moi ces émotions enfouies. Mon souci ensuite était de trouver la meilleure manière de communiquer celles-ci au public du film. J’ai tenté de faire ceci en respectant au mieux mon intégrité.
Il est pour moi essentiel de pouvoir parler de la mort, parce qu’à travers ce que nous en apprenons, nous ne pouvons que mieux profiter de ce que nous offre la vie.

Propos recueillis par Cédric Lépine en octobre 2013 à l’occasion du Festival Viva Mexico à Paris, avec l’aimable soutien de Talía Olvera Martínez.